«Il faut cultiver la démocratie», dit Obama

Barack Obama lors d’un précédent passage à Montréal, en juin 2017
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Barack Obama lors d’un précédent passage à Montréal, en juin 2017

Il ne fut point question de Donald Trump au Centre Bell jeudi soir. Barack Obama a, comme toujours, évité de faire la moindre allusion directe à son successeur. Mais il a aussi passé des messages devant son auditoire montréalais : notamment celui que la démocratie est une chose fragile.

« L’Histoire n’avance pas toujours », a lancé M. Obama aux 12 000 spectateurs venus assister à son deuxième entretien présenté à Montréal depuis la fin de sa présidence. « La démocratie peut reculer. Ce n’est pas quelque chose qui perdure automatiquement, ça ne va pas de soi. Il faut la protéger, la renforcer, la cultiver vraiment. »

Ce fut probablement la déclaration de Barack Obama la plus proche de ce que l’actualité politique américaine — par la procédure d’impeachment contre Donald Trump — peut soulever comme questionnement.

Autrement, l’entretien d’une heure qu’il a accordé à Jean-François Gagné (un entrepreneur spécialiste en intelligence artificielle choisi par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour animer l’échange) tournait autour d’enjeux que M. Obama a abordés avec l’aisance qu’on lui connaît… mais sans en approfondir la matière. Ce qui a donné à l’événement le caractère d’un survol rapide et un peu décousu de sujets néanmoins porteurs.

Il est encore temps de prendre de grandes décisions pour répondre à ces défis

Entre quelques notes sur ce qu’il fait de ses journées, les travaux de sa fondation, le grand espoir qu’il place envers les jeunes comme catalyseurs de changements sociaux, le potentiel et les dangers de l’intelligence artificielle, le 44e président a répété l’importance que les gouvernements s’attaquent de front aux changements climatiques. « C’est une grande urgence, et elle va plus vite et plus sérieusement que ce qu’on avait anticipé », a-t-il dit.

M. Obama a bien noté que, même « en mettant les freins maintenant, cela prendra du temps » avant de renverser le cours du réchauffement. Ce qui n’est pas une raison pour ne rien faire, a-t-il immédiatement ajouté. « Il y a une grande différence entre trois degrés [de réchauffement], ou cinq degrés. Il y a une grande différence entre des océans qui montent de trois pieds, ou de six pieds. Et ces différences, c’est peut-être la civilisation. Il est encore temps de prendre de grandes décisions pour répondre à ces défis. »

Mais Barack Obama a aussi souligné que c’est un enjeu qui demande du doigté, de la coopération, du dialogue. Il a alors fait référence à la militante suédoise Greta Thunberg. « Elle a une telle force mentale… Mais quand je lui ai parlé, je lui ai dit qu’il est également important, même quand vous exprimez une colère [contre les actions des décideurs], de reconnaître que les réponses sont complexes. »

L’ancien président a souligné que le Canada « a la capacité de devenir un modèle » du type de réponse qui peut être donnée à la crise climatique. Il a par ailleurs vanté les investissements que son gouvernement a faits dans les technologies vertes pour contrer la récession qui menaçait à son arrivée au pouvoir, il y a dix ans… cela sans être relancé par l’animateur sur le fait que Washington a aussi déployé au même moment un plan de sauvetage de l’industrie automobile.

Statique

En fait, Barack Obama n’a été remis en question sur rien jeudi : M. Gagné a essentiellement lu des questions préparées, auxquelles M. Obama répondait en quatre ou cinq minutes, avec tous les atouts communicationnels qu’il possède. Mais point d’échange réel entre les deux hommes qui étaient calés dans des fauteuils : une formule statique pour l’ampleur de la foule — qui a par ailleurs réservé une ovation sentie à M. Obama en début et en fin d’événement.


«Maître de son propos»
 

« C’est une occasion d’entendre Barack Obama parler de sujets qui nous préoccupent, oui, mais dont il veut parler, soulignait avant l’événement le président de la Chambre de commerce, Michel Leblanc. Il est maître de son propos. » Les thématiques abordées avaient été approuvées par l’équipe de M. Obama. « L’idée n’est pas d’amener la discussion vers un endroit où le président ne voudrait pas aller », indiquait M. Leblanc.

« J’ai trouvé cela intéressant, mais ça m’a laissé sur ma faim, confiait au terme de l’événement Auguste Tene, un étudiant invité par son école. Sur les changements climatiques et l’intelligence artificielle, il n’y avait rien de nouveau. Mais j’ai retenu son appel à l’ouverture, cette idée qu’on est dans un contexte où on doit composer avec les autres, que ce qui nous connecte est plus fort que ce qui nous divise. »