La générosité: l’affaire de tous les Québécois

Mélanie Gagné Collaboration spéciale
Yvon Charest
Yvon Charest

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le philanthrope Yvon Charest, ancien président et chef de la direction de iA Groupe financier, croit que le développement de la gérosité concerne autant les dirigeants d’entreprise que tous les Québécois.

Monsieur Charest est retraité depuis le 1er janvier 2019. C’est en 2000, en devenant président d’iA Groupe financier, qu’il a commencé son engagement en philanthropie. Il a vu ce que ces prédécesseurs ont accompli et il a compris sa nouvelle position d’influence. « Je me suis donné la mission, non seulement de faire de la philanthropie, mais surtout de promouvoir l’idée que les dirigeants comme moi soient plus actifs, raconte le soixantenaire. Le moment-clé a été quand je suis devenu président, mais il faut aussi dire que, dans ma famille (on était une famille à revenus moyens), ma mère avait toujours fait beaucoup de bénévolat. En exagérant à peine, je dis que je suis une extension de ma mère. Elle m’a beaucoup influencé. »

L’accomplissement chez iA Groupe financier

Yvon Charest était convaincu qu’il fallait développer la générosité de façon générale chez tous les employés en fonction de leurs moyens. « Je me suis dit que si tout ce que je faisais était d’augmenter le budget de dons de la compagnie et de faire des chèques comme président, ça n’allait pas changer grand-chose à la culture de la philanthropie. Je voulais que tous les employés embarquent et, pour ça, il fallait trouver la cause la plus rassembleuse possible. »

M. Charest a proposé de soutenir Centraide, puisque cela permettait que l’argent soit redistribué à de nombreux organismes communautaires qui travaillent à améliorer la qualité de vie des gens. « L’année passée, pour la seule région de Québec, pour la première fois, les employés de la compagnie ont remis 1 million à Centraide Québec Chaudière-Appalaches », confie le philanthrope avec fierté.

M. Charest a pris en charge une partie de la campagne Centraide pour les dons personnels importants et a développé des stratégies pour convaincre tous les dirigeants d’entreprise à faire de même. « Pendant six ans, chaque automne, on faisait des déjeuners Wake-up call, raconte-t-il. On invitait une trentaine de dirigeants à une rencontre, et notre objectif était qu’ils comprennent qu’ils devaient s’impliquer dans la communauté. »

Lors de ces déjeuners, Yvon Charest parlait à ses invités de trois choses : pourquoi donner, à qui donner et combien donner. Le philanthrope expliquait aussi que trois systèmes font fonctionner notre société : le système économique, pour créer de la richesse, le système politique, pour qu’il y ait un minimum de justice pour redistribuer la richesse, et le système communautaire, pour briser le cycle de la pauvreté et de l’exclusion. « Le système communautaire, avec de faibles montants d’argent, réussit à faire des miracles, ajoute-t-il. C’est quelque chose que nous, les dirigeants, on aurait beaucoup de difficulté à faire. Je leur disais : vous, vous êtes les poches et le système communautaire, c’est les mains. On a besoin des deux ! »

Donner 3 % de ses revenus

Yvon Charest remarque que les dons moyens des Québécois progressent tranquillement. Selon lui, il n’y a pas encore de quoi être fier, mais ça s’en vient. Le philanthrope suggère que les ménages donnent 3 % de leurs revenus en dons. « Une compagnie généreuse, c’est défini, mais un individu généreux, ça ne l’est pas, fait-il remarquer. On a besoin d’une définition. »

M. Charest cite une étude publiée en 2016 par Statistique Canada qui a éclairé sa réflexion. Elle portait sur la générosité des individus en fonction du quintile de revenus des ménages : « Le cinquième quintile, celui des revenus les plus faibles au Canada, ce sont des gens qui gagnent 53 000 $ et moins. Les personnes de ce quintile qui font un don donnent en moyenne 2,4 % de leurs revenus. Quand un couple gagne 53 000 $ et donne 2,4 %, je considère que c’est énorme. Parmi ceux qui font des dons et qui font partie du premier quintile, soit ceux dont le revenu du ménage en 2016 était de 153 000 $ et plus, le pourcentage de don par rapport au revenu est de 0,8 %. S’il y a des gens du cinquième quintile capables de donner 2,4 %, je crois que les autres sont capables de donner 3 %. » Le philanthrope recommande aux ménages de se faire un budget annuel de dons.