Pas de sortie de crise en vue à Oka

Quelques centaines de citoyens d’Oka ont assisté à une rencontre d’informations organisée par le conseil municipal, mercredi soir, à l’église locale.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Quelques centaines de citoyens d’Oka ont assisté à une rencontre d’informations organisée par le conseil municipal, mercredi soir, à l’église locale.

Les tentatives pour rétablir les liens entre les responsables d’Oka et de Kanesatake semblent déjà compromises à l’aube d’une rencontre qui devrait se tenir la semaine prochaine. Devant le refus du maire d’Oka de présenter des excuses pour ses propos controversés, le grand chef mohawk n’entend pas s’asseoir à la même table que lui de sitôt.

Dans l’espoir de calmer les esprits dans le dossier des revendications territoriales, une réunion, où sont attendus le maire Pascal Quevillon et le grand chef mohawk Serge Simon, est en train de s’organiser. Or la tension ne s’est toujours pas apaisée depuis l’appel au calme lancé par Québec et Ottawa jeudi, qui ont dénoncé le manque de respect du maire envers les Autochtones.

« On tente de me décrédibiliser et de me faire passer pour un maire irresponsable, mais ça ne marchera pas », a déploré en entrevue au Devoir M. Quevillon.

Le maire s’oppose à la rétrocession de terrains aux Mohawks, estimant que ceux-ci mettront en péril la pérennité de sa municipalité s’ils récupèrent des terres ancestrales. Il soutient, entre autres choses, que la valeur des propriétés d’Oka pourrait dégringoler, anticipant de voir apparaître des cabanes vendant des cigarettes et du cannabis ici et là.

« On tente de me faire taire, parce que je dis haut et fort ce qui se passe réellement », dit-il. « Ce ne sont pas des préjugés. Les gens ne comprennent pas, il faudrait qu’ils viennent faire un tour en voiture pour voir que c’est la réalité, c’est là, ça existe », insiste-t-il.

 

Le grand chef Serge Simon s’explique mal « l’acharnement » de M. Quevillon à maintenir des propos qui ont été dénoncés par tous les ordres de gouvernement. Même le premier ministre Justin Trudeau a déploré « un manque de respect » de la part du maire d’Oka.

« Il n’est pas question que je m’assoie avec lui s’il persiste à garder son discours haineux et raciste. C’est important qu’il reconnaisse ses torts, il ne peut pas prétendre comprendre la réconciliation s’il parle de nous de cette façon-là », a dit le grand chef Simon.

« D’accord, alors, je vais m’excuser de dire la vérité », a répliqué le maire Quevillon, qui assure vouloir rétablir un dialogue harmonieux avec la communauté mohawk.

« Désinformation »

L’urgence de rapprocher les deux communautés est une priorité pour le gouvernement fédéral, assure le cabinet de la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, qui, sans pointer directement le maire Quevillon, estime qu’actuellement des informations inexactes ont été propagées.

« La désinformation et la confusion au sujet du processus ont aggravé les préoccupations locales, et le Canada appuie la facilitation d’un dialogue pour s’assurer que les discussions en cours sont fondées sur des faits et mèneront à des solutions durables au bénéfice de toutes les parties concernées », a indiqué Mme Bennett dans une déclaration écrite.

Tout comme le premier ministre jeudi, Mme Bennett a reconnu l’aspect épineux du dossier de la réconciliation avec les Autochtones. « Notre gouvernement sait que la meilleure façon de régler les griefs historiques est à travers le dialogue et la négociation, et nous travaillons en partenariat avec le Conseil mohawk de Kanesatake pour trouver des solutions partagées et équilibrées afin de régler leurs revendications », a-t-elle fait valoir.

Rappelons qu’au cours des derniers mois, le propriétaire privé Grégoire Gollin et le grand chef mohawk, Serge Simon, ont conclu une entente visant à restituer aux Mohawks un terrain de 60 hectares, dont une parcelle de la pinède qui a été au coeur de la crise d’Oka en 1990.

M. Gollin serait également prêt à vendre 150 hectares supplémentaires au gouvernement fédéral afin qu’il puisse à son tour les redonner aux Mohawks. M. Gollin n’a pas donné suite aux appels du Devoir. Selon nos informations, celui-ci se trouverait à l’extérieur du pays.

Questionné au sujet de cet accord potentiel, le cabinet de la ministre Bennett a quant à lui refusé de divulguer quelque détail que ce soit.

La ministre québécoise des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, a aussi réitéré l’importance de préserver la paix sociale. Outrée par les propos incendiaires du maire Quevillon, la ministre D’Amours avait refusé d’assister à une séance d’information organisée par la municipalité d’Oka mercredi soir.

« Notre objectif demeure le même, soit d’assurer un dialogue ouvert et respectueux, en invitant dès que possible toutes les parties prenantes à discuter et à trouver ensemble des solutions gagnantes pour tous », a-t-elle dit.

Réconciliation avec les Autochtones: Trudeau invite les Canadiens à la patience

Le premier ministre Justin Trudeau invite les Canadiens non autochtones à être patients et inconditionnels dans leur soutien aux communautés autochtones sur la voie de la réconciliation et à leur permettre de commettre des erreurs.

Lors d’un événement de financement à Victoria, jeudi soir, M. Trudeau a affirmé que les Canadiens devaient donner leur soutien inconditionnel aux communautés autochtones, « de la même manière qu’un parent doit offrir son amour inconditionnel — bien qu’il n’y ait pas de dynamique parent-enfant dans la situation actuelle ».

Et cette réconciliation doit permettre aux communautés autochtones « de faire leurs propres erreurs », a-t-il ajouté. La solution doit venir des communautés autochtones, et pas des Canadiens non autochtones, a-t-il soutenu.

Les Canadiens ont passé des décennies à s’illustrer sur la scène mondiale sur des enjeux tels que la pauvreté et les droits de la personne, tout en ignorant les problèmes des communautés autochtones, a-t-il plaidé.

Mais le traumatisme intergénérationnel « déchirant » dans certaines communautés remonte à des siècles et il faudra plus que quelques années pour le réparer, a-t-il indiqué.

Bien que certaines communautés autochtones soient en plein essor, il continue d’y avoir des problèmes à certains endroits, a-t-il ajouté.
La Presse canadienne