Des événements climatiques de plus en plus importants

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’armée avait été appelée en renfort dans certaines villes, dont à Pierrefonds, lors des inondations de 2017.
Photo: Annik MH?de Carufel Le Devoir L’armée avait été appelée en renfort dans certaines villes, dont à Pierrefonds, lors des inondations de 2017.

Ce texte fait partie du cahier spécial Inondations

La température annuelle moyenne au pays a déjà augmenté de 1,7 °C depuis 1948, et les récentes prévisions d’Environnement Canada tablent sur une autre élévation du mercure — entre 1,8 et 6,3 °C — d’ici la fin du siècle. Bâtie sur un archipel, la grande région de Montréal doit ainsi s’attendre à vivre de plus en plus d’épisodes météorologiques extrêmes pouvant mener à des catastrophes telles que les inondations qu’elle a connues au printemps 2017.

Précipitations et vents violents, chaleur extrême, pics de froid, l’augmentation de la température, telle que l’envisage aujourd’hui la communauté scientifique, aura de répercussions sur l’environnement dans lequel vit la population du Grand Montréal. La biodiversité s’en trouvera changée avec l’arrivée notamment de nouvelles espèces envahissantes. Il y aura plus de canicules en été. Elles seront plus longues et plus violentes, et entraîneront la multiplication des îlots de chaleur. Davantage de grosses pluies, mais aussi davantage de tempêtes l’hiver, pouvant laisser plus de centimètres de neige au sol.

« Et tout cela de manière complètement imprévisible, ajoute Pascale Biron, professeure au Département de géographie de l’Université Concordia. Le climat sera plus instable. Il sera plus difficile de le lire. Regardons ce qui s’est passé cet hiver avec des journées de pluie au-dessus de 0 °C et le lendemain, –25 °C. La pluie qui glace, de la neige par-dessus… tout un melting-pot de précipitations auxquelles les municipalités auront à faire face. »

Vision cohérente

Des prévisions d’autant plus préoccupantes à Montréal et dans sa région métropolitaine, que l’agglomération s’est construite sur un archipel avec de l’eau à perte de vue, et des lacs et des rivières qui ne demandent qu’à déborder.

« Il y a les crues de printemps auxquelles il faut faire attention, explique Émilie Charbonneau, ingénieure en environnement, rattachée au Bureau de projet de gestion des risques d’inondation (BPGRI) à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). La fonte des neiges et de la glace couplée à de fortes précipitations peut faire en sorte que les cours d’eau sortent de leur lit. Mais il y a aussi des événements plus spontanés qui peuvent survenir en plein été. Une grosse, grosse pluie peut très bien entraîner une crue subite. »

Or, ce n’est pas parce que ces événements sont imprévisibles que les municipalités n’ont pas le devoir de s’y préparer et de trouver les moyens de limiter leur impact. Dans le dossier des inondations pourtant, nombre d’entre elles ne se sentaient jusque-là pas complètement maîtresses de leur destin tant elles étaient dépendantes des décisions prises par les villes voisines.

« Un cours d’eau ne connaît pas les frontières administratives des villes et des MRC, souligne Mme Charbonneau. Sur notre territoire coulent de très gros cours d’eau : le Saint-Laurent, les rivières Richelieu, des Mille Îles et des Prairies, le lac des Deux-Montagnes. Et puis une multitude de moyens et de plus petits. Nous avons près d’une trentaine de petits, moyens et grands bassins versants sur le territoire, dont les plus importants sont celui de l’Outaouais et celui des Grands Lacs. Sans vision cohérente, il est difficile d’avoir un véritable impact. »

Harmonisation des outils

C’est la raison pour laquelle le dossier est tombé dans les mains de la CMM. À la suite des inondations du printemps 2017, alors que des centaines de résidents sont obligés d’abandonner leurs propriétés, le gouvernement provincial mandate l’organisme afin qu’il procède à une mise à jour et une harmonisation de la cartographie des zones inondables sur son territoire et qu’il formule des recommandations en matière d’aménagement du territoire dans une perspective d’adaptation aux changements climatiques et de révision du cadre réglementaire en lien avec les plaines inondables.

« C’est rassurant de voir que la CMM a pris les choses en main et qu’elle le fait de manière scientifique, note Pascale Biron. Tout le monde sur la planète est à risque, mais il y a encore un fort déni, notamment en Amérique du Nord. On n’en fait pas assez. Ici, les inondations de 2017 ont entraîné un réveil. Ce qui est intéressant, c’est que la CMM devrait avoir la distance nécessaire pour prendre les bonnes décisions et faire les bonnes recommandations. Elle ne dépend en effet pas des taxes foncières. »

À terme, l’objectif est de mieux préparer les municipalités et les citoyens aux risques afin qu’ils prennent les meilleures décisions, en toute connaissance de cause.

« Il s’agit de modéliser ce à quoi pourrait ressembler une crue à l’avenir, compte tenu des faits historiques, de l’état actuel des choses et des prévisions en terme de changements climatiques, conclut Émilie Charbonneau. Et donner des solutions à ceux qui se situent en zone inondable. Il ne s’agit plus de vouloir maîtriser l’aléa, mais plutôt d’apprendre à vivre avec. »