Prix Adrien-Pouliot pour la coopération scientifique avec la France: toujours chez lui dans une forêt boréale

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Yves Bergeron  (à l’avant-plan) étudie comment la forêt boréale  a été perturbée sur plusieurs millénaires par  la dynamique  des incendies  et d’autres phénomènes naturels.
Acfas Yves Bergeron (à l’avant-plan) étudie comment la forêt boréale a été perturbée sur plusieurs millénaires par la dynamique des incendies et d’autres phénomènes naturels.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix Acfas

Comme c’est souvent le cas lorsque l’on marche en forêt, Yves Bergeron a parcouru quelques sentiers avant d’arriver à sa passion, l’écologie forestière. Cet amoureux de la nature était surtout attiré au départ par le monde animal. Pendant ses études en biologie à l’Université de Montréal, il a l’occasion de suivre des cours au Jardin botanique. Il y découvre l’univers des plantes, mais y fait surtout la rencontre, déterminante, d’André Bouchard.

Cet écologiste et biologiste, longtemps conservateur et même directeur du Jardin botanique, est reconnu pour ses travaux de recherche, notamment en aménagement du territoire et en agroforesterie. Mais il l’est tout autant pour son militantisme en faveur de la préservation des écosystèmes. Il a contribué à la sauvegarde de la forêt de Saraguay, qui a mené à la création des parcs-nature à Montréal. Il deviendra le directeur de thèse d’Yves Bergeron. Ce dernier travaille alors sur les forêts de l’Abitibi-Témiscamingue, très peu étudiées auparavant.

« Ce qui m’intéressait, c’était les forêts naturelles, mais j’ai vite été confronté au fait que celles-ci étaient aménagées pour l’exploitation forestière, se rappelle Yves Bergeron. C’est là que j’ai vu tout l’intérêt de lier écologie et foresterie. »

Imiter la nature

Il faut dire qu’à l’époque, la conception que l’on se faisait de l’aménagement des forêts était bien loin de celle que l’on connaît aujourd’hui. Une idée reçue voulait qu’en coupant les arbres de la forêt boréale tous les 70 ans, on imitait ce que faisait la nature avec les incendies. Sauf qu’en y regardant de plus près, Yves Bergeron et d’autres chercheurs en écologie forestière ont constaté que le rythme des coupes était beaucoup plus rapide que celui des incendies naturels. Cette approche rajeunissait donc les forêts beaucoup trop rapidement et faisait disparaître les plus anciennes.

Les travaux de recherche en écologie forestière ont eu une grande influence sur l’évolution des méthodes d’aménagement de la forêt. Le nouveau régime forestier du gouvernement québécois fait de l’aménagement écosystémique la voie à privilégier pour gérer les forêts boréales. « Il s’agit d’imiter le plus possible le fonctionnement naturel de la forêt dans son aménagement, ce qui signifie bien sûr qu’il faut mener des recherches pour bien comprendre ce fonctionnement », explique le professeur.

Une Internationale forestière

Yves Bergeron y travaille depuis de nombreuses années et a développé plusieurs collaborations internationales. Cet élan vers l’extérieur débute à la fin des années 1990 avec des ententes entre l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et l’Université du Québec à Montréal et l’Université de Montpellier, l’École pratique des Hautes Études et l’Université Paul-Sabatier, en France. Elles mèneront à la création du Laboratoire international associé sur les forêts montagnardes et boréales, qui s’intéresse à l’écologie forestière des forêts froides.

« Le Québec et la France présentent des différences qui les rendent complémentaires, souligne Yves Bergeron. En Europe, les forêts sont aménagées depuis très longtemps, il s’y fait beaucoup de restauration, donc on peut s’inspirer de leurs bons et moins bons coups. Au Québec, il reste des forêts naturelles. Cela permet aux Européens d’avoir accès à des référents naturels qui n’existent plus beaucoup chez eux. »

Le partenariat Québec-France va rapidement s’élargir, d’abord à la Suède et à la Russie en 2015, puis deux ans plus tard à l’Islande, la Norvège, la Finlande et la Chine avec la création du Laboratoire international sur les forêts froides. Ce groupe de recherche couvre ainsi toute la zone circumboréale terrestre, à savoir la zone tempérée froide de l’hémisphère nord ainsi que l’Arctique. Son objectif est de mieux comprendre le passé et le présent pour réussir à aménager l’avenir.

Les chercheurs étudient comment la forêt a été perturbée sur plusieurs millénaires par la dynamique des incendies et d’autres phénomènes naturels, notamment par les changements climatiques. Ce dernier point est particulièrement important, puisque l’on sait maintenant que les changements climatiques actuels modifieront les forêts boréales. Comprendre certains épisodes similaires dans le passé aidera à raffiner les prédictions sur les évolutions à venir et à mieux s’y adapter.

L’écologie forestière a amené Yves Bergeron à voyager et à découvrir qu’au fond, il est toujours un peu chez lui dans une forêt boréale. « Le milieu circumboréal est très similaire d’un pays à l’autre, raconte-t-il. Je l’ai constaté dans le nord de la Chine, dans des forêts où l’on retrouve des arbres de genres similaires à ceux qui existent au Québec, comme des érables, des chênes et des tilleuls. Je m’y sentais un peu chez nous. »