FAE: donner aux enseignants d’une main et reprendre de l’autre

Catherine Martellini Collaboration spéciale
La valorisation de la profession d’enseignant passe en grande partie par le salaire, selon la Fédération autonome de l’enseignement.
Photo: Getty Images/iStockphoto La valorisation de la profession d’enseignant passe en grande partie par le salaire, selon la Fédération autonome de l’enseignement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Fête des travailleurs

« L’heure du redressement national en éducation a sonné », lançait le premier ministre François Legault lors de son discours inaugural en novembre dernier. S’il promettait aussi de valoriser la profession, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) estime qu’aucun geste n’a encore été fait en ce sens par le gouvernement caquiste.

La valorisation de la profession d’enseignant passe en grande partie par le salaire, soutient Alain Marois, vice-président à la vie politique de la FAE, qui compte neuf syndicats représentant plus de 43 000 enseignantes et enseignants dans sept régions du Québec.
 

Or, actuellement, les enseignants du Québec sont les moins bien payés au Canada, comme le montre une récente étude de Statistique Canada. Un écart qui dépasse les 20 000 $ avec l’Ontario, déplore-t-il. « Et c’est aussi au Québec que les professeurs doivent attendre le plus longtemps pour atteindre le maximum de l’échelle salariale, soit cinq ans de plus par rapport à n’importe quelle autre province. »
 

Une situation déficitaire qui ne date pas d’hier. Le précédent Parti libéral avait en effet procédé à d’importantes coupes dans le domaine de l’éducation, si bien que la FAE évalue à 1,5 milliard de dollars le rattrapage à faire dans ce domaine. « Il faudra attendre jusqu’en 2021 pour arriver à combler le retard, et on ne parle même pas encore de bonifications », souligne-t-il.
 

Il ajoute que les enseignants sont aussi les seuls travailleurs du secteur public de l’État québécois à ne pas avoir vu leur salaire rajusté à la suite de l’exercice de la relativité salariale. « Quand ça a été leur tour, le gouvernement a dit qu’il ne pouvait pas payer l’entièreté de leurs compensations puisqu’ils sont un groupe trop nombreux. » Un autre problème qui a contribué à creuser davantage le fossé en ce qui a trait à leur rémunération.
 

Si, à une certaine époque, les enseignantes et les enseignants éprouvaient une forme de gêne à revendiquer leur juste part salariale en raison de tous les besoins non comblés des élèves, ils se décomplexent de plus en plus, observe André Marois. Il entend bien d’ailleurs en faire un des éléments centraux de la prochaine négociation de la convention collective, qui prendra fin en 2020.
 

Les promesses du dernier budget

Le dernier budget, présenté au printemps par le ministre québécois des Finances, Eric Girard, faisait de l’éducation un des trois champs prioritaires du gouvernement, aux côtés de l’économie et de la santé.
 

Certes, il prévoit une augmentation des ressources en éducation et en enseignement supérieur de l’ordre de 2,4 milliards de dollars supplémentaires d’ici 2023-2024, dont 1 milliard de dollars en 2019-2020.
 

Or, même s’il est indiqué que ces montants serviront, entre autres, à soutenir les enseignants et à valoriser la profession, aucune mesure concrète n’a été prise, soutient Alain Marois. « Surtout, ça ne permet même pas de rattraper le retard perdu », souligne-t-il.
 

Il donne comme exemple les mesures transitoires qui avaient été promises après la modification de la liste des écoles défavorisées qui entraînait la perte de financement pour certains établissements scolaires. « Les sommes finalement allouées sont nettement insuffisantes pour pallier les coupes. »
 

L’effet boule de neige

En plus des services aux élèves qui ont diminué et dont les effets se font encore ressentir au quotidien, les tâches des enseignants ont été constamment gonflées dans les dernières années. « Éducation sexuelle, éducation financière, orientation scolaire, technique de réanimation… c’est comme si l’école devait suppléer à tous les manques de la société, explique Alain Marois, de la FAE. On ajoute des responsabilités alors qu’on peine à atteindre les objectifs du programme de base, et sans bonification du salaire. »

Tout cela a entraîné une pénurie en éducation : les enseignants quittent la profession à pleines portes par épuisement ou fatigue. « On voit de plus en plus de classes qui n’ont pas de professeurs qualifiés, ou carrément aucun pour donner les cours : comme les infirmières qui sont obligées de faire des heures supplémentaires, les enseignants doivent maintenant faire du remplacement d’urgence en plus de s’occuper de leur propre classe. »
 

Les jeunes sont également moins nombreux à s’inscrire en enseignement dans les universités ou partent peu de temps après avoir commencé à travailler.

« Le gouvernement caquiste a promis durant les élections de réduire les échelons salariaux pour encourager les plus jeunes à entrer dans la profession, mais ces mesures ne sont pas suffisantes, déplore M. Marois. Il ne faut pas non plus oublier les professeurs d’expérience qui sont rendus au bout de leur échelle salariale. »
 

Selon la FAE, leur rétention et leur valorisation passeront, d’une part, par l’allégement de leurs tâches et l’augmentation de leur salaire, et d’autre part, par une plus grande autonomie en ce qui a trait aux décisions qui les concernent directement, comme l’évaluation des élèves, dont les notes qu’ils attribuent sont modifiées par la suite par l’école sans leur accord.