SFPQ: un contexte économique favorable aux négos

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La pénurie de main-d’œuvre se fait sentir un peu partout au gouvernement.
Photo: Francis Vachon Le Devoir La pénurie de main-d’œuvre se fait sentir un peu partout au gouvernement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Fête des travailleurs

En mars 2020, la convention collective des 40 000 membres du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) viendra à échéance. Afin d’obtenir plus que lors des dernières négociations de 2015, l’organisation se prépare déjà et se retrousse les manches.
 

« Le contexte politique a beaucoup changé depuis le 1er octobre dernier. Après presque 20 ans à surfer sur la vague néolibérale, on se retrouve aujourd’hui avec un gouvernement qui a souvent répété durant la campagne qu’il fallait créer des emplois de qualité », affirme Jean-François Sylvestre, porte-parole du Syndicat pour les régions de Montréal, de Laval et de la Montérégie.
 

Le discours a aussi changé par rapport aux finances publiques puisque, comme le titrait Le Devoir du 15 janvier dernier, le surplus budgétaire atteindra 3,5 milliards pour les sept premiers mois de 2018-2019. C’est plus que celui de 2,5 milliards observé sur la même période en 2017-2018. « Disons que le contexte des prochaines négociations sera différent de tout ce qu’on a connu depuis 20 ans », se réjouit Jean-François Sylvestre.
 

Toutefois, après les six premiers mois du gouvernement de François Legault, les illusions retombent : « On a rencontré 34 députés de la région et on constate qu’à la CAQ, on ne connaît pas vraiment l’appareil public. Les gens arrivent avec la mentalité du secteur privé », commente le porte-parole. On se rappellera que le premier ministre a déjà évoqué la possibilité d’abolir 5000 postes dans la fonction publique. Pourtant, à mesure que les députés se familiarisent avec la machine gouvernementale, ils se rendent compte qu’ils ont besoin des employés de l’État. « Surtout qu’actuellement, les citoyens inondent d’appels les bureaux de circonscription pour obtenir des services qu’ils ne peuvent plus recevoir des fonctionnaires », souligne Jean-François Sylvestre, qui ajoute avoir « rencontré Simon Jolin-Barrette [ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion] qui suggère de réinvestir dans l’État et d’embaucher surtout au ministère de l’Immigration. »
 

On se souvient de l’affaire des 18 000 demandes d’immigration que le ministre Jolin-Barrette souhaitait éliminer. Depuis, la Cour supérieure a obligé Québec à les traiter, mais, selon Jean-François Sylvestre, « si on ne souhaitait pas traiter ces dossiers, c’était par manque de main-d’œuvre ».
 

Et cette pénurie de main-d’œuvre, elle se fait sentir un peu partout au gouvernement à cause d’une règle qui date de 2003 édictée sous le règne de Jean Charest. « Cette règle stipule qu’on ne remplace qu’un départ à la retraite sur deux, déclare le syndicaliste. On a vu, dans un bureau de Revenu Québec, qu’on faisait tirer les congés ! Tous ceux qui ont droit à un congé mettent leur nom dans un chapeau, on tire un nom, et c’est le hasard qui décide qui prendra un congé, parce qu’on est à court d’employés. »
 

Plus sérieusement, dans certaines circonstances, c’est la santé de la population qui est mise à risque, surtout dans le domaine des inspections de salubrité. Aujourd’hui, la plupart des inspections des résidences pour personnes âgées ou des garderies ne se font qu’à la suite du dépôt d’une plainte et, dans ces cas-là, « les inspecteurs appellent avant de passer, les responsables sont avertis », explique-t-il.
 

Fonctionnaires échaudés

Jean-François Sylvestre en est convaincu, on assiste actuellement à une démobilisation des travailleurs de l’État. « Après les négos de 2015, les gens ont été désillusionnés parce que certains d’entre eux y ont perdu des acquis. Ils sont méfiants envers l’organisation syndicale autant qu’envers le gouvernement. »
 

Conscients qu’il faut maintenant faire les choses autrement et après trois ans de cogitation, les dirigeants du SFPQ en sont venus à une conclusion : « On a beaucoup de leçons à tirer du passé. Ça fait 40 ans que le secteur public négocie de la même façon. Nos membres à la base nous disent que ce n’est peut-être plus une bonne idée de continuer comme ça », lance le porte-parole. Si habituellement la mobilisation vient du haut, aujourd’hui les membres veulent qu’on les écoute, ce qui, pensent-ils, n’a pas été le cas en 2015.
 

Finis, donc, les moyens de pression traditionnels, les membres souhaitent plutôt s’afficher dans leur milieu de travail et entreprendre des moyens simples mais originaux avant d’en arriver au débrayage ultime. « On veut envoyer le message au gouvernement qu’on est prêts et qu’on veut être entendus. »