Des outils pour la paix

Catherine Couturier Collaboration spéciale
De jeunes enfants participent à une classe en plein air dans le village d'al-Kashar, au Yémen. La construction d'une école pour le village a été interrompue par le début du conflit au pays en 2015.
Photo: Ahmad Al-Basha Agence France-Presse De jeunes enfants participent à une classe en plein air dans le village d'al-Kashar, au Yémen. La construction d'une école pour le village a été interrompue par le début du conflit au pays en 2015.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Alors qu’on célèbre samedi la Journée internationale de la paix,
Oxfam-Québec et plusieurs autres organismes ont cette semaine rappelé au
Canada ses engagements pour contribuer au maintien de la paix mondiale.

« C’est un hasard que l’entrée en vigueur au Canada du Traité sur le commerce des armes arrive à quelques jours de la Journée internationale de la paix, constate Anne Duhamel, directrice des politiques chez Oxfam-Québec, mais ce serait d’autant plus significatif si le gouvernement annonçait sa décision concernant le contrat d’armes à l’Arabie saoudite. » En effet, en 2014, le Canada a accordé un contrat pour la vente de blindés à l’Arabie saoudite, alors qu’il avait signé le Traité sur le commerce des armes en 2013. Mais conformer sa réglementation et ses lois peut prendre plusieurs années ; le traité est officiellement entré en vigueur le 17 septembre dernier.

Oxfam-Québec et un regroupement d’organismes (Oxfam-Canada, Project Ploughshares, Amnistie internationale Canada et Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient) ont donc tenu une conférence de presse le même jour pour rappeler au gouvernement de respecter l’esprit du traité : « Le Canada a tous les outils à sa disposition pour évaluer les permis de vente d’armement, et on voudrait qu’il profite de l’occasion pour témoigner concrètement de son engagement », souligne Mme Duhamel. Le regroupement demande ainsi que cesse l’exportation de véhicules blindés à l’Arabie saoudite, devant les souffrances du peuple yéménite.

Une crise humanitaire sans précédent

Le conflit au Yémen, opposant le gouvernement aux rebelles houthis (soutenus par l’Iran), fait rage depuis 2014 et a redoublé d’ardeur depuis le soutien de l’Arabie saoudite au gouvernement en 2015. Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, Stephen O’Brien, a déclaré en mars 2017 que la situation était la pire crise humanitaire au monde. Les chiffres sont difficiles à obtenir, mais un groupe de recherche associé à l’Université du Sussex estime le nombre de morts entre 70 000 et 80 000 depuis mars 2015, date du début de l’intervention militaire de l’Arabie saoudite. « Sur le plan sanitaire, la situation est vraiment dramatique : 20 millions de personnes souffriraient de malnutrition, ce qui représente 70 % de la population », explique Mme Duhamel. Le Programme des Nations unies pour le développement a également indiqué que la guerre au Yémen avait fait reculer le pays de 20 ans. « En effet, 60 % des décès concernent des enfants de moins de cinq ans. On parle d’une génération perdue », souligne Mme Duhamel.

À la lumière du deuxième rapport du Groupe d’experts éminents des Nations unies sur le Yémen, qui lie l’ampleur de la crise au soutien des gouvernements étrangers, Oxfam-Québec et ses partenaires exhortent donc le gouvernement à cesser le transfert de blindés. Depuis la signature du contrat en 2014 pour l’exportation de blindés en Arabie saoudite, Oxfam-Québec est actif dans ce dossier : « Nous les avons alertés à l’époque de nos préoccupations, comme il y avait un grand risque que les armes soient utilisées pour commettre une violation des droits de la personne. » L’organisme a aussi envoyé deux lettres à ce sujet au premier ministre, qui sont restées sans réponse.

Des outils positifs

L’entrée en vigueur du Traité sur le commerce des armes est tout de même un pas dans la bonne direction, selon la directrice des programmes d’Oxfam-Québec : « On est vraiment contents, c’est une avancée. » La ministre des Affaires étrangères est aujourd’hui obligée de tenir compte du critère de risque réel que les armes soient utilisées pour une grave violation des droits de la personne, ou pour des actes sérieux de violence basée sur le sexe. « Ce sont des critères pour lesquels on s’est battus », poursuit Mme Duhamel.

« Je veux être claire : nous sommes heureux, mais des failles demeurent dans la loi », souligne Mme Duhamel. Ainsi, l’exportation des armes vers les États-Unis exige maintenant l’obtention de permis auprès du ministère des Affaires étrangères, mais les pièces et les composantes en sont exclues.

La Journée internationale de la paix reste une bonne occasion pour Oxfam de rappeler les situations très graves que vivent plusieurs peuples dans le monde. « Comme le démontre le rapport de l’ONU, la situation de conflit au Yémen est en train de miner les efforts de paix », souligne Mme Duhamel.