Bien vivre avec le risque d’inondation

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Inondations au printemps 2017 dans Ahuntsic-Cartierville, à Montréal. Les experts recommandent de construire les bâtiments en milieu inondable de façon plus résiliente.
Photo: Annik MH?de Carufel Le Devoir Inondations au printemps 2017 dans Ahuntsic-Cartierville, à Montréal. Les experts recommandent de construire les bâtiments en milieu inondable de façon plus résiliente.

Ce texte fait partie du cahier spécial Inondations

On peut s’y préparer, mais on ne peut pas les éviter. Le réchauffement climatique est tel que Montréal, comme bien d’autres régions métropolitaines dans le monde, va devoir vivre avec des inondations de plus en plus fréquentes. Faut-il raser les quartiers qui se sont édifiés au fil du temps en zone inondable et y refuser tout développement nouveau ? Non, répondent aujourd’hui les experts. La tendance est plutôt à la résilience, approche consistant à accepter le risque d’inondation et à adapter l’aménagement en conséquence.

La ville de Deux-Montagnes, située à la croisée du lac du même nom et des rivières des Mille Îles et des Prairies, a subi de plein fouet les inondations du printemps 2017. Deux cent cinquante maisons ont été touchées et, parmi elles, trente ont dû être démolies. Et cela, en plein centre-ville.

« Résultat, nous nous retrouvons avec un quartier qui ressemble à un gruyère, indique le maire de la municipalité, Denis Martin. Et en plein cœur de la ville. Nous ne pouvons pas dire juste, on ne reconstruit pas là, c’est trop dangereux. Une gare du futur REM s’y trouve. C’est une zone TOD [transit-oriented development], ce qui signifie qu’elle doit être densifiée, et qu’à terme, il doit y avoir de l’aménagement vertical. La solution passe par une reconstruction plus résiliente. »

Partout dans le monde, la résilience urbaine aux inondations apparaît de plus en plus comme une solution de rechange nouvelle aux politiques locales de gestion des risques d’inondation, encore très centrées sur la protection hydraulique contre les crues. Une stratégie basée sur la résilience suppose la reconnaissance du fait que les ouvrages de protection — de type digue ou barrage — ne peuvent constituer la réponse unique au risque d’inondation et qu’un ensemble de mesures en matière d’aménagement du territoire permet de moduler le niveau de risque.

Aménagement résilient

C’est l’approche que privilégie aujourd’hui la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui a lancé plusieurs projets pilotes en ce sens, notamment à Deux-Montagnes.

« Nous ne réinventons pas la roue, note Émilie Charbonneau, ingénieure en environnement, rattachée au Bureau de projet de gestion des risques d’inondation (BPGRI) de la CMM. Nous nous inspirons de ce qui se fait ailleurs, aux Pays-Bas, à Paris ou encore à New York, des zones qui ont elles aussi à faire face au risque d’inondation. Nous cherchons à déterminer nos propres solutions, en fonction de la réalité de notre territoire, qui se situe sur un archipel à la confluence de plusieurs cours d’eau de plus ou moins grande importance. »

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir

L’approche de la résilience se décline en trois axes. Il s’agit d’une part de permettre à l’eau de circuler librement sans que cela occasionne des dégâts importants. La construction sur pilotis, peu commune ici, mais largement utilisée dans de nombreuses régions du globe, serait appropriée. Dans ce type d’habitations, ainsi surélevées, l’étage le plus bas se trouve au-dessus du niveau d’inondation. Deuxième axe : la protection de l’étage situé en dessous du niveau d’inondation prévu, avec l’utilisation de matériaux étanches tels que le béton, mais surtout, de ne pas y installer des équipements vulnérables à l’eau (pièces habitables, boîte électrique, matières dangereuses, etc.) et d’installer plutôt ceux-ci aux étages situés au-dessus du niveau d’inondation prévu. Troisième axe enfin : prévoir un espace de stockage de l’eau, sorte de bassin de rétention, et s’arranger pour que celle-ci se dirige vers cet endroit lors des crues. Le projet pilote de Deux-Montagnes comportera ces trois axes.

Faire évoluer la réglementation

« À Deux-Montagnes, nous prévoyons l’installation de caissons de rétention au-dessous d’un parc qui se trouve au cœur de la ville, explique le directeur de la municipalité, Benoit Ferland. Les propriétaires des résidences qui ont été démolies ont été indemnisés par le gouvernement, et les terrains nous appartiennent aujourd’hui. Lorsque nous aurons le feu vert pour reconstruire, nous le ferons de façon résiliente pour ne pas accroître la vulnérabilité des citoyens. »

À Varennes, municipalité située de l’autre côté du territoire de la CMM, sur la rive sud du Saint-Laurent, un autre projet pilote est mené afin de permettre le développement d’un secteur industriel situé en zone inondable. Le maire, Martin Damphousse, souhaiterait en effet mettre en valeur 3,5 millions de pieds carrés aujourd’hui non développables selon les critères de la politique provinciale de protection des rives, du littoral et des plaines inondables.

« Il y a moyen d’imaginer des bâtiments industriels surélevés et des stationnements étagés afin que l’eau puisse circuler en dessous en cas de débordement du fleuve, croit-il. Nous travaillons avec la CMM afin de faire évoluer la réglementation et que celle-ci soit plus flexible qu’elle l’est actuellement. Nous avons besoin de principes de résilience adaptables au cas par cas. Les situations sont très différentes d’un territoire à un autre, à la grandeur du Québec, mais aussi de la communauté métropolitaine. Nous ne pouvons plus fonctionner avec un texte applicable “mur à mur”. La situation nous oblige à plus d’intelligence. »