À Montréal, une marche de soutien au peuple haïtien

Les manifestants ont marché dimanche du parc Toussaint-Louverture jusqu’au consulat général d’Haïti, à Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les manifestants ont marché dimanche du parc Toussaint-Louverture jusqu’au consulat général d’Haïti, à Montréal.

Environ 150 personnes ont pris part à une marche pour soutenir le peuple d’Haïti, dimanche à Montréal. Les manifestants ont exhorté le gouvernement canadien à dénoncer les politiques du président haïtien, Jovenel Moïse, qu’ils appellent à la démission.

« Solidarité avec le peuple haïtien » et « À bas l’impérialisme canadien en Haïti » sont quelques-uns des slogans martelés par la foule, qui réclame la fin du soutien du Canada au président. La démission de celui-ci est exigée depuis le début de l’année par des manifestants en Haïti. « C’est vraiment de prendre une position claire pour dénoncer cette présidence », a expliqué Marie Dimanche, à l’origine du groupe Solidarité Québec-Haïti et coorganisatrice de l’événement. « Ça pourrait même être un tweet, un message qui dit : “Moi, Justin Trudeau, premier ministre du Canada, membre du Core Group, je dénonce les agissements de Jovenel Moïse. Je lui intime d’écouter la population qui exige qu’il parte et qui exige qu’il y ait un procès dans la dilapidation des fonds de Petrocaribe” », illustre-t-elle.

Depuis le début de l’année, le climat social en Haïti s’est dégradé. Un rapport de la Cour supérieure des comptes du pays sur l’alliance PetroCaribe — par laquelle le Venezuela prête de l’argent à Haïti pour le développement de ce dernier — a accusé le président haïtien d’être au coeur d’un « stratagème de détournements de fonds ». En octobre, la pénurie et la hausse du prix de l’essence ont alimenté la grogne populaire, bloquant la totalité des activités économiques et sociales.

Dimanche à Montréal, les manifestants se sont réunis au parc Toussaint-Louverture, avant de se diriger vers le consulat haïtien. Parmi eux, Darlene Lozis a fait le chemin depuis Ottawa pour participer à la marche. Elle qualifie la situation actuelle en Haïti d’« injustice sociale ». « J’ai des enfants, et voir en ce moment des jeunes qui sont en train de mourir et que leur mort ne veut absolument rien dire, pour des gens qui ont toutes les capacités de régler le problème […], c’est la moindre des choses que je pouvais faire, d’être ici », a-t-elle déclaré.

Justin Trudeau doit aider à ce que le gouvernement haïtien « fiche le camp », renchérit Luc Auguste, arrivé au Canada en 1974. « La population n’est pas en mesure de se nourrir, de trouver un emploi. Et puis, les acolytes du président s’enrichissent de jour en jour », a-t-il dénoncé.

Andréanne Bégin a quant à elle pris part à la manifestation après avoir été rapatriée d’urgence au Canada, en octobre dernier, à la suite d’un séjour de trois mois en Haïti dans le cadre d’un projet de coopération internationale. « Il y a eu une explosion dans la ville où je demeurais. Plusieurs enfants ont été brûlés sévèrement. […] Ces enfants-là étaient bloqués sur la route, étant donné les manifestations et la crise du carburant qui secoue le pays depuis plusieurs mois. Il y a des enfants qui sont décédés sur le chemin vers l’hôpital », témoigne-t-elle.

La population n’est pas en mesure de se nourrir, de trouver un emploi. Et puis, les acolytes du président s’enrichissent de jour en jour.

La situation actuelle que connaît Haïti est « critique », souligne au Devoir Daniel Erikson, chercheur principal au Centre Penn Biden pour la diplomatie et l’engagement mondial de l’Université de Pennsylvanie. « Bien qu’il y ait d’énormes frustrations par rapport au président actuel et plusieurs appels à sa démission de manifestants en Haïti et à l’étranger, en même temps, aucune solution sur ce qui viendrait après n’a été complètement développée », constate-t-il.

Celui qui a déjà été conseiller au département d’État des États-Unis sur l’Amérique latine est revenu la semaine dernière d’un séjour dans la région de Port-au-Prince, réalisé dans le but de mieux comprendre la crise qui secoue le pays. Il estime que la communauté internationale a un rôle à jouer dans la conclusion d’un accord entre le gouvernement haïtien et l’opposition. « Un accord politique doit être conclu entre le gouvernement et l’opposition politique pour permettre le rétablissement de certains niveaux de normalité », croit-il.

Au moment où ces lignes étaient écrites, Affaires mondiales Canada n’avait pas encore répondu au courriel du Devoir.