Crédits carbone: je consomme, donc je compense

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Avant même de penser à compenser ses émissions de GES, chacun devrait faire un bilan de son empreinte carbone et se demander où il peut la réduire.
Photo: Rsimon Matzinger / UNSPLASH Avant même de penser à compenser ses émissions de GES, chacun devrait faire un bilan de son empreinte carbone et se demander où il peut la réduire.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Cantonné pendant de nombreuses années aux seules entreprises, obligées au Québec de compenser les gaz à effets de serre (GES) qu’elles émettent, le marché du carbone attire ces derniers mois de plus en plus de particuliers.

Qui a pu, à l’occasion d’un congrès, remplir un formulaire permettant de calculer l’empreinte carbone associée à sa participation à l’événement ? Qui s’est vu proposer de compenser ses émissions de gaz à effets de serre au moment de confirmer l’achat d’un billet d’avion ou de train ? Ou en s’abonnant à un service d’autopartage ? Ces pratiques sont de plus en plus courantes. Si elles sont souvent restées lettre morte pendant des années, force est de constater que de plus en plus de citoyens se laissent gagner par la cause.

« Jusque-là, notre clientèle était composée à plus de 80 % par des entreprises, des organisateurs d’événements et des voyagistes, mais depuis le début de l’année, on sent une montée en puissance du mouvement citoyen, affirme Karine Oscarson, directrice de Planetair. C’est intéressant parce que nous nous situons sur le marché volontaire. Il y a de plus en plus une volonté de la part de la population, de faire sa part. »

Le Far West

Planetair est ce que l’on pourrait appeler un courtier en crédits carbone. L’entreprise offre depuis 2006 la possibilité aux Canadiens d’acheter des crédits carbone pour compenser leurs émissions de GES. L’acheteur peut ainsi choisir le projet climatique dans lequel il souhaite investir son argent, en fonction de ses valeurs. Projets qui sont tous certifiés Gold Standard, l’une des normes les plus rigoureuses en matière de compensation carbone.

« Le problème, c’est que c’est un peu le Far West dans le milieu, indique Pierre-Oliver Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie. Si je veux caricaturer, je dirais que votre voisin peut très bien annoncer qu’il ne va plus manger de viande pour limiter ses émissions de GES, et vous demander de le payer pour ça. Or, qui va vérifier s’il le fait vraiment ? »

La norme Gold Standard valide principalement quatre types de réalisations, à savoir les projets d’efficacité énergétique, la protection de l’environnement — gestion des dépotoirs pour réduire les émissions de méthane ou de gaz réfrigérants, notamment —, le transfert de technologie — permettant notamment l’abandon des énergies fossiles — et la reforestation. Ces projets peuvent être au Québec ou ailleurs dans le monde.

« On évalue par exemple que, pour compenser une tonne de CO2, il faut planter six arbres autour de Montréal, explique Karine Oscarson. Plus au nord, il en faudra plus, et ça dépend également de l’essence de l’arbre. »

Alimentation et voyages

Il est également possible d’acheter des droits d’émission de gaz à effets de serre sur le marché du carbone Québec-Californie. En 2014, le Québec a en effet lié son système à celui de la Californie dans le cadre de la Western Climate Initiative, créant ainsi le plus grand marché du carbone en Amérique du Nord. Ce marché vise les industriels, les importateurs et producteurs d’électricité et les distributeurs de carburants et de combustibles fossiles, qui sont obligés, par la loi, de compenser toutes leurs émissions de GES. Pour ce faire, le gouvernement met en vente aux enchères des unités d’émission, unités qui baissent de 3 % environ par an, de manière à générer des réductions d’émissions de GES. Tout citoyen peut volontairement participer à ces ventes aux enchères.

Grâce à ce marché obligatoire, l’empreinte carbone de la plupart des biens de consommation produits au Québec est donc déjà compensée par le producteur lui-même. Sauf en alimentation, les agriculteurs n’étant pas assujettis au marché du carbone, et en transport aérien.

« Si les gens devaient commencer à compenser leurs émissions, ce serait donc dans ces deux domaines qu’ils pourraient le faire, note M. Pineau. Compenser les voyages en avion et selon leur régime alimentaire. »

Tant Pierre-Olivier Pineau que Karine Oscarson s’accordent cependant sur le fait qu’avant même de penser à compenser ses émissions de GES, chacun devrait faire un bilan de son empreinte carbone et se demander où il peut la réduire.

274 arbres

Un Québécois émet l’équivalent de 9.6 tonnes de CO en moyenne par année, selon les données publiées fin 2018 par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Considérant qu’un arbre stocke 35kg de CO2 par an en moyenne, dépendamment de sa maturité, de l’essence et de son emplacement, un Québécois devrait planter environ 274 arbres chaque année pour être carboneutre.