Plus de 200 ménages québécois touchés par la pénurie de logements

Au moment même où des Montréalais hissaient boîtes et électroménagers pour déménager, lundi, le FRAPRU estimait à 94 le nombre de ménages locataires dans la métropole qui n’avaient toujours pas trouvé de logis.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Au moment même où des Montréalais hissaient boîtes et électroménagers pour déménager, lundi, le FRAPRU estimait à 94 le nombre de ménages locataires dans la métropole qui n’avaient toujours pas trouvé de logis.

Plusieurs familles ont poussé un soupir de soulagement en ce lundi de déménagement sur fond de pénurie de logements, tandis que d’autres — près d’une centaine — cherchaient toujours un toit à Montréal. Une trentaine de ménages devaient d’ailleurs recourir au service d’hébergement d’urgence offert par la Ville.

En entrevue avec Le Devoir, Véronique Laflamme, la porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), a expliqué que 94 ménages locataires n’avaient toujours pas signé de bail dans la métropole. À l’échelle de la province, ce chiffre grimpe à plus de 200, selon le regroupement pour le droit au logement.

Kerry Whelan confie avoir failli faire partie de ces malchanceux. Élevant seule ses trois enfants, dont un bébé, elle a trouvé de justesse un appartement dans l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve, pour y déménager dimanche, après avoir quitté un logement insalubre. « Il y avait des rats et de la moisissure, et nous ne voulions pas rester là-bas avec le bébé », a-t-elle expliqué, en ajoutant avoir cherché un appartement durant trois mois. Elle juge que sa capacité à trouver un logement était limitée, en raison de sa mauvaise cote de crédit. Elle occupe désormais un appartement où deux de ses enfants partagent une chambre, tandis qu’elle occupe l’autre avec son nourrisson. Le prix de son logement est toutefois plus élevé que celui qu’elle occupait précédemment. « Nous devons nous adapter, nous n’avons pas le choix », a-t-elle affirmé.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

D’autres familles ont confié au Devoir avoir eu de la difficulté à trouver un appartement convenable. C’est le cas d’Ève Ferreira-Aganier, qui déménageait lundi avec son conjoint et sa fille. « Ma mère avait un condo à nous céder au même moment. Autrement, on aurait été pris avec la crise », a-t-elle dit. Elle a expliqué avoir regardé les petites annonces, pour s’être ensuite rapidement tournée vers son réseau de connaissances, après avoir vu les prix des logements. « À 1000 $, 1200 $, ce ne sont pas de beaux appartements », a-t-elle déploré. « Les propriétaires sont de moins en moins conciliants. Ils demandent plus cher pour des choses qui ne sont pas retapées », a-t-elle ajouté, en disant comprendre tout de même les propriétaires. « Tout le monde a la corde au cou », a-t-elle conclu.

« On visite, on écrit beaucoup et, souvent, on n’a pas de retour », a renchéri Caroline Daigle, qui a vendu son appartement dans un immeuble en copropriété en juin. Avec son conjoint et sa fille en bas âge, elle cherche toujours un appartement. « On a vu des choses exorbitantes à 2400 $. Ça n’a pas de bon sens », a-t-elle déploré.

« Risque élevé »

Lundi matin, les ressources de l’Office municipal d’habitation de Montréal étaient chargées de trouver un toit aux ménages dépourvus de logis. Parmi eux, une trentaine sont considérés comme étant « à risque élevé ». Cela signifie qu’ils nécessiteront probablement un service d’hébergement d’urgence. Les autres, considérés comme plus autonomes, devront être hébergés par leurs proches.

On a vu des choses exorbitantes à 2400 $. Ça n’a pas de bon sens.

Les ménages « à risque élevé » ont commencé à être hébergés dans des chambres de résidences universitaires réservées par la Ville de Montréal. « On ne veut pas indiquer le lieu pour ne pas que des gens se présentent là, mais il ne s’agit pas d’un centre communautaire avec des lits dans un gymnase, ce sont des chambres fermées », a expliqué à La Presse canadienne le conseiller municipal Craig Sauvé, responsable du dossier de l’habitation au conseil exécutif. Les effets personnels des ménages hébergés seront entreposés, dans l’attente d’un nouveau logis. M. Sauvé a ajouté que des employés des travaux publics des arrondissements ont été mobilisés et qu’ils pourraient intervenir afin de venir en aide aux ménages ayant de la difficulté à déménager, en cas d’urgence.

Dur temps pour les familles

Les difficultés que semblent éprouver de jeunes familles à se loger n’étonnent pas Véronique Laflamme. « Les propriétaires vont préférer de jeunes professionnels tranquilles à une famille avec deux enfants », fait-elle valoir.

La Société canadienne d’hypothèques et de logement a établi en octobre dernier que le taux d’inoccupation dans la région de la métropole était de 1,9 %. Cette pénurie de logements fait en sorte que les propriétaires « ont le gros bout du bâton », déplore Mme Laflamme. Elle note que la situation « met en exergue toutes sortes de pratiques qui sont illégales, comme la discrimination et les dépôts qui sont exigés des locataires ».

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

La Montréalaise Marie-Pier Bazin a dû verser une somme de 200 $ à son nouveau propriétaire pour avoir l’appartement qu’elle désirait. « Je ne savais pas que c’était illégal, mais en même temps, je comprends le principe », a-t-elle expliqué au Devoir, en ajoutant avoir vu des annonces en ligne où des propriétaires demandaient un dépôt dès la visite et la somme pour réaliser l’enquête de crédit. « Je me disais que je ne donnerais pas un dollar à un appartement que je vais juste voir, je trouve ça illogique », a-t-elle expliqué.

Elle et son compagnon ont trouvé leur logement au début du mois d’avril. « On était dans les cinq premières personnes à appeler. On est allés visiter la journée même et on l’a pris », a-t-elle expliqué, en disant que la clé du succès pour trouver un appartement est d’agir rapidement.

Rassurer les locateurs

Même si le fait d’exiger un dépôt de garantie de la part d’un locataire est présentement interdit par la Régie du logement, des propriétaires réclament que la pratique soit légalisée.

Selon la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), l’obtention d’un dépôt permettrait de rassurer le locateur et favoriserait ainsi l’accès au logement, en protégeant les propriétaires contre d’éventuels dégâts. Les membres de la CORPIQ estiment que les logements laissés en mauvais état touchent le tiers des appartements et que cela force le propriétaire à augmenter le loyer pour l’ensemble de ses locataires, afin de prévoir une somme pour d’éventuelles réparations.


Avec La Presse canadienne
5 commentaires
  • François Roy - Abonné 2 juillet 2019 06 h 30

    Pourquoi être toujours centré sur Montréal alors que cette crise affecte d'autres centres urbains particulièrement Gatineau? C'est à Gatineau que la pénurie est la plus grave. Cette crise touche particulièrement les ménages vulnérables et les familles nombreuses. Je suis responsable d'un organisme communautaire qui offre de l'aide, de l'accompagnement et de l'hébergement d'urgence à des familles sans logis. Depuis le début des années 2000, ces unités sont toujours occupées et les délais de séjour ne cessent d'augmenter. Une couverture du Devoir serait grandement appréciée

  • François Boucher - Abonné 2 juillet 2019 08 h 33

    L’offre et la demande...

    C’est un concept très simple en économie: plus il y a de demande pour un bien ou service, plus le prix augmentera. Avec une immigration de 40000 personnes par année, il y a certainement une augmentation de la demande pour des logements. Cela exerce une pression à la hausse sur les prix.

  • François Boucher - Abonné 2 juillet 2019 09 h 16

    L'offre et la demande...

    En économie, il existe un concept très simple: la loi de l'offre et de la demande. Quand un bien ou service a une forte demande, cela exerce une pression à la hausse sur le prix demandé. Avec une immigration annuelle de 40000 personnes au Québec, cela exerce nécessairement une pression à la hausse sur la demande de logements et donc sur les prix. Si on rajoute que la majorité de cette immigration se concentre dans les centres urbains, on comprends que les prix de logements à Montréal sont plus élevés qu'en région, comme à Shawinigan ou on peut actuellement y trouver un 4 1/2 pour $455 par mois et un 5 1/2 pour $518 par mois, annoncé sur un site de petites annonces bien connu.
    Avec la hausse des prix, le marché s'ajuste toujours pour augmenter l'offre, ce qui va se traduire par la construction de logements neufs, et qui seront offerts à un prix conséquent au coût de construction.

  • Isabelle Ménard - Abonnée 2 juillet 2019 10 h 27

    Dépôt de garantie

    Bonjour,

    Alors que la pénurie de logement est bien installée, dans quelues grandes villes du Québec, alors pourquoi ne pas «profité de d,amder un dépôt de garantie au locataires. Ces derniers soient diant, partent en laissant des logmeents en mauvais état. Certes, cela est une réalité pour certains propriétaires, mais il faudrait également changer les règles de la régie du logement, désuète et sans ressources ainsi qu'avoir une garantie du propriétaire, qu'il s'engage à faire les réparations nécessaire tout au cours de la location. Avec le prix exorbitant des maisons, bien des propriétaires n'ont pas les moyens de faire les réparations de bases (fuites d'eau, problème de plomberie, toit qui coûle, clôtures engommagées, moisissures, etc..). Après un oui du propriétaire à faire les réparations, aucune garantie ne l'oglige à le faire.

    Autre point : Les dépôts de garantie sont une grandes sources de conflits entre les locataires et propriétaires des autres provinces. La remise n'est n'est pas toujours interprétées de la même manière par les parties prenantes..

  • Gilles Bonin - Inscrit 2 juillet 2019 12 h 53

    200

    mais il semblerait que c'est plutôt 175 (bon les chiffres ronds, ça marque plus, non?) et il semblerait que personne n'est à la rue pour autant et que la situation devrait se résorber rapidement. Une seule famille c'est trop, mais ne faisons pas une catastrophe de ce qui est plutôt marginal. Si on fouillait les dossiers, on verrait sûrement de nombreux cas d'insouciance... des concernés mais aussi des autorités qui tardent à donner un gros coup de pouce au logement social... on y viendra peut-être un jour, mais en attendant condos-ville (notamment à Montréal) , condos vacants et non occupés commencent à devenir une engence... Pas d'alarmisme et de déchirage de chemise, mais un rappel salutaire d'un meilleur traitement et de développement du parc immobilier locatif.