Gatineau s’attend à de pires inondations qu’en 2017

Ottawa n’est évidemment pas épargnée par la montée des eaux et le maire de la capitale canadienne a décrété l’état d’urgence. Sur la photo, des pompiers d’Ottawa font la tournée des maisons sinistrées pour s’assurer que leurs occupants vont bien dans les circonstances.
Photo: Adrian Wyld Le Devoir Ottawa n’est évidemment pas épargnée par la montée des eaux et le maire de la capitale canadienne a décrété l’état d’urgence. Sur la photo, des pompiers d’Ottawa font la tournée des maisons sinistrées pour s’assurer que leurs occupants vont bien dans les circonstances.

La pluie abondante qui s’abat sur le sud du Québec depuis vendredi a changé la donne à Gatineau. Le maire de la ville a été contraint de revoir ses pronostics vendredi : les inondations seront finalement pires que celles de 2017.

« On entre donc dans une zone qui est inconnue », a annoncé le maire Maxime Pedneaud-Jobin en point de presse. « Ce qu’on va vivre dans les prochaines semaines, on ne l’a jamais vécu. On est prêts, on a beaucoup de ressources, nos bénévoles sont aguerris. Mais les prochaines semaines vont être longues et difficiles », a prévenu le maire, à la veille d’une fin de semaine qui sera décisive.

La région d’Ottawa-Gatineau attendait de 20 à 35 millimètres de pluie entre vendredi et samedi matin. Le niveau maximal de la crue risque de frapper la région lundi ou mardi.

Les régions inondées seront alors plus vastes que lors des inondations records d’il y a deux ans, prévoit le maire. « Ce sont essentiellement les mêmes quartiers qui seront touchés, mais ce sont des rues qui pourraient être beaucoup plus affectées que la dernière fois », a-t-il expliqué. La Ville de Gatineau prévoit que 500 bâtiments de plus pourraient être touchés. « Il y a un effet de cuvette à Gatineau », ce qui fait que l’eau ne s’étend pas à n’en plus finir sur le territoire, a résumé le maire en tentant de se faire quelque peu rassurant.

En date de vendredi, 923 Gatinois s’étaient inscrits au registre des victimes d’inondation (348 ménages). Quelque 80 ménages ont été pris en charge par la Croix-Rouge. Au total, 1800 logements sont touchés, rassemblant 4100 personnes.

Alors que la pluie tombait déjà depuis quelques heures, vendredi midi, les résidents du quartier résidentiel le plus touché de Pointe-Gatineau étaient à pied d’oeuvre pour tenter de protéger tant bien que mal leurs résidences. Un homme, qui venait de sortir d’une ruelle en chaloupe, n’avait pas le temps de parler au Devoir. « L’eau est en train de rentrer, pis il me reste des choses à monter ! » a-t-il lancé, avant de reprendre le boulot avec ses trois amis qui venaient d’arriver pour l’aider.

Le niveau de l’eau dans les rues n’a cessé d’augmenter cette semaine et s’avançait de 50 mètres de plus, dans la rue Saint-Louis, que lors de la visite du premier ministre québécois, François Legault, mardi. La différence était même visible par rapport à la veille, selon une résidente qui venait d’entrebâiller sa porte pour surveiller la situation. L’eau frôlait maintenant le devant de son terrain, alors qu’il n’atteignait que le coin de la rue jeudi.

Mathieu Larivière multipliait les voyages avec son camion pour apporter des sacs de sable chez sa soeur. « Il commence à y avoir de l’eau à la hauteur du parterre. Ça fait au moins une quarantaine de voyages, facile. On est trois camions qui font des allers-retours depuis deux jours », raconte-t-il, avant de reprendre la route pour rejoindre sa soeur et la dizaine de personnes venues l’aider. L’inondation de 2017 n’avait pas causé trop de dommages. « Mais cette année, il va y avoir pas mal plus d’eau, donc on doit faire des murs d’environ un mètre de haut. »

De l’autre côté de la rivière des Outaouais aussi, la pluie a eu raison de l’optimisme que conservait jusqu’à présent le maire d’Ottawa, Jim Watson. Résigné, jeudi soir, il a déclaré l’état d’urgence afin de pouvoir profiter de l’aide financière de la province et de celle de l’armée. Près de 400 soldats sont arrivés sur le terrain vendredi.

« C’était la bonne décision », a observé le premier ministre ontarien, Doug Ford, de passage dans la région. « Lorsque l’armée arrive, cela donne un sentiment de sécurité à la communauté. […] Je veux dire à tous les gens que nous les soutenons à 1000 %. »

Comme sa voisine, la Ville d’Ottawa s’attend à ce que les inondations soient « bien supérieures » à celles vécues il y a deux ans. « Elles pourraient même atteindre un demi-mètre au-dessus des niveaux maximaux de 2017 », a prédit le directeur général des services d’urgence d’Ottawa, Anthony Di Monte.

Du côté ontarien de la rivière, la région de West Carleton, à 45 km à l’ouest du centre-ville d’Ottawa, est la plus durement touchée. Les autorités ont invité vendredi les résidents inondés à se préparer à évacuer leurs résidences au cours de la fin de semaine. Le quartier Britannia Bay, à 13 km à l’ouest du centre-ville, et le secteur de Cumberland, à 30 km à l’est de la ville, sont aussi affectés. Mais le coeur d’Ottawa lui-même est épargné.

Il y a deux ans, 500 résidences avaient été jugées à risque à Ottawa. Cette année, le chiffre pourrait être plus élevé, selon les autorités.

Le maire de Gatineau a indiqué qu’il n’avait pas besoin de déclarer l’état d’urgence, car le cadre légal de sa ville n’est pas le même que celui d’Ottawa. Gatineau profite déjà, dans sa charte, de pouvoirs spéciaux, et la ville applique des mesures d’urgence depuis 10 jours. « La seule nuance, c’est si on devait forcer des évacuations. À ce moment-là, il nous faudrait une déclaration de mesures d’urgence. »

Maxime Pedneaud-Jobin n’exclut toutefois pas de réclamer de l’aide supplémentaire au cours des prochains jours, voire des prochaines semaines. 

 

Attendre le pire

La pluie qui doit s’abattre sur la majeure partie du Québec fait craindre le pire aux municipalités déjà bien touchées par les inondations printanières.

Jusqu’à 60 mm de pluie sont attendus dans le corridor au nord du fleuve Saint-Laurent, soit Les Laurentides, Lanaudière et la Mauricie. L’Outaouais et l’Abitibi ne seront pas épargnés et s’attendent à recevoir de 30 à 50 mm.

À Montréal, l’inquiétude était telle que la Ville a décrété l’état d’urgence vendredi en fin d’après-midi. Toute l’attention était surtout rivée sur Pierrefonds, Ahuntsic, l’île Bizard et l’île Mercier, des secteurs plus à risque d’être inondés dans les prochains jours. L’heure n’était toutefois pas encore à l’évacuation.

D’autres municipalités de la banlieue montréalaise sont toutefois déjà arrivées à cette étape. C’est le cas notamment de Laval, où les autorités ont recommandé aux citoyens de quelque 400 résidences de quitter les lieux au plus vite. La livraison de sacs de sable a cessé dans ces secteurs, pour que les énergies soient concentrées sur la sécurité et la protection des citoyens et des employés. Même directive du côté de Pointe-Calumet, Pointe-Fortune, Rigaud, Lachute ou encore Gatineau.

De son côté, le barrage de la Chute-Bell — sur la rivière Rouge à la limite de l’Outaouais et des Laurentides — a tenu bon vendredi. Il avait fait l’objet d’une alerte de risque de rupture la veille. Il demeure néanmoins sous haute surveillance, et les citoyens vivant aux alentours ont été évacués.

Plusieurs routes ont aussi été fermées, déjà immergées ou à risque de l’être très bientôt. C’est le cas de la route 117, près de la jonction avec l’autoroute 50, mais aussi de certaines portions de la route 158. Le ministre des Transports, François Bonnardel, s’est d’ailleurs dit prêt à fermer des autoroutes telles que la 20 ou la 40, à l’ouest de Montréal, si nécessaire.

Le dernier bilan dévoilé vendredi soir faisait état de 3017 résidences inondées, de 2736 autres isolées par l’eau qui les rend 

inaccessibles et de 1796 citoyens évacués.

 

Le Devoir avec La Presse canadienne