Pour une modernisation de la culture philanthropique

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
Le juge Murray Sinclair, qui présidait  la Commission sur la vérité et la réconciliation du Canada, étreint ici Madeleine Basile après son témoignage lors de la présentation  du rapport final. À la suite du dépôt  du rapport, en décembre 2015, beaucoup de fondations ont aussi compris l’urgence de bâtir des ponts avec les communautés autochtones.
Adrian Wyld La Presse canadienne Le juge Murray Sinclair, qui présidait la Commission sur la vérité et la réconciliation du Canada, étreint ici Madeleine Basile après son témoignage lors de la présentation du rapport final. À la suite du dépôt du rapport, en décembre 2015, beaucoup de fondations ont aussi compris l’urgence de bâtir des ponts avec les communautés autochtones.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Avant la naissance de Fondations philanthropiques Canada (FPC) en 2001, les fondations privées ne possédaient pas l’esprit collégial qu’ils ont aujourd’hui, se rappelle Hilary Pearson. L’ancienne présidente, qui a quitté l’organisme après 18 ans de carrière, a vu le monde philanthropique se structurer, devenir plus « qu’un véhicule pour la philanthropie personnelle » et s’engager dans une prise de parole publique.

D'abord établie à Toronto, FPC s’est par la suite installée à Montréal. Ce geste a été crucial dans la volonté de l’organisation d’unir les fondations francophones et anglophones, selon Hilary Pearson. Le résultat est ce qu’il est aujourd’hui : une véritable communauté s’est créée. « On voit les fondations créer des liens entre elles et établir des collaborations officielles, remarque-t-elle. Nous avons certainement ramené la philanthropie québécoise au sein des actions de la philanthropie organisée dans le reste du Canada, et nous avons aussi créé des possibilités d’engagement pour un grand nombre de fondations. »

Pour illustrer cette approche solidaire, la Fondation familiale Trottier et la Fondation David Suzuki se sont associées en 2018 pour lutter contre les changements climatiques. Leurs dons serviront à permettre à la Ville de Montréal de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Philanthropie stratégique

De nos jours, la philanthropie n’est plus uniquement une affaire de dons ici et là à des organismes de la communauté, ce qu’Hilary Pearson définit comme une approche passive, caractérisée par l’attente. « Ce qu’on voit maintenant, c’est que la philanthropie organisée est beaucoup plus stratégique, indique-t-elle. On travaille avec un regard à long terme. »

C’est un engagement plus viscéral visant à produire des changements systémiques à grande échelle et en profondeur, mais qui ne vient pas sans risques. « Mais, prenez-en, des risques, lance Mme Pearson. Si on est une fondation privée, on a cette chance incroyable de ne pas avoir d’actionnaires, on n’a pas d’électeurs, on peut s’engager dans une perspective à long terme, on peut prendre des risques et on peut investir pour les générations à venir. »

À l’image de la communauté

Catégorique, Hilary Pearson déclare que les fondations ne représentent pas du tout la majorité de la population. La diversité et l’inclusion sont des enjeux sur lesquels le secteur doit se questionner. Leurs politiques et pratiques doivent s’adapter.

Photo: Courtoisie Hilary Pearson

« Je l’ai déjà dit publiquement, la face de la philanthropie organisée est un visage blanc, d’un certain âge et riche, admet-elle. Ce sont des gens qui ont eu la chance d’avoir des fortunes et ont décidé de créer une fondation pour donner une partie de cette fortune à la communauté. Cela étant dit, il y a des façons d’être plus inclusif, même dans une fondation qu’on dit familiale. » La fondation Chagnon, dont le conseil d’administration n’est pas uniquement formé des membres de la famille, mais aussi des membres de la communauté, en est un exemple.

À la suite du dépôt du rapport de la Commission sur la vérité et la réconciliation du Canada en 2015, beaucoup de fondations ont aussi compris l’urgence de bâtir des ponts avec les communautés autochtones. « On n’en parlait presque pas il y a une quinzaine d’années, mais le monde de la philanthropie a pris ce défi au sérieux et s’est engagé à mieux comprendre, à s’éduquer, à faire des efforts », affirme Hilary Pearson.

Un rôle public

« Il faut continuer d’avoir une parole collective, croit Hilary Pearson. Je crois que les fondations ont quelque chose à dire. C’est possible et c’est nécessaire de s’engager dans le débat public. » En ce sens, l’une des dernières actions de Mme Pearson au sein de FPC a été de rédiger le guide Les fondations, vecteurs de changement : la participation à l’élaboration des politiques publiques.

Et elle ne s’arrête pas là. Elle copréside un comité consultatif permanent sur le secteur de la bienfaisance du gouvernement du Canada mis sur pied en 2018, dont le rôle est d’ouvrir un dialogue entre le gouvernement et les organismes de bienfaisance. « On a toujours la loi sur le revenu, mais elle n’est pas faite pour encourager les organismes ; elle est plutôt faite pour les contrôler, affirme-t-elle. Le comité est là pour veiller à ce que l’environnement réglementaire appuie le travail que nous faisons. »

Si elle poursuit son travail ailleurs, Hilary Pearson a espoir que les personnes dévouées et engagées qu’elle a côtoyées au sein de FPC seront à la hauteur des défis à venir. « Il faut continuer avec l’orientation qu’on a prise, avec cette professionnalisation, cette création de réseaux et de retombées pour le secteur philanthropique au Canada, soutient-elle. C’est important de continuer le travail d’inspiration, d’éducation. »

Hilary Pearson travaille également sur un projet de livre sur le rôle des fondations philanthropiques dans le développement d’une société juste au Canada.