Trouver un logis à Montréal reste difficile pour plusieurs locataires

Le programme de supplément au loyer permet à des locataires de louer un logement trop dispendieux pour leur budget.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le programme de supplément au loyer permet à des locataires de louer un logement trop dispendieux pour leur budget.

Un mois s’est écoulé depuis le 1er juillet et pourtant, bon nombre de ménages sonttoujours à la recherche d’un nouveau toit. Une situation « inadmissible », selon des groupes de défense des locataires alors que des mesures d’urgence annoncées par Québec tardent à être distribuées, selon eux.

« C’est tough ?», laisse tomber au bout du fil Sonia Bélair, maman de deux jeunes enfants toujours à la recherche d’un logement à Montréal. Depuis le mois de mai, elle épluche les petites annonces et multiplie les visites, en vain. « Je me fais refuser partout, lance-t-elle dans un soupir. Je suis une mère célibataire et je n’ai pas un super gros revenu, ça fait fuir les propriétaires. »

Alors que la rentrée des classes approche à grands pas, la jeune femme veut surtout se dénicher un appartement pour que ses enfants retrouvent la stabilité. « Là, je suis chez mon chum, mais son coloc rentre en plein milieu du mois d’août. Si je n’ai pas trouvé d’ici là, je me retrouve à la rue. »

« Je me dis même que je suis prête à avoir un 3 1/2 s’il le faut. Mes enfants auront une chambre, puis moi, je dormirai dans le salon », ajoute-t-elle, résignée.

À court de solutions, Mme Bélair compte appeler l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) pour obtenir de l’aide. Un coup de pouce dont bénéficie déjà Daniel Beauchamp, pour qui la quête ardue d’un nouveau logis n’a toujours pas porté ses fruits.

L’OMHM lui a notamment fait parvenir des listes de logements vacants susceptibles de répondre à ses besoins.

M. Beauchamp s’est aussi vu proposer par l’organisme des refuges de sans-abri pour éviter qu’il ne dorme à la belle étoile, ce qui l’a toutefois fait sourciller.

« Je n’ai pas encore de logement, mais je ne suis pas une personne itinérante. Je suis un peu réticent à l’idée de me retrouver avec des gens démunis qui peuvent avoir des problèmes d’alcool ou de drogue », dit-il.

L’homme de 48 ans enchaîne les hébergements temporaires depuis qu’il a quitté son appartement « insalubre » le 9 juin.

« J’arrive de chez ma soeur qui vit à Sainte-Adèle. Je vais rester chez ma tante jusqu’à dimanche, mais après, je ne sais pas ce que je vais faire », s’inquiète-t-il.

Inapte au travail en raison d’un handicap à la jambe, M. Beauchamp déplore surtout le prix des loyers montréalais, qu’il juge trop élevés. « Je touche 1060 $ par mois », résume celui qui ne se voit pas pour autant quitter la métropole, pouvant compter sur l’aide de ses proches pour vivre au quotidien.

Il doit d’ailleurs rencontrer cette semaine des représentants de l’OMHM pour vérifier s’il est admissible au Programme de supplément au loyer (PSL). Ce service permet à des locataires de louer un logement trop dispendieux pour leur budget. Ceux-ci versent un montant représentant 25 % de leur revenu et le programme couvre la différence auprès du propriétaire.

Urgence d’agir

Une semaine après le 1er juillet, l’OMHM accompagnait 74 ménages dans leur recherche d’un nouveau toit. De ce nombre, 36 étaient hébergés temporairement par l’organisme. Selon leur plus récent bilan dressé le 26 juillet, l’organisme épaule toujours 49 ménages dans leurs recherches, en plus de reloger provisoirement 28 d’entre eux.

Face à la crise anticipée à la veille des grands déménagements, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, avait annoncé le 26 juin 75 nouvelles unités d’urgence du Programme de supplément au loyer. Celles-ci s’ajoutaient aux 10 unités dont disposait déjà la Société d’habitation du Québec.

Parmi la cinquantaine de ménages qu’elle suit actuellement, l’OMHM a donné jusqu’à présent un supplément au loyer d’urgence à 7 ménages, alors que 12 autres pouvant se qualifier au programme attendent toujours le feu vert.

« Quand on parle d’urgence, il faut que ça se fasse rapidement. Il y a encore des familles qui sont en attente de savoir si elles vont avoir un PSL ou non », déplore Marjolaine Deneault, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).

Elle juge par ailleurs que le nombre de ménages sans logis reste élevé. « La situation n’a pas tellement évolué, c’est à peu près les mêmes chiffres qu’au 1er juillet. Quelques familles seulement ont réussi à signer des baux », ajoute-t-elle.

Mme Deneault refuse toutefois de jeter la pierre à l’OMHM dans le contexte de pénurie de logements abordables qui secoue la métropole et d’autres régions du Québec. « Les offices font ce qu’ils peuvent avec les ressources qu’ils ont. »

Céline Magontier, responsable des dossiers montréalais au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), se questionne quant à elle sur la « lenteur » des démarches. « Les PSL d’urgence ont tardé à arriver. Le gouvernement du Québec aurait dû réagir plus tôt face à la pénurie de logements, dit-elle. Et pourquoi la Ville [de Montréal], qui dispose maintenant de PSL, ne les utilise-t-elle pas ? »

L’OMHM répond de son côté que « chaque demande » doit être analysée pour garantir « une équité envers tous les demandeurs ». « Les 7 cas que nous avons pu finaliser depuis un mois ont été faits le plus rapidement possible, et les PSL octroyés. Pour les autres, soit les demandes ont été reçues après le 1er juillet, soit nous attendons des documents justificatifs de la part des locataires », fait savoir Mathieu Vachon, directeur du Service des communications pour l’organisme.

Méconnaissance

Sonia Bélair ne connaissait pas l’existence des suppléments au loyer avant de s’entretenir avec Le Devoir. Et elle ne croit pas être la seule dans cette situation.

« C’est une ressource qui pourrait être utile pour tellement de gens, mais qui est inconnue », estime-t-elle. « Si tu ne t’informes pas, si tu ne fais pas les démarches, tu ne peux pas le savoir », renchérit Daniel Beauchamp, qui est au fait du programme depuis cette année seulement.

Des propos qui trouvent écho chez Marjolaine Deneault, du RCALQ. Elle juge toutefois que la Ville de Montréal a davantage publicisé cette année les ressources d’aide pour les gens à risque de se retrouver à la rue le 1er juillet. « Mais aussitôt qu’on pense à des ménages qui ne parlent pas bien français ou qui ont d’autres limitations, ils n’auront pas cette information », fait-elle valoir du même souffle. Sans compter la bureaucratie, qui peut en rebuter plus d’un, ajoute-t-elle.

Pour Sophie Rioux-Oliver, de l’Association des locataires de Villeray, la méconnaissance des locataires va au-delà des ressources d’aide. « On voit souvent des personnes qui viennent à l’association et qui ne connaissent pas du tout leurs droits. »

Ailleurs au Québec

Dans la province, d’autres citoyens sont également encore aux prises avec la recherche de logement.

À Gatineau, la situation se complique, car les inondations du printemps et la tornade de septembre 2018 ont retiré « beaucoup de logements abordables » du marché, explique Mario Courchesne, directeur général de l’Office d’habitation de l’Outaouais. D’ailleurs, l’organisme n’a pas utilisé les deux unités d’urgence de suppléments au loyer offerts par Québec. Pourquoi donc ? Les unités régulières du PSL ont suffi à la demande, répond M. Courchesne, qui ajoute : « Même avec des PSL, trouver un logement reste difficile. »

À Sherbrooke, 17 ménages avaient demandé un supplément au loyer d’urgence dans la foulée du 1er juillet, mais seulement 9 l’ont reçu. Des ménages n’étaient pas admissibles, alors que d’autres ont décidé de quitter carrément la ville devant la difficulté de se trouver un appartement.

« On peut dire qu’on a surmonté la crise, mais on aimerait pour les prochaines années avoir les PSL d’urgence plus tôt pour mieux accompagner les familles qui risquent de se retrouver sans logement le 1er juillet », témoigne Marie-Claude Bégin, directrice générale de l’Office municipal d’habitation de Sherbrooke.

Dans la région de Drummondville, aucun PSL d’urgence n’a été nécessaire « puisque nous avions gardé des unités PSL régulières en prévision de la crise », explique-t-on. « La situation demeure intense depuis le 1er juillet : des ménages s’inscrivent continuellement au service », déclare néanmoins David Bélanger, directeur général de l’Office d’habitation Drummond. 22 ménages sont actuellement accompagnés par l’organisme, pour un total de 53 depuis la mi-juin.
2 commentaires
  • Mélissa Basora - Abonnée 1 août 2019 12 h 22

    Plus de planification et des pénalités pour les propriétaires fautifs

    Je reste perplexe en lisant cet article. Je comprend que l'augmentation des loyers en zone urbaine, gentrification et locations temporaires de type Airbnb, font partie du problème. Par ailleurs, l'inaction des différents paliers de gouvernements depuis de nombreuses années pour proposer plus de logements abordables ne permet pas de rétablir l'équilibre entre l'offre et la demande, mais est-ce que plus de planification ne permettrait pas au plus grand nombre de familles d'éviter de se retrouver dans ces situations précaires ? Par exemple de s'assurer d'avoir trouvé un appartement AVANT de déménager ou d'aviser son propriétaire dans des délais raisonnables (pas forcément le 1er juillet) ou avec une entente à l'amiable ne pourrait pas résoudre une bonne partie du problème ? Personne n'oblige personne de déménager le 1er juillet, règle générale. Aussi, dans les cas de déménagements forcés pour cause d'insalubrité, ne pourrait-on pas pénaliser plutôt les propriétaires négligeants plutôt que les locataires en les forçant à rétablir l'ordre dans leurs appartements dans les plus brefs délais sous peine d'amendes salées ? Est-ce que la Régie du logement ne pourrait pas forcer les propriétaires à payer à leur frais un logement temporaire pour leurs locataires le temps des travaux nécessaires pour rétablir la salubrité de leurs appartements ? La ville oblige déjà les propriétaires à fournir des appartements salubres, mais j'imagine que les pénalités ne sont pas assez importantes puisque le problème persiste. Être propriétaire demeure une responsabilité et un privilège à quelque part qui devrait se mériter il me semble!

  • Denis Paquette - Abonné 1 août 2019 14 h 18

    quelle affaire que la convoitise invétérée des riches

    Ce pourrait-il que plusieurs propriétaires préfèrent ne pas louer leurs logements pour pouvoir les louer le moment venu a des tourismes , peut être faudrait il faire enquete sur ce comportement, faut il laisser les plus pauvres se debattre seules avec de telles comportements