FTQ: la transition énergétique devra être juste pour tous

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Les étudiants ont manifesté pour le climat le 15 avril 2019
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les étudiants ont manifesté pour le climat le 15 avril 2019

Ce texte fait partie du cahier spécial Fête des travailleurs

Les engagements pris dans ces conférences et l’urgence de la situation ne laissent plus de doute dans l’esprit du secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux : « Il y aura une transition énergétique dans les prochaines années, dit-il. C’est un phénomène mondial. Il faut s’assurer qu’elle est juste pour les travailleurs et les communautés. »
 

Le syndicat appuie les cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) adoptées par le gouvernement du Québec en 2015, à l’occasion de la COP21. L’État québécois vise pour 2030 une diminution des émissions de 37,5 % sous le niveau de 1990, et de 80 % à 95 % pour 2050.
 

Le plan directeur 2018-2023 de Transition énergétique Québec (TEQ) — le nouvel organisme chargé de favoriser et de promouvoir la transition, l’innovation et l’efficacité énergétique — se distinguait pourtant récemment par une absence totale de cibles de réduction des émissions de GES. Une omission en droite ligne avec la politique énergétique adoptée en 2016, laquelle n’en contenait pas non plus. Elle présentait plutôt des objectifs de diminution de l’usage de produits pétroliers, l’élimination du charbon et des augmentations respectives de 25 % et 50 % de la production totale d’énergies renouvelables et de bioénergies.
 

Quelle gouvernance pour la transition ?

Quoi qu’il en soit, la course à la décarbonisation aura nécessairement un impact sur les entreprises et les travailleurs. En 2015, au Québec, le secteur industriel pointait en deuxième place des émetteurs de GES avec 30 % du total, devancé seulement par le transport, qui en générait 41,7 %. « Pour atteindre l’objectif d’environ 90 % de réduction des émissions en 2050, il y aura forcément des bouleversements importants dans le secteur industriel et il ne faut pas que les travailleurs en fassent les frais », prévient Serge Cadieux.
 

Ce dernier réclame donc une réelle gouvernance de la transition énergétique, à laquelle la société civile et les syndicats pourront contribuer. Cette gouvernance devra répondre à des questions cruciales, telles la réorientation et la requalification des travailleurs qui pourraient perdre leur emploi à la suite de la disparition de leur entreprise, voire de leur industrie, par exemple dans le cas des raffineries de pétrole.
 

Il est aussi important de trouver des moyens d’aider les entreprises à améliorer leur bilan carbone. Déjà, la FTQ fait des efforts en ce sens. Elle participe entre autres à un projet pilote avec l’entreprise Lafarge pour faire évoluer les moyens de production, par exemple en produisant un béton moins polluant avec du verre recyclé.
 

En mai 2018, la FTQ a organisé le Sommet sur la transition énergétique à Montréal, lequel réunissait des employeurs, des investisseurs et des représentants d’organismes sociaux et environnementaux, ainsi que des Premières Nations. Ils ont lancé un appel à une transition énergétique équitable, démontrant un certain consensus au sein de la société civile. « Mais il faut que le gouvernement joue son rôle », martèle Serge Cadieux.
 

Il rappelle qu’il n’est pas suffisant de fixer des cibles. Il faut aussi déterminer comment elles seront atteintes et en gérer les impacts. « Il faut repenser notre politique industrielle en fonction d’une économie plus verte, et nous avons des atouts pour y arriver, comme une hydroélectricité abondante et les ressources de la forêt boréale », ajoute le secrétaire général.
 

Appuyer les régions

Chose certaine, la FTQ, elle, s’est mise en marche depuis plusieurs années. Elle a effectué une première tournée du Québec en 2016 pour discuter des défis particuliers que la transition énergétique pourrait amener aux diverses régions de la province. Elle a par la suite adopté une déclaration de politique sur l’énergie, appelant à un vrai débat sur les changements climatiques et l’exploitation des hydrocarbures.
 

Voilà que la FTQ a depuis repris la route avec une nouvelle tournée du Québec, accompagnée cette fois du Fonds de solidarité de la FTQ et de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC). Les rencontres permettent de dresser un portrait des impacts de la transition vers une économie plus verte propre aux différentes régions et de cerner les occasions favorables qui pourraient en découler pour les travailleurs et travailleuses.
 

La FTQ recense par ailleurs les dix entreprises les plus polluantes de chaque région et réfléchit avec les travailleurs et d’autres intervenants à des pistes de solution pour améliorer leur bilan. Le Fonds de solidarité de la FTQ a déjà annoncé qu’il soutiendra, y compris financièrement, les entreprises qui investissent dans une transition énergétique juste. En septembre 2019, la tournée aura été réalisée et des chantiers seront en branle dans les différentes régions.
 

Le Fonds de solidarité de la FTQ fait lui aussi sa petite révolution pour soutenir la transition énergétique. En septembre dernier, il s’est engagé à réduire d’au moins 25 % l’empreinte carbone de ses investissements boursiers d’ici 2025. Il diminuera aussi son empreinte carbone dans ses investissements privés. Il est ainsi devenu l’un des rares fonds institutionnels, avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, à adopter des cibles précises d’investissements carbonés. Le Fonds s’est aussi engagé à exclure le secteur de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures au Québec de son portefeuille, à créer un programme de compensation volontaire pour les entreprises québécoises par le biais de sa filiale forestière Solifor et à rendre ses activités directes carboneutres d’ici mai 2019.
 

La FTQ garde aussi un œil sur le gouvernement fédéral en vue des élections d’octobre prochain. « Le gouvernement libéral a un examen de conscience à faire, car il est loin d’avoir gouverné de manière aussi verte que ce qu’il avait promis lors de la précédente campagne électorale », rappelle Serge Cadieux.