SPGQ: la cause de Louis Robert portée à l’international

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
L’agronome du ministère de l’Agriculture Louis Robert a été limogé le 24 janvier dernier pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche.
Photo: Getty Images L’agronome du ministère de l’Agriculture Louis Robert a été limogé le 24 janvier dernier pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche.

Ce texte fait partie du cahier spécial Fête des travailleurs

« On porte le dossier de Louis Robert à l’international et on a une adhésion automatique et enthousiaste », lance Richard Perron, président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), en entrevue téléphonique en direct de Washington, où étaient réunis les membres de l’Internationale des services publics (ISP) les 17 et 18 avril derniers.
 

En effet, lors de ce rassemblement, une résolution a été votée afin de réintégrer Louis Robert dans ses fonctions. Rappelons que cet agronome du ministère de l’Agriculture a été limogé le 24 janvier dernier pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche.
 

« Le processus suit son cours, les parties doivent échanger des informations pour préparer la séance d’arbitrage », explique Richard Perron. Depuis le congédiement de Louis Robert, trois griefs ont été déposés : un premier pour contester son congédiement et pour demander sa réintégration et des dommages et intérêts, un second pour contester le fait que monsieur Robert a été suspendu pendant plus de 90 jours alors que la convention collective prévoit une période de suspension de 30 jours pour une enquête administrative, et un troisième grief pour diffamation de la part du ministre et du premier ministre, qui ont insinué qu’il y avait d’autres raisons pour la suspension que celles inscrites dans la lettre de congédiement, « ce qui est formellement interdit parce que la procédure prévoit qu’on ne peut invoquer devant l’arbitre que ce qui est indiqué dans la lettre », précise le président.
 

Le SPGQ souhaite la réintégration de Louis Robert. Toutefois, selon les informations de Richard Perron, le premier ministre semble attendre les conclusions du rapport de la protectrice du citoyen pour prendre une décision à ce sujet. « On espère que cette dernière ne se limitera pas au mandat qui avait été circonscrit par le ministre, qui lui demandait d’intervenir pour se dédouaner en lui demandant de confirmer qu’il n’avait rien à faire dans le congédiement », explique le syndicaliste, qui ajoute que le ministre « ne voulait pas vraiment faire la lumière sur le fond des choses, mais souhaitait plutôt s’en laver les mains ».
 

Protéger les lanceurs d’alerte

Pour le SPGQ, réintégrer Louis Robert lancerait un message clair à tous ceux qui détiendraient des informations qui sont de nature à protéger la population et qui pourraient être tentés de ne pas les divulguer de peur d’en subir les conséquences. « C’est un cas d’espèce qui va être déterminant pour la suite des choses et pour la capacité des membres du SPGQ à pouvoir alerter la population lorsque sa santé, sa sécurité ou son environnement sont en jeu », fait valoir M. Perron.
 

Aujourd’hui, de nombreuses instances tentent de protéger les lanceurs d’alerte. Dernière en date, le Parlement européen qui, le 16 avril dernier, a adopté une directive en faveur de leurs droits et de leur protection. De son côté, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) demande à renforcer leur protection, tandis que l’Organisation internationale du travail (OIT) va produire un rapport d’experts tripartite (syndicats, employeurs et gouvernements) qui propose une convention internationale en leur faveur. « C’est une évolution très positive et on a notre rôle à jouer même au niveau international, où on est pris comme un modèle », affirme Richard Perron.
 

Parce que « les lanceurs d’alerte sont essentiels pour mettre en garde la population sur ce qui doit être corrigé, non seulement en ce qui concerne la bonne gestion des fonds publics, mais également la santé publique », le SPGQ travaille en amont depuis 2014. La première fois où Richard Perron a participé à une rencontre de l’ISP à Genève, il plaidait déjà en faveur des lanceurs d’alerte en évoquant la commission Charbonneau et le cas de Karen Duhamel, ex-ingénieure chez Génivar. « Je plaidais pour qu’il y ait une convention internationale », rappelle le président du SPGQ, qui précise que « si une telle convention est adoptée, elle lierait le Québec et les autres provinces ainsi que le Canada, ce qui obligerait les gouvernements à se plier aux règles définies dans cette convention ».
 

Dans les semaines à venir, le SPGQ continuera à accompagner Louis Robert dans ses démarches judiciaires pendant que ce dernier s’active à se faire élire à la tête de l’Ordre des agronomes du Québec.