Le coroner enquêtera sur le décès d’un coureur

Un homme de 24 ans est décédé dimanche lors du marathon de Montréal.
Photo: Al Bello/Getty Images/AFP Un homme de 24 ans est décédé dimanche lors du marathon de Montréal.

Les services d’urgence ont perdu la course contre la montre, dimanche, quand un jeune marathonien a été victime d’un malaise cardiaque alors qu’il s’approchait du fil d’arrivée. Si Urgences-santé assure que ses ambulanciers étaient sur place sept minutes après avoir reçu un appel, des témoins estiment que l’attente a été beaucoup plus longue.

Le Bureau du coroner a indiqué lundi qu’une enquête était en cours pour comprendre les circonstances du décès de Patrick Neely, 24 ans, alors qu’il achevait le demi-marathon, un parcours de 21,1 kilomètres.

Un porte-parole d’Urgences-santé, Stéphane Smith, a confirmé qu’un appel avait été reçu à 9 h 56 et que les ambulanciers étaient partis immédiatement, pour arriver sur place sept minutes plus tard. Il ajoute qu’à leur arrivée, la victime était déjà en arrêt cardiorespiratoire. Toutefois, certains témoins de la tragédie ont confié à La Presse canadienne que le délai avant l’arrivée des ambulanciers avait été long. Certains parlent même de 25 minutes d’attente.

 

Les responsables du Marathon international de Montréal ont réagi lundi après-midi par voie de communiqué. Ils se sont dits « profondément attristés » du décès du coureur, qui a été constaté au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

L’organisation souligne qu’une personne aurait porté secours à M. Neely en effectuant des manoeuvres de réanimation cardiorespiratoire et qu’un appel aurait été fait au 911. La version des responsables du marathon fait également état de l’arrivée des ambulanciers sur les lieux dans les huit minutes qui ont suivi. L’organisation ajoute que « tous les rapports reliant le départ différé de la course à cet incident sont inexacts ». Le départ avait été retardé de 50 minutes en raison d’un service de sécurité déficient.

Les responsables du marathon soutiennent que la coordination du soutien médical était bien préparée, avec « 50 défibrillateurs et plus de 80 professionnels de la santé sur le parcours ». Huit ambulances étaient réservées à l’événement, selon l’organisation.

Décharge de responsabilité

Pour participer à la course, M. Neely, comme tous les autres coureurs, a dû signer une décharge en déclarant assumer l’entière responsabilité et le risque d’accident, de blessure ou même de décès. Le document prévient également qu’il est de la responsabilité du marathonien de s’assurer d’être médicalement et physiquement apte à participer aux activités liées à la course.

Pour l’avocat en responsabilité civile Jimmy Lambert, une telle décharge est souvent utilisée comme élément dissuasif par des entreprises, mais ne les exonère toutefois pas de leurs responsabilités, selon l’article 1475 du Code civil. « Le premier réflexe des entreprises est de dire « vous vous êtes blessé, vous avez signé une décharge, vous n’avez pas de recours » », illustre-t-il. « Mais le Code civil mentionne clairement que la victime pourrait engager la responsabilité de l’auteur en faisant la démonstration que celui-ci n’a pas agi de manière diligente en s’exposant à des risques anormaux », poursuit-il.

Selon Me Lambert, la principale question est de savoir s’il y a eu faute ou non de la part des organisateurs du marathon. Par exemple, il faudrait déterminer si la configuration des lieux a contribué à retarder l’arrivée des ambulanciers, s’il y avait des défibrillateurs, s’il y avait suffisamment d’endroits où les coureurs pouvaient boire de l’eau. « On sait que ce n’est pas la première fois non plus qu’il y a une crise cardiaque ou un décès lors d’un marathon », souligne-t-il.

Une preuve de bonne forme physique

En France, une loi oblige les coureurs de marathon à fournir un certificat médical ou une licence valide émise par une fédération de coureurs. Ces documents font foi de la bonne santé des marathoniens. Une manoeuvre qui ne serait pas d’une grande utilité pour prévenir les malaises et les décès, selon Sébastien Roulier, professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.

Celui qui travaille également comme pédiatre intensiviste explique que les règles peuvent facilement être contournées. « On peut connaître un ami médecin qui va signer ces papiers-là », illustre M. Roulier, ajoutant que les malaises chez les jeunes coureurs restent « anecdotiques ». « Des événements qui étaient rares semblent devenir de plus en plus fréquents, pas parce que c’est plus dangereux de courir, mais parce qu’il y a plus de gens qui courent », explique le professeur, lui-même ultramarathonien.

Le Dr Roulier est d’avis qu’il revient au coureur de s’assurer que sa forme physique est assez bonne pour prendre part à un marathon et qu’il ne doit pas hésiter à consulter un médecin en cas de doute. « Je pense que c’est le devoir du patient, de la personne, de faire ces démarches-là pour voir si c’est vraiment acceptable dans sa condition », explique-t-il. Il rappelle également l’importance pour un coureur d’écouter les signaux que lui envoie son corps. « Dans un contexte de course, on est peut-être un peu moins à l’écoute des symptômes de notre corps. On se dépense un peu plus. Il faut être un peu plus prudent dans ces circonstances-là », prévient-il.

Avec La Presse canadienne