Cartographie: harmoniser et moderniser les outils

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Inondations dans Ahuntsic-Cartierville. À la suite des événements de 2017, la CMM a décidé de renouveller ses cartes de zones inondables.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Inondations dans Ahuntsic-Cartierville. À la suite des événements de 2017, la CMM a décidé de renouveller ses cartes de zones inondables.

Ce texte fait partie du cahier spécial Inondations

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) lance un vaste plan pour cartographier les zones inondables de son territoire. À terme, ces outils permettront aux municipalités de connaître précisément les risques dans tel ou tel quartier et de bâtir ou de rebâtir en conséquence. Surtout, en cas d’épisode de crue extrême, chaque citoyen pourra entrer son adresse dans le système pour savoir à quel moment il aura les pieds dans l’eau et à quelle hauteur celle-ci montera.

« Jusque-là, chaque municipalité avait ses propres outils, explique Cédric Marceau, chef de projet du Bureau de projet de la gestion des risques d’inondation (BPGRI). Certaines d’entre elles avaient une cartographie qui datait des années 70, et d’autres pouvaient n’avoir que l’historique des cotes de crues. Quand il a fallu faire le bilan des inondations de 2017, la CMM s’est rendu compte qu’il n’y avait aucune cohérence. »

En juin 2018, dans le rapport qu’elle remet, la commission de l’aménagement de la CMM explique que le contexte particulier de l’archipel de Montréal, à la confluence de deux grands bassins versants, le bassin des Grands Lacs et celui de l’Outaouais, commande une modélisation hydraulique intégrée de tous les cours d’eau afin que les données de base soient communes à toutes les municipalités concernées. Dans les semaines qui suivent, une équipe d’experts est mise sur pied afin de travailler à la mise au point de ces outils, que tous les acteurs veulent à la fine pointe de la technologie.

« Nous avons conclu que nous devions avoir une vision globale de la situation, mais aussi être en mesure de connaître les risques avec précision, indique Jérôme Normand, conseiller de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville et président de la commission de l’aménagement. Les cartes interactives permettront aux municipalités d’agir en amont, et on sait aujourd’hui que pour chaque dollar investi en prévention, ce sont 7 dollars épargnés en indemnisations. Elles nous donneront également la possibilité de suivre en temps réel ce qui se passe en cas de crue, et de réagir plus rapidement et de manière concertée. »

Technologies de pointe

Pierre Dupuis fait partie des hydrologues embauchés par la CMM pour mener ce projet à bien. En un an, lui et son équipe sont parvenus à mettre au point le modèle pour les rivières des Prairies et des Mille Îles, et ils vont maintenant se pencher sur le lac des Deux-Montagnes.

« Les élus nous ont demandé de nous concentrer en priorité sur les zones ayant subi des inondations en 2017, explique-t-il. La première étape, c’est de recueillir toutes les données auxquelles nous avons accès, tant du point de vue de l’histoire des différentes crues et inondations que de l’état des cours d’eau et des bassins versants aujourd’hui ou de l’impact des changements climatiques. Nous avons donc travaillé avec les municipalités, les MRC, mais aussi les organismes de bassin versant ou encore Environnement Canada et Hydro-Québec. »

Afin de produire des cartes interactives les plus précises possible, la CMM utilise des technologies de pointe. Le territoire a notamment été passé au Lidar, technique de mesure à distance par faisceau lumineux, permettant de reproduire de façon très précise la réalité au sol.

« Ainsi, nous avons une idée au centimètre près de la hauteur de nos sols, explique Cédric Marceau. Si le niveau de l’eau s’élève dans une rivière, nous pouvons donc savoir vers où elle va s’écouler. Les modèles informatiques nous permettront de le calculer, en fonction de la hauteur de la rivière, de la vitesse de la montée des eaux, du débit, etc. »

Au cas par cas

À terme, la CMM mettra en ligne deux sites Web. Le premier permettra aux citoyens d’entrer leur adresse pour savoir comment l’eau va se comporter sur leur terrain dans les trois jours suivants. L’autre, à destination des décideurs, gouvernement, sécurité publique, municipalités, équipes de gestion de crise, mettra à jour les hauteurs d’eau toutes les quinze minutes, afin qu’ils puissent prendre des décisions éclairées.

« Et cela, grâce aux données que nous obtenons dans les quarante stations limnimétriques installées un peu partout sur nos cours d’eau, indique Pierre Dupuis. Grâce aussi aux conférences téléphoniques que nous avons régulièrement avec Environnement Canada, Hydro-Québec, les organismes de bassin versant, notamment ceux des Grands Lacs et de l’Outaouais. »

Toutes ces données compilées permettront ainsi de savoir que telle propriété aura un mètre d’eau dans son sous-sol, alors que sa voisine n’en aura peut-être que 52 centimètres.

« En cas de crise, ces outils vont nous aider à réagir rapidement et en faisant du cas par cas, affirme Jérôme Normand. Nous savons que nous aurons de plus en plus d’événements extrêmes à gérer dans les prochaines années. Grâce à la précision de la cartographie interactive, nous saurons quelles maisons seront touchées par les inondations et à quelle échéance. Cela nous permettra de communiquer avec les riverains et de mettre en place des mesures d’urgence là où il y aura des besoins. »