Permis et cannabis: vent de résistance à Akwesasne

La compagnie Seven Leaf, présidé par Lewis Mitchell, produit du cannabis «100% autochtone» à Akwesasne.
Photo: Catherine Legault Le Devoir La compagnie Seven Leaf, présidé par Lewis Mitchell, produit du cannabis «100% autochtone» à Akwesasne.

Pendant que la communauté mohawk de Kanesatake cherche à contrôler la prolifération de « cabanes à pot » illégales, le Conseil de bande d’Akwesasne va de l’avant dans sa réglementation encadrant le cannabis. Ces mesures attendues depuis longtemps laissent toutefois des zones d'ombre et, déjà, une résistance se fait sentir. Reportage.

Le Conseil mohawk d’Akwesasne acceptera à partir de mardi prochain les demandes de permis pour autoriser la vente et la production de cannabis à grande échelle sur son territoire. Pour obtenir l’approbation des autorités, les intéressés devront répondre à des critères stricts.

Ils devront notamment présenter un plan d’affaires et se prêter à une série de vérifications, incluant leurs antécédents judiciaires. Les demandeurs devront aussi débourser 2000 $ pour couvrir les frais de traitement.

Le grand chef d’Akwesasne, Abram Benedict, n’est pas inquiet de voir les requêtes de permis affluer la semaine prochaine. La légalisation du cannabis récréatif au Canada en octobre 2018 nourrit un intérêt grandissant au sein de la communauté mohawk, témoigne-t-il. Pour preuve, les réactions « partagées » qui fusent depuis l’annonce de cette nouvelle étape pour régulariser la marijuana sur la réserve.

« Des gens soutiennent notre action, d’autres non, confie M. Benedict. Mais notre objectif premier est d’assurer la santé et la sécurité de nos citoyens. »

Akwesasne travaille sur son processus de permis depuis un an, avant l’entrée en vigueur de la loi fédérale. Le conseil de bande avait adopté dans la foulée de la légalisation des règles de permis provisoires pour éviter un vide après l’adoption du projet de loi C-45 par Ottawa.

Magasins illégaux

Or, des citoyens ne se sont pas fait prier pour investir le marché en plein essor du cannabis récréatif. À l’instar de Kanesatake et de Kahnawake, des magasins illégaux ont poussé sur le territoire mohawk d’Akwesasne.

Depuis décembre, le comptoir de cannabis Wild Flower a pignon sur rue au coeur de l’île de Cornwall, travaillant sans permis du conseil de bande. En fait, la boutique s’est procuré une licence auprès de la maison longue Indian Way, un groupe traditionaliste qui rejette l’autorité du Conseil mohawk d’Akwesasne (MCA).

Jugée illégale par le MCA, Wild Flower a fait l’objet de deux perquisitions en février dernier. Après la seconde visite des policiers, des dizaines de Mohawks ont manifesté leur colère devant le poste de police de la communauté. La situation s’est envenimée lorsqu’un groupe d’individus s’est emparé d’une voiture de patrouille pour y mettre le feu près de la rivière Saint-Régis.

« La police n’est pas revenue ici depuis février », raconte Cal, un des employés, rencontré sur place par Le Devoir. Même si la menace d’une nouvelle perquisition plane sur le magasin, ses artisans n’entendent pas demander un permis au Conseil mohawk d’Akwesasne.

« Nous n’avons pas besoin de leur licence. Ils n’ont pas d’autorité sur les gens d’ici », lance le jeune vendeur. Selon lui, la maison longue Indian Way reçoit l’appui de la moitié de la population de la réserve, alors que l’autre moitié se range derrière le conseil de bande.

Wild Flower n’est pas le seul commerce de marijuana qui a fleuri à Akwesasne. Plus loin, le commerce Cannabis Island a été aménagé dans le cabanon d’un citoyen le long de son allée. Sans compter le AK420, qui a aussi été perquisitionné en février dernier.

« Nous savons qu’il y a des commerces illégaux qui opèrent présentement sur le territoire, note le grand chef Abram Benedict. Une fois que nous aurons accordé les permis de vente, nous informerons le public sur ceux qui en possèdent un et ceux qui n’en possèdent pas. »

Et si un commerçant récalcitrant refuse de se procurer un permis ? « Il n’y a pas de restriction sur qui peut postuler », répond simplement M. Benedict, refusant de dire s’il compte forcer la fermeture des magasins faisant fi des règles. Et d’ajouter : « Si des gens veulent acheter dans des boutiques sans permis, c’est leur choix ».

Territoire unique

L’encadrement de la marijuana récréative représente un casse-tête pour Akwesasne, située à cheval entre l’Ontario, le Québec et l’État de New York, à environ 130 kilomètres au sud-ouest de Montréal. Enclavée entre deux postes frontaliers, la communauté est soumise à deux juridictions provinciales ainsi qu’à l’interdiction américaine.

Au Québec, la vente de cannabis passe obligatoirement par les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC). S’il est possible pour les communautés autochtones de la province de modifier cet aspect de la loi, elles doivent signer une entente avec le gouvernement. Mais selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, aucun accord du genre n’a été ratifié. Même qu’aucune négociation formelle n’a débuté.

Dans le cas de l’Ontario, là aussi les communautés autochtones peuvent signer une entente avec l’État. Jusqu’à présent, 25 permis de vente ont été octroyés par loterie à des magasins privés. La Commission des alcools et des jeux (CAJO) a néanmoins annoncé en juin qu’elle délivrerait 50 nouveaux permis de vente de cannabis, dont huit alloués aux réserves des Premières Nations selon le principe du premier arrivé, premier servi.

Marijuana autochtone

Fait pas banal : Akwesasne abrite déjà un producteur certifié de marijuana thérapeutique, baptisé Seven Leaf. Or, l’entreprise « 100 % autochtone » — qui se targue d'être la première du genre au Canada — a seulement le droit de vendre ses produits à d’autres producteurs et vendeurs agréés, tel qu’au géant ontarien Canopy Growth. Ce qui ne manque pas d’agacer son président, Lewis Mitchell.

Regardez la visite du Devoir dans les installations de Seven Leaf

 

« Nous nous sommes lancés dans cette aventure dans le but de devenir le fournisseur de cannabis des Premières Nations, mais l’actuelle loi fédérale ne nous permet pas de le faire. Elle a été adoptée sans que les autochtones soient consultés. Ils ont été exclus », déplore cet ancien chef de police mohawk.

Seven Leaf, qui emploie 50 personnes parmi lesquelles 48 sont originaires d’Akwesasne, a reçu le feu vert de Santé Canada pour produire du cannabis à des fins médicales tout juste avant la légalisation. Le marché récréatif est donc hors de portée… pour le moment. Car la compagnie multiplie les échanges avec Santé Canada afin de, notamment, vendre son cannabis sous sa propre marque.

Si M. Lewis ne ferme pas la porte à ce que ses produits atterrissent éventuellement sur les tablettes des magasins du pays — y compris ceux de la SQDC — il veut d’abord et avant tout « fournir son propre peuple » et les autres communautés autochtones à travers le Canada.

« C’est notre raison d’être », résume M. Mitchell.

1 commentaire
  • Robert Bernier - Abonné 3 août 2019 11 h 37

    Le maire Quevillon a tout inventé?

    Le maire Quevillon a tout inventé? N'en déplaise à tous les beaux "esprits ouverts" à la Trudeau qui veulent faire de lui un raciste indécrottable, le maire d'Oka a exprimé des vérités.

    Les américains ont un petit dicton pour ces excès du politiquement correct: "His mind is so opened, his brains will fall apart."