Histoire: une capsule perdue avec le temps

L’hôtel du Parlement de Québec, quelques mois après son inauguration en 1886
Photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec 06M_P318S2P20 L’hôtel du Parlement de Québec, quelques mois après son inauguration en 1886

La capsule temporelle insérée dans la façade de l’hôtel du Parlement il y a 135 ans a été perdue à travers le temps. L’Assemblée nationale ignore où la pierre creuse qui renferme notamment un crucifix et une statuette de saint Joseph se trouve exactement.

La capsule se trouverait quelque part sous les colonnes situées à la gauche de l’entrée principale du bâtiment conçu par l’architecte Eugène-Étienne Taché. C’est du moins là que se tiennent les dignitaires invités pour la pose de la pierre angulaire du parlement dans l’après-midi du 17 juin 1884. Le lieutenant-gouverneur Théodore Robitaille se trouve parmi eux.

« L’édifice dont nous venons de poser la pierre angulaire sera le palais où viendront légiférer les députés du peuple », lance-t-il.

Pour le vice-roi, le parlement, qui sera parachevé deux ans plus tard, permettra aux élus québécois de consolider les pouvoirs de la province. « Allez visiter les édifices publics qu’elle a construits dans sa capitale, et vous reconnaîtrez qu’elle sait comment conserver ce gouvernement qu’elle a acquis après un siècle de luttes ! » poursuit-il près de 17 ans après la naissance de la fédération canadienne. « Ici seront résolues les grandes questions de l’avenir. »

En plus du Christ en métal laissé par le premier ministre conservateur John Jones Ross, la cavité contient un marteau en argent, une truelle, des pièces de monnaie et une plaque commémorative. On y retrouve également un « portrait photographique » du lieutenant-gouverneur, une statuette de saint Joseph offerte par Taché, des cartes géographiques et une bouteille contenant les discours prononcés le 17 juin 1884.

Le tout est accompagné du bottin des adresses de la ville de Québec ; le maire de l’époque, François Langelier, n’ayant rien trouvé de mieux à laisser à la postérité.

Le contenu de la pierre angulaire est exposé aux journalistes de la presse parlementaire, dont les articles relatant la cérémonie du 17 juin y sont enfermés à leur tour quatre jours plus tard en dépit de la faible qualité du papier journal de la fin du XIXe siècle.

« Il n’y a pas pire papier. Pour le blanchir, ils mettaient un produit acide », explique l’historien de l’Assemblée nationale Christian Blais.

La trace de cette première capsule temporelle s’est peu à peu effacée au cours des 135 dernières années.

Chasse au trésor

Selon l’historien Gaston Deschênes, il y aurait eu autrefois un symbole permettant de repérer la pierre angulaire de 1884. « Il y avait une pierre marquée. Je ne peux pas le certifier à 100 %, mais il me semble. » Mais la localisation de cette pierre n’était pas fondamentale pour ses concepteurs, indique-t-il. « C’est comme une bouteille à la mer. »

Il serait peut-être possible de retrouver la pierre creuse — et son contenu datant du XIXe siècle — au moyen d’un détecteur de métal, convient M. Blais. La révélation du mystère lui permettrait de répondre à l’une des questions les plus souvent posées par les visiteurs grimpant sur la colline parlementaire. « Le mystère et la curiosité, ça anime le public », souligne-t-il au Devoir.

Le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, a dévoilé une toute nouvelle capsule temporelle en marge de l’inauguration du nouveau pavillon d’accueil, en mai dernier.

Par précaution, celle-ci a été posée à la vue de tous ceux et de toutes celles qui empruntent le couloir en colimaçon menant aux nouvelles salles de commissions parlementaires et à l’agora. Le meuble dans lequel elle repose figure sur les plans de l’édifice ultramoderne de 5300 mètres carrés. Le risque de perdre la nouvelle capsule est donc plutôt faible.

M. Blais établit une différence entre la pierre angulaire de 1884 et la capsule du XXIe siècle.

« La pierre angulaire a comme objectif d’être fermée pour l’éternité, parce qu’il n’y a pas d’objectif de l’ouvrir à échéance, contrairement à une capsule temporelle où ce sont des objets qui sont enfermés à une date donnée, mais avec une date de péremption en ce sens où on dit le moment où ces objets-là vont être dévoilés au public », soutient-il.

Secret d’État

Le contenu de la nouvelle capsule temporelle relève du secret d’État. Son contenu ne peut être révélé, car les objets qui y sont déposés sont des documents appartenant au cabinet du président, explique le responsable de l’accès aux documents publics de l’Assemblée nationale. « Ce qui m’étonne dans ce cas-là, c’est qu’on dissimule, qu’on ne veuille pas dire ce qu’on a mis de dedans, réagit Gaston Deschênes. Pourtant, en 1884 [le contenu de la pierre angulaire] était publié dans les journaux. » Pour Christian Blais, l’ajout d’une capsule scellée pour les 73 prochaines années permet de donner une touche de mystère à un pavillon flambant neuf. L’ouverture de la capsule aura lieu lors des activités commémorant le tricentenaire des institutions parlementaires québécoises, en 2092. C’est un rendez-vous.