La CMM prend le taureau par les cornes !

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Inondations à l’île Mercier, en 2017. Une meilleure prise en compte de la vulnérabilité permettra d’aménager le territoire de manière plus durable et d’accroître sa résilience.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Inondations à l’île Mercier, en 2017. Une meilleure prise en compte de la vulnérabilité permettra d’aménager le territoire de manière plus durable et d’accroître sa résilience.

Ce texte fait partie du cahier spécial Inondations

Au printemps 2017, des crues historiques ont créé des débordements majeurs dans le Grand Montréal et ont révélé du même coup les retards que connaissait le Québec en matière de gestion des risques d’inondation. Pour pallier ces derniers et diminuer la vulnérabilité des populations, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) s’est dotée d’un solide plan d’action. Mais à quelles lacunes celui-ci répond-il au juste ?

« La démarche de la CMM apporte une réponse à plusieurs enjeux qui freinaient la protection du territoire de l’archipel et la résilience de ses communautés », exprime d’entrée de jeu Mme Isabelle Thomas, professeure titulaire à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal et spécialiste des questions de développement durable et de vulnérabilité urbaine.

La capacité à bien prévoir les risques d’inondations est l’un des enjeux auxquels fait référence Mme Thomas. Celui-ci est en bonne partie lié à l’état de la cartographie des zones inondables du territoire de la CMM.

« Les événements de 2017 ont révélé que les cartes d’inondations n’étaient pas à jour dans la plupart des régions de la province », indique-t-elle.

Il faut savoir qu’au Québec, la cartographie des zones inondables relève des municipalités régionales de comté (MRC) et des municipalités locales. Elle est encadrée par la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme.

Ce que cela signifie, c’est que les études hydrauliques menant à la détermination des cotes de crues nécessaires à la cartographie des zones inondables sont en général réalisées séparément pour chaque cours d’eau ou section de cours d’eau.

Comme il existe diverses méthodes pour établir les zones inondables et que les municipalités possèdent des moyens et des outils variables pour y parvenir, les données avec lesquelles elles travaillent diffèrent souvent d’une ville à l’autre, même si leur territoire est contigu et même si le Québec est doté depuis 2002 d’une politique nationale visant la gestion intégrée de l’eau par bassin versant.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Dans un contexte particulier comme celui de l’archipel de Montréal, dont le territoire compte 82 municipalités qui sont traversées par différents cours d’eau, ces disparités nuisent à la gestion des risques d’inondations.

C’est pourquoi la CMM, avec le soutien du gouvernement du Québec et la collaboration des municipalités de son territoire, a entrepris d’homogénéiser les outils et techniques utilisés pour déterminer les cotes de crues et de mettre à jour la cartographie des zones inondables sur l’ensemble des cours d’eau métropolitains. Cette dernière tiendra notamment compte des aléas d’inondations, des changements climatiques et de la gestion des barrages.

« C’est une avancée importante, car on ne peut absolument pas avoir une gestion cohérente, ni même une prévention, si on n’a pas accès à des données harmonisées sur l’ensemble du territoire », remarque Mme Thomas.

La prise en compte de la vulnérabilité

L’amélioration des connaissances locales de la vulnérabilité, c’est-à-dire la propension à être affecté négativement par les inondations, est un autre enjeu important auquel répond le plan d’action de la CMM. Celui-ci prévoit des analyses de vulnérabilité des milieux de vie et permettra notamment de mieux déterminer les bâtiments et les populations à risque.

« Par le passé, nous avons construit dans des zones inondables sans tenir compte de la vulnérabilité, relève Mme Thomas. Par endroits, on trouve des hôpitaux, des écoles ou des maisons de retraite dans des zones à risque et c’est un problème. Pour protéger les bâtiments et les personnes sur notre territoire, et surtout, ne pas créer plus de risque, il importe de bien connaître sa vulnérabilité. »

La spécialiste souligne qu’une meilleure prise en compte de la vulnérabilité permettra d’aménager le territoire de manière plus durable et d’accroître sa résilience.

« Ce qui est majeur, c’est la compréhension que le risque zéro n’existe pas. Nous avons des ouvrages, mais des événements malheureux peuvent toujours survenir. Bien prendre en compte la vulnérabilité, ça veut non seulement dire limiter le développement dans les zones inondables, mais également, privilégier des aménagements qui vont pouvoir vivre avec l’eau », précise-t-elle.

La communication du risque

Sur le plan de la communication, la CMM fait preuve d’innovation. Elle travaille par exemple à développer une interface qui permettra aux citoyens et aux différentes parties prenantes de visualiser sur un plan en trois dimensions la progression des inondations sur son territoire.

En ce moment, les citoyens peuvent accéder à certaines informations à propos de la crue des eaux en consultant le site Vigilance du ministère de la Sécurité publique du Québec. La convivialité de l’interface n’est toutefois pas optimale et celle-ci ne permet pas de suivre en temps réel les risques d’inondations.

« La CMM veut que les citoyens puissent accéder facilement à l’information et ça, c’est très positif, soutient Mme Thomas. Ça va leur permettre de mieux comprendre le risque auquel leur bâtiment et leur parcelle sont exposés, et donc de mieux se préparer et d’être plus résilients. »

L’accessibilité de ces données devrait également permettre d’améliorer la cohésion des interventions en matière de sécurité civile.

« J’espère que l’exemple de la CMM percolera dans les autres collectivités au Québec, confie Mme Thomas. Sa démarche est innovante, transparente et collaborative et si elle était reprise, elle pourrait apporter de la résilience à l’ensemble du Québec. »

Quelques mots des élus

« Après les inondations printanières de 2017, nous avons collectivement pris conscience de l’importance de l’aménagement du territoire et de la gestion des risques pour notre adaptation aux impacts des changements climatiques. En effet, les choix qui sont faits aujourd’hui dans ces domaines influenceront demain le bien-être et la sécurité de la population. En ce sens, le plan Archipel de la Communauté métropolitaine de Montréal constitue une démarche gagnante pour accroître la résilience des populations du Grand Montréal. Le gouvernement du Québec partage sa vision d’un archipel protégé, résilient et accessible à la population pour 2025. Bravo à la CMM pour la qualité des travaux qu’elle a entrepris, et bon succès ! »

Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques


 


Quelques mots des élus

« Le gouvernement du Québec soutient, dans le cadre du Plan d’action en matière de sécurité civile relatif aux inondations, les travaux de la Communauté métropolitaine de Montréal. L’harmonisation de la cartographie pour le Grand Montréal est à court terme un objectif important à atteindre afin d’assurer une plus grande résilience du secteur le plus urbanisé de la province. Le monitorage des niveaux d’eau en temps réel et la communication de cette information aux citoyens et aux élus amélioreront l’efficacité des interventions à diverses échelles. Les connaissances et l’expertise développées par la CMM permettront également de réfléchir à l’analyse du territoire en matière de risque et de vulnérabilité afin d’accroître la sécurité des personnes et des biens. »

Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation


Quelques mots des élus

« Le plan Archipel – Inondations de la Communauté métropolitaine de Montréal vise à améliorer la protection et la résilience des municipalités de notre région qui sont confrontées aux inondations. L’échelle métropolitaine est la meilleure pour prendre en compte la complexité de l’archipel du Grand Montréal. Une vision d’ensemble est nécessaire afin de respecter la dynamique de nos cours d’eau, notamment dans un contexte de changements climatiques. Cette vision doit reposer sur des outils robustes et innovants, appliqués à l’échelle du Grand Montréal. »

Valérie Plante, mairesse de la Ville de Montréal et présidente de la CMM