Visa refusé pour une conférence à Montréal: une étudiante russe crie à l’injustice

Marina Dubova était fin prête pour une conférence sur les sciences cognitives et l’intelligence artificielle à Montréal le mois prochain, mais a récemment été informée que sa demande de visa était rejetée.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Marina Dubova était fin prête pour une conférence sur les sciences cognitives et l’intelligence artificielle à Montréal le mois prochain, mais a récemment été informée que sa demande de visa était rejetée.

Une étudiante russe qui a été invitée à présenter ses recherches lors d’une prochaine conférence universitaire au Canada a dit croire que son visa de visiteur avait été refusé injustement — un problème croissant, selon des chercheurs, pour les universitaires de certaines régions du monde qui essaient d’assister à des conférences au Canada.

Marina Dubova était fin prête pour une conférence sur les sciences cognitives et l’intelligence artificielle à Montréal le mois prochain, mais a récemment été informée que sa demande de visa était rejetée.

Les responsables canadiens ont indiqué qu’ils n’étaient pas convaincus qu’elle retournerait dans son pays d’origine à la fin de sa visite, car elle n’a pas d’enfant, ne possède aucune propriété dans son pays d’origine et a un statut d’emploi incertain.

Marina Dubova a affirmé que des amis et collègues l’avaient mise en garde de ne pas se donner la peine de postuler, car on lui avait dit que les femmes célibataires sans enfant étaient souvent rejetées pour ces raisons.

En tant qu’étudiante en sciences cognitives, cette conférence est la plus importante dans son domaine et elle est clé pour le réseautage et le dévoilement des plus récents travaux de ses collègues internationaux.

Mme Dubova estime que le fait qu’elle vienne de Russie — un pays connaissant de nombreuses tensions diplomatiques avec les pays occidentaux — est l’une des principales raisons pour lesquelles sa candidature a été rejetée.

« Je pense que c’est juste une loterie de naissance et quelques conditions supplémentaires — que je ne suis pas marié et que je n’ai pas d’enfant et que je suis jeune. Mais c’est un stéréotype de croire que des gens de pays moins développés veulent rester ici illégalement », a-t-elle fait valoir dans un entretien téléphonique en provenance de Russie.

« Les personnes très scolarisées, avec des objectifs de carrière, ne resteront pas dans un pays illégalement. C’est vraiment frustrant de devoir le prouver chaque fois », a ajouté Mme Dubova.

Pas la seule

Après avoir exprimé sa frustration à propos de sa situation sur les médias sociaux, Mme Dubova a reçu une longue liste de réponses d’autres universitaires et étudiants du monde entier qui ont également vécu des problèmes de visa en essayant d’assister à des conférences aux États-Unis et au Canada. Certains ont été carrément refusés tandis que d’autres se sont plaints de retards tellement longs qu’ils n’ont pas reçu l’approbation à temps pour assister à leurs événements.

Beaucoup ont fait part de leurs inquiétudes quant au fait que les fonctionnaires canadiens chargés des visas examineraient de plus près les demandes de citoyens de certains pays.

« J’ai été très surprise », a dit Mme Dubova à propos des commentaires reçus. « J’ai trouvé très, très injuste que de nombreuses personnes soient confrontées à des occasions limitées simplement parce qu’elles sont nées dans le mauvais pays », a-t-elle fait valoir.

Le ministère de l’Immigration a affirmé que les décisions concernant les visas sont prises au cas par cas et que si un demandeur est refusé, c’est parce qu’il ne remplit pas les conditions requises — et pas simplement à cause de son pays d’origine.

L’instabilité politique dans un pays peut être un facteur d’admissibilité au visa, mais dans l’ensemble, toutes les demandes sont évaluées selon les mêmes normes, a affirmé un responsable du ministère.

Mais les préoccupations sont croissantes concernant les refus de visa pour les conférences universitaires.

En mars, un certain nombre de délégués qui prévoyaient d’assister à une conférence de l’International Studies Association à Toronto ont été confrontés à un grand nombre de refus de visa et de retards de traitement, ce qui a provoqué un tollé chez les participants. L’association a prévu 15 000 $ pour le remboursement partiel des participants à la conférence qui ont perdu de l’argent en raison de problèmes de visa.