Optimiser le réseau de transport avant de l’élargir

«On a beaucoup de travail à faire, parce que le réseau de transport en commun est arrivé à saturation», souligne Anjali Awasthi.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «On a beaucoup de travail à faire, parce que le réseau de transport en commun est arrivé à saturation», souligne Anjali Awasthi.

La solution aux problèmes de congestion routière et d’engorgement du réseau de transport en commun montréalais ne consiste pas simplement à ajouter des voies ou des wagons, souligne la professeure de l’Université Concordia Anjali Awasthi. Pour permettre le déplacement plus fluide des biens et des personnes, il faut d’abord optimiser le système en place, juge-t-elle.

Lorsqu’elle est arrivée de France il y a environ dix ans pour accepter un poste à l’Université Concordia, Mme Awasthi s’est donné la mission de s’inspirer de ses travaux menés sur le terrain en Europe pour implanter les meilleures pratiques de ce côté-ci de l’Atlantique. Cette spécialiste des systèmes de transport intelligents considère aujourd’hui que Montréal se trouve dans une situation plus enviable que bien des gens peuvent le croire.

« Je vois que l’utilisation des transports publics se porte bien, mais ça implique qu’on a beaucoup de travail à faire, parce que le réseau de transport en commun est arrivé à saturation », affirme-t-elle.

« Notre système fonctionne bien, répète-t-elle. On a déjà des véhicules en place, on a déjà des réseaux qui existent. Si on essaie d’améliorer le service, je pense qu’encore plus de gens vont vouloir utiliser le transport en commun. »

Mme Awasthi évite de se prononcer directement sur des projets précis, comme la ligne rose de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, mais son avis est clair sur l’expansion du métro de Montréal. « Il ne faut pas seulement créer des lignes, il faut créer des lignes où il y a de la demande. Parfois, il y a des lignes en place, mais les véhicules sont vides, donc ce n’est pas une bonne utilisation », dit-elle.

Un meilleur arrimage

Alors, que faire pour améliorer la circulation dans la ville ? La solution immédiate, soutient-elle, consiste à effectuer un « meilleur arrimage des services de transport ». « On ne peut pas envisager de faire un voyage de 50 kilomètres avec un seul moyen de transport, illustre-t-elle. C’est un mélange de solutions qu’on doit envisager pour améliorer la circulation dans la ville. Il n’y a pas de solution unique. »

À son avis, il faut donc mieux comprendre les habitudes des usagers, déterminer le rôle que peuvent jouer les différents types de transports publics et privés, et ouvrir la porte à des systèmes nouveaux, comme l’intégration de véhicules autonomes pour effectuer certains trajets courts.

« Si on peut les intégrer de la bonne façon au système, ils peuvent être très utiles », dit-elle au sujet de ces véhicules qui sont développés à grande vitesse à travers le monde et qui commencent à apparaître au Québec, notamment avec le projet-pilote de navette autonome lancé l’automne dernier à Candiac, sur la Rive-Sud de Montréal.

Mme Awasthi imagine par exemple un résident de la région de Montréal se rendant au centre-ville en créant son propre « cocktail » de transports, lequel peut combiner la marche, le vélo, l’autobus, le métro et la voiture, autonome ou non.

Nombreux projets

Anjali Awasthi n’est pas qu’une observatrice. Dans le cadre de ses recherches, elle s’appuie sur de la modélisation, des simulations et de l’analyse de données pour trouver des solutions susceptibles de désengorger la métropole.

Depuis plusieurs années, elle collabore par exemple avec Communauto pour déterminer les endroits optimaux où doivent se trouver les véhicules d’autopartage, pour cibler les zones connaissant une forte croissance ou encore pour analyser les impacts possibles du remplacement de la flotte par des véhicules électriques.

Elle travaille également avec la Ville de Montréal sur des systèmes de feux de circulation intelligents permettant d’accroître la fluidité de la circulation et mènera sous peu une étude avec le Port de Montréal dans le but d’implanter un corridor de chargement intelligent.

« Nous avons testé quelques scénarios et nous en sommes arrivés à la conclusion que l’utilisation de technologies est la meilleure solution, explique-t-elle. Dans le cadre de l’étude, nous allons analyser comment coordonner les feux de circulation pour réduire le temps d’attente des camions. […] Si tout va bien, on va lancer le projet dans les mois à venir. »

Meilleure collaboration

Tous ces projets pourraient régler certains problèmes, mais Mme Awasthi croit que les avancées significatives surviendront lorsque tous les acteurs concernés par les enjeux de transport et de mobilité à Montréal parviendront à s’asseoir à une même table, les universitaires compris.

« Je souhaite lancer la collaboration, dit-elle. J’ai vu dans mes recherches précédentes en Europe que c’est possible. On présente les défis et on discute des solutions à envisager. »

« Il est très important que les chercheurs soient impliqués dans ces discussions », ce qui n’est pas toujours le cas, note-t-elle. La chercheuse demeure discrète sur les idées qu’elle souhaiterait mettre en avant, mais elle assure être bien placée pour faire oeuvre utile.

Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia.