Oka plus près d’une autre crise que de la réconciliation

Le maire Quevillon a exposé son point de vue devant plus de 500 citoyens qui l’écoutaient attentivement avec en arrière son, le rythme des tam-tam des Mohawks venus manifester pacifiquement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire Quevillon a exposé son point de vue devant plus de 500 citoyens qui l’écoutaient attentivement avec en arrière son, le rythme des tam-tam des Mohawks venus manifester pacifiquement.

Accusant les Mohawks de Kanesatake de mettre en péril la pérennité de la municipalité d’Oka s’ils récupèrent des terres ancestrales, le maire Pascal Quevillon s’est défendu mercredi soir d’alimenter un discours raciste et haineux. Lors d’une séance d’information, il a appelé les citoyens d’Oka à se mobiliser pour s’assurer d’être consultés afin d’éviter notamment de voir dégringoler la valeur de leurs propriétés.

« Ce qu’on constate à Kanesatake, ce sont des cabanes à cigarettes et à cannabis, de l’enfouissement et des cours d’eau remblayés par on ne sait même pas quoi. C’est malheureusement une triste réalité », a répété à plusieurs reprises le maire Quévillon.

Mercredi soir, les bancs de l’Église de l’Annonciation d’Oka étaient pleins à craquer, si bien qu’il a fallu diriger des citoyens vers le jubé. Le maire Quévillon y avait convoqué les citoyens pour une séance d’information sur le projet de réconciliation entre un propriétaire privé et la communauté mohawk.

Dans les derniers mois, Grégoire Gollin, et le grand chef Serge Simon ont élaboré une entente visant à restituer aux Mohawks un terrain de 60 hectares dont une parcelle de la pinède qui a été au coeur de la crise d’Oka en 1990.

M. Gollin serait également prêt à vendre 150 hectares supplémentaires au gouvernement fédéral afin qu’il puisse à son tour les redonner aux Mohawks.

« Cette rencontre a pour but de lancer un message clair à Ottawa, à l’effet qu’il doit aussi prendre en compte la protection des droits des citoyens d’Oka », a fait valoir le maire Quevillon devant plus de 500 citoyens qui l’écoutaient attentivement avec en arrière son, le rythme des tam-tam des Mohawks venus manifester pacifiquement.

Lors d’une brève présentation, qui a duré une dizaine de minutes, le maire a expliqué qu’il craignait les répercussions de cette revendication territoriale.

Toutefois, le manque de données concrètes appuyant ses dires a déplu à certains citoyens.

« Vous nous présentez des faits incomplets, c’est dangereux pour la cohabitation », a déploré Charles Dubé, un résident d’Oka.

Trois conseillers de Ville se sont d’ailleurs dissociés de la position du maire et ont préféré assister à la rencontre à titre de citoyens.

Gaetan Cataford, qui réside à Oka depuis sa naissance, partage les craintes du maire.

« Je n’ai rien contre le fait qu’on restitue les terres aux Indiens, mais qu’on nous donne un chèque pour qu’on puisse partir [avant que nos maisons perdent de la valeur]. Ça ne me tente pas d’avoir des cabanes de cigarette devant chez moi. Disons que l’histoire récente n’est pas en leur faveur », a-t-il plaidé.

Propos « incendiaires »

Plus tôt mercredi, à quelques pas de l’église, le grand chef Simon avait lui aussi organisé une rencontre citoyenne.

« On comprend les craintes, mais il faut vraiment qu’elles soient exprimées dans le respect », a insisté M. Simon.

Il a d’ailleurs averti le maire de cesser de jeter de l’huile sur le feu en propageant un discours « incendiaire ». « Dire que, si les Mohawks sont pour rapatrier certaines terres, la valeur des propriétés des non-autochtones va baisser, c’est inacceptable », a souligné M. Simon, qui avertit qu’il envisage des options judiciaires et qu’il a été avisé qu’une plainte à la Sûreté du Québec pourrait être déposée par des membres de sa communauté.

Mais pour le maire Quevillon, ses propos sont loin d’être haineux, ils sont plutôt factuels. « Si le grand chef de Kanesatake dit que je suis haineux et raciste parce que je tiens ces propos-là, j’ai envie de lui répondre qu’on ne vit pas sur la même planète », a-t-il répliqué.

Le chef Simon s’est également étonné de voir le maire Quevillon prédire une deuxième crise d’Oka, mais cette fois initiée par les non-autochtones.

« La première crise n’avait pas de précédent […] Là on a tiré des leçons depuis presque les 30 dernières années de ce qui s’est passé. C’est irresponsable d’aller dire des choses comme ça dans le contexte actuel », a déploré M. Simon.

Le maire Quevillon assure ne pas vouloir provoquer de deuxième crise. « La question qui m’a été posée, c’était si je craignais une autre crise. J’ai répondu que je n’en voulais pas, mais que s’il y en avait une, ce n’était pas les Mohawks qui la déclencheront », a-t-il précisé.

Seul aspect sur lequel semblent s’entendre désormais le chef Simon et le maire Quevillon, c’est que le dialogue sur le sujet devra passer par un tiers.

« J’ai demandé l’aide de la ministre responsable des Affaires autochtones du Québec, Sylvie D’Amours, et du chef de l’Assemblée des Premières nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, parce que j’ai besoin d’aide », a reconnu le chef Simon.

Quant au maire Quevillon, il estime que c’est sur le gouvernement fédéral que repose désormais la responsabilité d’assurer une consultation sur la question des revendications territoriales.

11 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 18 juillet 2019 07 h 32

    Une carte ?

    Le Devoir pourrait-il, la prochaine fois, nous montrer une carte des territoires en question ?

  • Marcel Vachon - Abonné 18 juillet 2019 07 h 47

    WoW

    Le gouvernement provincial doit nommer un intermédiaire crédibles et accepté par les deux partis et ça urge.
    Content de ne être propriétaire à Oka.

  • Bernard Gélinas - Abonné 18 juillet 2019 08 h 02

    Bernard Gélinas - usager

    Avis à l'auteure de cet article: le mot tam-tam, d'origine africaine, est inaproprié pour partler des tambours autochtones de l'Amérique du nord , tant ''indiens qu'inuits''.

  • Lise Bélanger - Abonnée 18 juillet 2019 09 h 05

    Selon nos historiens compétents, si je ne me trompe, les mohawks n'étaient ps présents au Canada et ce même à l'arrvée de Christophe Colomb. Ils habitaient les États-Unis. Faudrait peut-être vérifier l'origine de cette cessation de terres à ce groupe autochtone américain.

  • Diane Boissinot - Abonnée 18 juillet 2019 10 h 54

    Pour mieux connaître le fond du litige

    Kanesatake ne serait pas une «réserve» au sens de la Loi sur les indiens mais un «établissement indien» : Il y a matière à pondre un vrai article sur le statut de ce territoire, sur son gouvernement et sur les responsabilités et les juridictions des trois niveaux de gouvernements fédéral, provincial et municipal sur ce territoire de Kanesatake… Le Devoir, S.V.P. informez-nous mieux. Par exemple, pour cet article, une carte aurait pu montrer les lieux en cause.

    Source: Wikipédia (Ébauche)
    Kanesatake (en mohawk : Kanehsatà:ke) est un établissement indien Mohawk, enclavé dans la municipalité d'Oka au Québec. Il est situé à la confluence de la rivière des Outaouais et du lac des Deux Montagnes sur la rive nord1.

    Source: Wikipédia (Ébauche)
    Un établissement indien est une subdivision de recensement (en) définie par le ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada du Gouvernement du Canada dans un but de recensement. Ces territoires ont au moins 10 gouvernements de bandes indiennes y vivant de façon plus ou moins permanente. Ils se trouvent le plus souvent sur des terres de la Couronne gérées par le gouvernement fédéral, provincial ou territorial et n'ont pas été séparés pour l'utilisation et le bénéfice d'une bande indienne comme cela est le cas pour les réserves indiennes1.

    • David Huggins Daines - Abonné 18 juillet 2019 18 h 22

      C'est tout aussi pertinent de constater que la presque totalité de la municipalité d'Oka a déjà été reservé pour le Mohawks par l'entremise des Sulpiciens. Une seignurie qui leur a été volée à petit feu, un peu comme toutes les autres réserves ou établissements indiens de la vallée du Saint-Laurent (Kahnawake et Odanak en particulier semblent avoir vécu une histoire semblable mais moins extrême).