CSN: améliorer les conditions de travail et investir au bon endroit

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
L’amélioration des conditions de travail faciliterait l’embauche de personnel en ces temps de pénurie de main-d’œuvre.
Photo: Getty Images L’amélioration des conditions de travail faciliterait l’embauche de personnel en ces temps de pénurie de main-d’œuvre.

Ce texte fait partie du cahier spécial Fête des travailleurs

Au cours de l’année qui vient, la CSN souhaite faire pression sur le gouvernement pour qu’il hausse le salaire minimum, maintienne les seuils d’immigration au même niveau, trouve des solutions à la pénurie de main-d’oeuvre, se préoccupe de l’environnement et réinvestisse massivement en éducation et en santé — aux bons endroits cependant. Survol d’un programme qui s’annonce chargé.

Fin mars, le dévoilement du premier budget de la CAQ a déçu la CSN. Bien que la centrale se dise satisfaite que le gouvernement réinvestisse en éducation et en santé, elle considère qu’il n’a pas choisi les bonnes cibles. « Nous aurions préféré que le gouvernement prévoie davantage d’investissements dans les services directs aux élèves et dans l’aide à la réussite scolaire plutôt que d’investir un milliard de dollars sur quatre ans dans le développement des maternelles quatre ans », dit Jacques Létourneau, président de la CSN, un syndicat qui compte plus de 300 000 membres.
 

M. Létourneau déplore aussi la nouvelle récente selon laquelle le gouvernement Legault encouragerait les commissions scolaires à recruter des enfants pour ces maternelles 4 ans dans les CPE. « On devrait consolider plutôt le réseau des CPE, » dit-il. Dans un communiqué datant du 26 mars, la CSN croit même que le gouvernement a abandonné ce réseau.
 

Rehausser le salaire minimum
 

Parmi les autres enjeux qui préoccupent la CSN, il y a le salaire minimum. « Alors que le premier ministre Legault souhaite créer davantage d’emplois à haut salaire (25 à 30 $ l’heure et plus), la CSN aimerait aussi qu’il s’intéresse au sort des 800 000 travailleurs québécois rémunérés au salaire minimum », dit M. Létourneau. À ce sujet, la CSN fait d’ailleurs partie de la Coalition 5-10-15. Cette coalition, dont plusieurs autres syndicats font partie, revendique une amélioration des conditions de travail des bas salariés par trois moyens : connaître son horaire cinq jours à l’avance, bénéficier de 10 jours de congé pour cause de maladie ou de responsabilités familiales et hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure.
 

Le président de la CSN croit que ce rehaussement des conditions de travail faciliterait l’embauche de personnel pour les employeurs en ces temps de pénurie de main-d’œuvre.
 

Une baisse du seuil d’immigration incompréhensible
 

Une pénurie de main-d’œuvre qui pourrait être en partie compensée par la venue d’immigrants. Or, la CAQ a plutôt choisi d’abaisser le seuil de 50 000 à 40 000, une décision que Jacques Létourneau ne comprend pas. « Pour aider à combler nos besoins en main-d’œuvre, il ne faudrait pas baisser en deçà du seuil de 50 000 nouveaux arrivants, et nous comptons faire des pressions sur le gouvernement à ce sujet », dit M. Létourneau. Le gouvernement a d’ailleurs mentionné récemment qu’il rehausserait ce seuil en 2020.
 

Une pénurie inquiétante

Cette pénurie de main-d’œuvre préoccupe beaucoup la centrale. Et avec raison puisque, selon Emploi Québec, 1,3 million d’emplois seront disponibles d’ici trois ans (le vieillissement de la population et la croissance économique en seraient la cause). Pour discuter de ces enjeux, la CSN a organisé, en février dernier, un forum de réflexion à ce sujet au Palais des congrès. « Quelque 600 participants, provenant des syndicats, du patronat et du gouvernement, ont été invités à discuter de la question sous l’angle de la concertation sociale », affirme M. Létourneau.
 

En plus de l’immigration, une partie de la solution à cette pénurie doit passer par la formation professionnelle. « Il y a un consensus entre syndicats et employeurs sur la nécessité d’adapter les programmes de formation au milieu du travail », dit M. Létourneau. Plus largement, la formation aurait aussi l’avantage de permettre aux travailleurs de secteurs en déclin de réorienter leur carrière vers d’autres secteurs d’emploi plus prometteurs.
 

Et l’environnement ?

La transition énergétique à venir pourrait, en effet, entraîner un déclin de certains secteurs d’emploi. Ce sujet préoccupe la centrale, qui souhaite que s’effectue une transition juste. Le syndicat est aussi interpellé par la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. À ce chapitre, elle déplore le report par le gouvernement des cibles de réduction de ces gaz, malgré des investissements prévus dans le budget pour la lutte contre les changements climatiques. Elle invitait d’ailleurs la population à manifester le 27 avril pour l’avenir de la planète.