Le cannabis moins populaire au Québec qu’ailleurs au Canada

Selon les résultats de l'étude, les hommes ont été près de deux fois plus poussés à consommer du cannabis que les femmes.
Photo: Getty Images Selon les résultats de l'étude, les hommes ont été près de deux fois plus poussés à consommer du cannabis que les femmes.

La consommation de cannabis a diminué au Québec au cours des derniers mois, indiquent les plus récentes données de Statistique Canada sur le sujet. La province est d’ailleurs celle qui compte le moins d’adeptes de cette drogue à travers le pays.

L’agence fédérale a dévoilé les résultats de son Enquête nationale sur le cannabis jeudi, portant sur le deuxième trimestre de 2019.

Au Québec, 713 600 personnes de 15 ans et plus ont déclaré avoir consommé du cannabis dans les trois derniers mois, soit 10 % de l’ensemble de la population. Un taux plus faible que lors des trimestres précédents où l’on avait atteint 11 % de janvier à mars 2019 et 13,6 % d’octobre à décembre 2018. Rappelons que le Canada a légalisé le cannabis le 17 octobre 2018.

La province est de plus celle qui consomme le moins cette substance psychotrope, enregistrant un taux bien inférieur à la moyenne nationale de 16 %. À l’inverse, la Nouvelle-Écosse et l’Alberta sont les provinces où l’on trouve la plus grande proportion de consommateurs de cannabis, respectivement 24 % et 20 %. La consommation de cette drogue était également bien au-delà de la moyenne nationale du deuxième trimestre dans les trois capitales territoriales : 24 % à Whitehorse, 30 % à Yellowknife et 32 % à Iqaluit.

 

Consommation stigmatisée

Ces chiffres n’étonnent pas Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et spécialiste en toxicomanie.

« La consommation de cannabis est particulièrement stigmatisée et démonisée au Québec. On a fait beaucoup de campagnes de peur sur les risques du cannabis, ça peut expliquer qu’on soit moins à en consommer », avance-t-il en guise d’explication.

Le professeur croit aussi que le marché du cannabis tel qu’il existe au Québec a pu jouer un rôle dans les résultats de l’enquête. En mettant en place un monopole d’État — la Société québécoise du cannabis (SQDC) — plutôt que d’ouvrir la vente de cannabis au marché privé, le Québec favorise peu la consommation. « Dans plusieurs autres provinces du Canada, les marchés sont mixtes ou privatisés, ça fait une différence », précise M. Fallu.

Le portrait dressé par Statistique Canada montre aussi une différence dans la façon dont les hommes et les femmes obtiennent et consomment le cannabis. Les hommes (21 %) ont été près de deux fois plus poussés à en consommer que les femmes (12 %). Ils en prennent également plus fréquemment. Dans les deux cas, fumer du cannabis séché reste la façon de consommer la plus populaire.

Toutefois, les femmes sont trois fois plus nombreuses que les hommes à essayer d’autres produits comme les concentrés liquides, les cartouches d’huile de cannabis ou encore les vaporisateurs.

« Ce sont des moyens de consommation plus discrets, ce que recherchent certaines femmes », explique Karine Bertrand, professeure titulaire au programme de toxicomanie à l’Université de Sherbrooke, rappelant que la consommation de drogue est généralement plus stigmatisée chez les femmes. Elles sont d’ailleurs plus nombreuses que les hommes à obtenir cette drogue gratuitement auprès d’amis ou de leur famille.