Réjean Ducharme au coeur d’un litige

«Pâturage», Trophoux signé Roch Plante, collection Forget-Georgesco, Lanctôt éditeur. Cette œuvre ne fait pas partie du litige qui oppose actuellement Charles Forget et Stefan Georgesco, un duo d’amis de l’écrivain québécois, à sa liquidatrice, Monique Jean.
Photo: Roch Plante «Pâturage», Trophoux signé Roch Plante, collection Forget-Georgesco, Lanctôt éditeur. Cette œuvre ne fait pas partie du litige qui oppose actuellement Charles Forget et Stefan Georgesco, un duo d’amis de l’écrivain québécois, à sa liquidatrice, Monique Jean.

Les Trophoux — d’amusants assemblages conçus avec des débris — de l’écrivain de l’ombre Réjean Ducharme se retrouvent au coeur d’un litige concernant sa succession qui oppose Charles Forget et Stefan Georgesco, un duo d’amis du défunt, à sa liquidatrice Monique Jean.

« Mme Jean refuse de respecter les dernières volontés du défunt en remettant ses oeuvres à leurs deux héritiers », explique Me Éric Pigeon, qui représente MM. Forget et Georgesco.

Les deux collectionneurs ont déposé jeudi une poursuite civile au palais de justice de Montréal. « Ils ne réclament pas d’argent, ils veulent seulement que les volontés de M. Ducharme soient respectées et que les Trophoux leur soient remis pour perpétuer son oeuvre », a insisté leur avocat, Me Éric Pigeon. Selon le document, il y en aurait sept.

Dans son testament, l’écrivain fantôme connu notamment pour son roman L’avalée des avalés a légué ses droits d’auteurs au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), ses journaux, calepins et manuscrits aux Archives nationales du Canada, puis ses oeuvres plastiques, qu’il signait du pseudonyme Roch Plante, à ses deux amis, selon un extrait reproduit dans la requête. Le reste des biens était entre autres destiné à Mme Jean, une voisine et amie de longue date de M. Ducharme.

Les mots de M. Ducharme sont clairs, il a écrit qu’il leur léguait les tableaux signés Roch Plante

Stefan Georgesco et Charles Forget sont le duo de collectionneurs qui possède plus d’une soixantaine d’assemblages reproduits dans le livre Trophoux du mythique écrivain. Cet ouvrage, publié en 2004 aux éditions Lanctôt, exposait les assemblages et sculptures collages de l’artiste qui avait une fascination « pour les rebuts de notre société de consommation » qu’il appelait des Trophoux, provenant des termes « trophée » et « fou ».

Signature

Dans les mois suivant le décès du monument de la littérature québécoise, Mme Jean a communiqué avec les deux hommes pour leur confirmer qu’ils étaient les héritiers des Trophoux.

« Les oeuvres d’art de la série Trophoux retrouvées au domicile du défunt après son décès sont du même style distinct que celles de la série Trophoux correspondant aux oeuvres créées sous le pseudonyme de Roch Plante de la Collection Forget-Georgesco », avancent les poursuivants.

Toutefois, Mme Jean aurait modifié le nombre d’oeuvres qui leur est destiné. « La liste des Trophoux passe de trois à zéro, puis à sept », déplorent les deux collectionneurs dans leur requête.

Lors d’une des dernières communications entre le duo et la liquidatrice, celle-ci leur aurait précisé que seulement trois des sept Trophoux [Ivresses pénitentes, Accumulation totale et Sur une g?osse] pouvaient leur être remis. C’est que les quatre autres ne sont ni titrés ni datés et ne portent pas la signature graphique « RPlante » de l’artiste.

« Les mots de M. Ducharme sont clairs, il a écrit qu’il leur léguait les tableaux signés Roch Plante. Mme Jean a choisi d’appliquer à la lettre son testament parce qu’elle estime que les mots choisis par M. Ducharme ne sont pas anodins », soutient l’avocate de la liquidatrice, Me Sophie Préfontaine. « Si M. Ducharme a choisi de dire que c’étaient les oeuvres signées Roch Plante, les oeuvres non signées ne font pas partie du legs », ajoute Me Préfontaine.

Les deux collectionneurs s’expliquent mal l’interprétation restrictive de Mme Plante. Selon eux, M. Ducharme a voulu se référer à la signature visuelle des tableaux « Roch Plante » et non à une signature graphique. « Si M. Ducharme avait voulu au sens propre ou graphique faire référence à sa signature, il aurait écrit ; je lègue mes tableaux “RPlante” », font-ils valoir.

MM. Forget et Georgesco soupçonnent Mme Jean de ne pas vouloir reconnaître les Trophoux non signés comme des legs afin qu’ils reviennent aux légataires universels résiduaires, dont elle fait partie. « Mme Jean […] tente par tous les moyens de ne pas remettre la totalité des legs particuliers que feu Réjean Ducharme voulait remettre [à ses deux amis] », disent-ils.

Les deux hommes s’inquiètent également d’une « vente » de certaines oeuvres de M. Ducharme au Musée de la civilisation de Québec (MCQ). « On est en processus de donation, mais il faut comprendre que ce n’est pas un achat », indique Agnès Dufour, responsable des relations de presse du MCQ. « Il n’y a pas de Trophoux qui figure dans cette donation-là », a assuré Mme Dufour.

Bien qu’ils ne s’entendent pas sur le fond du dossier, les deux parties ont confié regretter que le litige sorte sur la place publique, sachant la discrétion dans laquelle a vécu toute sa vie M. Ducharme.

2 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 29 mars 2019 11 h 49

    N'importe quoi

    Si cela ressemble à la photo, je n'en voudrais pas pour emballer mes oordures.

  • gaston bergeron - Abonné 29 mars 2019 16 h 20

    Qu'ils me contactent

    Je peux leur en bricoler dix par jour à très bon prix.