Régine Laurent, les enfants d’abord

Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse

« Jamais vous allez me faire tabletter les enfants du Québec. » Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, a lancé un message on ne peut plus clair à l’endroit du gouvernement Legault, jeudi à Montréal. Son rapport — commandé dans la foulée du décès d’une fillette de 7 ans survenu à Granby en avril — aura des suites.

« Nous avons l’intention de retourner toutes les pierres et d’entendre un maximum de personnes afin de formuler des recommandations à la fois concrètes, applicables, rigoureuses et en phase avec les attentes et les valeurs de la population », a-t-elle déclaré. « Le rapport ne sera pas tabletté, fiez-vous à moi. »

La Commission veillera à identifier les problèmes et à proposer des solutions pour améliorer les services de protection de la jeunesse. Elle ne cherchera pas à blâmer des individus.

Régine Laurent et les deux vice-présidents de la Commission, André Lebon et Michel Rivard, avaient convoqué les médias jeudi pour présenter leur plan de match en vue des audiences publiques qui débuteront le 22 octobre.

Des témoins, experts, groupes et organismes seront entendus — sur invitation — à Montréal, Québec et Sept-Îles au cours des cinq semaines d’audiences prévues d’ici Noël. Celles-ci se poursuivront par la suite en 2020. Ce volet public sera diffusé en direct sur le site Internet de la Commission.

Témoignages

Les témoignages de jeunes — aujourd’hui devenus adultes — qui ont transité par les services de protection de la jeunesse seront au coeur de la réflexion.

« Il faut partir de ceux qui ont malheureusement eu ce parcours », a souligné Mme Laurent. Ceux et celles qui préféreront témoigner à huis clos, pour préserver leur anonymat, pourront le faire. « Ce sera un lieu de parole et d’écoute », a mentionné Michel Rivard, qui a travaillé pendant 25 ans à titre d’avocat à la DPJ.

Le rapport ne sera pas tabletté, fiez-vous à moi

Celui-ci a saisi l’occasion pour lancer un appel aux intervenants qui travaillent dans le réseau de la protection de la jeunesse pour qu’ils se fassent entendre. « S’il y en a qui connaissent les problèmes du système, c’est ceux qui les vivent au jour le jour. »

En plus des audiences publiques, la Commission déploiera une série d’autres moyens de consultation « pour donner la parole à tous les citoyens qui désirent s’exprimer », a soutenu André Lebon, psychoéducateur.

Des forums citoyens se tiendront dans toutes les régions du Québec et des sessions de travail auront lieu avec des experts. Les citoyens et organismes qui le souhaitent sont invités à soumettre un mémoire à la Commission d’ici le 12 décembre. Et les individus qui désirent partager leur histoire directement avec la Commission peuvent le faire dès maintenant.

Pas le luxe d’attendre

La Commission Laurent déposera son rapport et ses recommandations au plus tard le 30 novembre 2020. « On veut résolument respecter ce délai », a insisté Régine Laurent, qui a été pendant huit ans présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

« Pourquoi ? Parce que plusieurs enfants n’ont pas le luxe d’attendre. »

La Commission pourra émettre des recommandations au gouvernement avant d’avoir terminé ses travaux. « Pour que l’on puisse commencer le plus rapidement possible à changer les choses. »

La Commission s’attardera non seulement aux services destinés aux jeunes en détresse, mais aussi au financement et à l’organisation des DPJ, à la loi qui encadre ces services, au rôle des tribunaux, des services sociaux, de la sécurité publique et des autres acteurs qui gravitent autour des jeunes.

La réalité particulière des Autochtones sera prise en compte. Le taux d’enfants autochtones pris en charge par la DPJ est presque huit fois plus élevé que dans le reste de la population. La Commission se basera notamment sur les travaux de la Commission Viens et sur les résultats de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Jeudi, l’Assemblée des Premières Nations Québec–Labrador a fait savoir qu’elle gardera les travaux de la Commission à l’oeil. « Nos enfants ne doivent plus être à la merci d’un système qui nie leur réalité », a déclaré le chef Ghislain Picard.

Douze commissaires siègent à la Commission Laurent, dont cinq experts et des députés provenant des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale. Il s’agit d’une structure inédite au Québec.

2 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 septembre 2019 05 h 09

    … mercis !

    « Jamais vous allez me faire tabletter les enfants du Québec. » ; « Nous avons l’intention de retourner toutes les pierres et d’entendre … » (Régine Laurent, Présidente de la Commission spéciale) ; « S’il y en a qui connaissent les problèmes du système, c’est ceux qui les vivent au jour le jour. » (Michel Rivard, Avocat, v.-p, Commission Laurent)

    De ces citations, il est bien de savoir que l’esprit de cette Commission demeure sensible de sagesse à toutes ces personnes qui, de la petite enfance jusqu’à l’adolescence, assument un vivre-ensemble différent de celui de la Communauté-Société ambiante, et ce, pour des motifs de protection sociale ou autres !

    De cet esprit, qu’ajouter ?

    Tabletter des enfants ?

    Toujours jamais et …

    … mercis ! - 13 sept 2019 –

  • Nadia Alexan - Abonnée 13 septembre 2019 11 h 31

    Régine Laurent, une femme digne de notre confiance.

    Bravo à madame Régine Laurent, présidente de la Commission. J'ai toute ma confiance à cette dame sage qui a milité pour la justice sociale pendant toute sa vie et je suis sûre qu'elle va trouver des solutions valables pour sauver nos enfants de la misère et de l'abus parental.