Les climatosceptiques sont surreprésentés dans les médias

Mobilisation des jeunes pour le climat, à Montréal, en mars dernier
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Mobilisation des jeunes pour le climat, à Montréal, en mars dernier

Une analyse ratissant le contenu des journaux les plus fiables aux blogues les plus obscurs révèle que les climatosceptiques ont bénéficié entre 2000 et 2016 d’une couverture médiatique plus importante que les climatologues reconnus.

Cette tendance « démontre que les médias traditionnels sont supplantés par le grand nombre de nouveaux médias, dont plusieurs contribuent à la désinformation sur les changements climatiques », avertissent les auteurs d’une étude publiée mardi dans la revue Nature Communications.

Pour arriver à ce constat, les chercheurs ont analysé 100 000 articles de la presse papier et numériques de langue anglaise. Ils ont relevé les noms de plusieurs centaines de climatologues de premier plan et un nombre égal d’universitaires, d’entrepreneurs et de politiciens doutant du réchauffement de la planète ou niant sa gravité.

Le nom de climatosceptiques choisis est ressorti 26 072 fois dans l’échantillon analysé, tandis que celui de climatologues est revenu 17 530 fois. Ainsi, les négateurs sont environ 50 % plus présents dans l’ensemble du corpus.

Surreprésentation

Toutefois, en s’intéressant seulement à un sous-ensemble de 30 médias crédibles, dont The Guardian, The Washington Post, Fox News et Reuters, les deux groupes bénéficient d’une présence essentiellement égale. Selon l’avis des auteurs de l’étude, c’est là une preuve supplémentaire que les climatosceptiques sont surreprésentés médiatiquement, car, selon plusieurs mesures, les climatologues disposent d’une crédibilité scientifique bien supérieure à celle des climatosceptiques qui devrait les qualifier pour une plus grande présence.

Or, cette sous-représentation est loin d’être sans conséquence. « La recherche démontre que les journalistes citent souvent des climatosceptiques pour donner l’impression d’objectivité, ou encore pour démonter leur position. Pourtant, ces habitudes détournent l’attention du fond de l’histoire et donnent l’impression contreproductive qu’il y a quelque chose de valable dans les arguments des climatosceptiques », écrit l’équipe de chercheurs menée par Alexander Petersen, de l’université de Californie à Merced.

« Pour les journalistes professionnels, le temps est donc arrivé de diminuer l’attention disproportionnée donnée aux climatosceptiques et de se tourner vers les professionnels et les appels à l’action pertinents », ajoutent-ils.

Quelques limites

Les auteurs reconnaissent que l’une des principales limites de leur étude est son incapacité à distinguer si on parle en bien ou en mal des arguments avancés par les climatosceptiques.

Pour y remédier le mieux possible, ils ont réalisé une analyse du texte entier de 2256 articles de six médias crédibles afin de détailler la manière dont les intervenants des deux groupes y sont insérés. Dans cinq de ces six médias, les climatosceptiques sont le plus souvent mentionnés sans être explicitement cités. Quand on les cite directement, ce n’est généralement pas pour faire un commentaire de nature scientifique.

Par ailleurs, leur étude ne prend pas en compte la présence médiatique de personnalités non scientifiques s’exprimant sur la réalité des changements climatiques, tandis que de tels individus ont été considérés du côté des climatosceptiques. De plus, elle ne dit rien sur l’évolution de la situation après 2016.

Avec l’Agence France-Presse