Un «ange gardien de Snowden» appelle Ottawa à accueillir ses proches

Vanessa Rodel et sa fille Keana sont arrivées mardi à Montréal, où elles s’établiront après avoir obtenu le statut de réfugiées, un statut qu’elles aimeraient bien voir accordé aux autres «anges gardiens» restés derrière, à Hong Kong.
Photo: Martin Ouellet-Diotte Agence France-Presse Vanessa Rodel et sa fille Keana sont arrivées mardi à Montréal, où elles s’établiront après avoir obtenu le statut de réfugiées, un statut qu’elles aimeraient bien voir accordé aux autres «anges gardiens» restés derrière, à Hong Kong.

« Reconnaissante. » C’est le mot qu’a prononcé le plus souvent en conférence de presse Vanessa Rodel, fraîchement arrivée, mardi, à Montréal, où elle va s’établir avec sa fille de sept ans, Keana. Elle fait partie de ce groupe de personnes appelées « anges gardiens d’Edward Snowden », dont le destin a basculé après qu’elles ont caché l’Américain lors de sa cavale.

Les deux réfugiées sont arrivées mardi en milieu d’après-midi à l’aéroport de Montréal après un long voyage et une escale la veille à Toronto. C’est dans la métropole québécoise qu’elles comptent refaire leur vie, avec l’aide d’une ONG montréalaise, Pour les réfugiés. Cette association — qui aide les migrants pauvres de Hong Kong ayant aidé l’ancien consultant de l’agence de surveillance américaine à échapper aux autorités en le cachant dans leurs petits appartements — a parrainé sa demande d’asile et la soutiendra financièrement pendant la première année.

Si elle dit avoir très hâte de commencer ici sa nouvelle vie, elle ne peut oublier ceux qui sont restés derrière. Plus tôt dans la journée, Vanessa Rodel a appelé Ottawa à accueillir d’autres « anges gardiens » restés à Hong Kong. Parmi ces cinq personnes, menacées de renvoi vers le Sri Lanka, figurent notamment le père, le demi-frère et la demi-soeur de la petite Keana.

« J’espère qu’ils vont pouvoir grandir ensemble ici, au Canada », a-t-elle déclaré, en anglais, devant les journalistes. « C’est vraiment désagréable que la famille soit séparée. »

La mère a déjà indiqué que ses priorités sont d’apprendre le français, de trouver un endroit où habiter et une école pour sa fille, ainsi que du travail. « Je suis libre. Je suis en sécurité », a-t-elle répété en conférence de presse à Montréal. « Je suis très reconnaissante envers mes avocats, qui ne m’ont jamais laissée tomber et qui ont fait en sorte que j’arrive ici au Canada. »

Je suis très reconnaissante envers mes avocats, qui ne m’ont jamais laissée tomber et qui ont fait en sorte que j’arrive ici au Canada

La femme est arrivée au pays comme résidente permanente, a précisé l’un de ses avocats en sol canadien, Marc-André Séguin, aussi président du groupe Pour les réfugiés. Pour la première fois en dix ans, elle va avoir le droit d’avoir des soins de santé et de travailler, a-t-il précisé. Ceux qui sont restés derrière sont très vulnérables, soutient Me Séguin. Ils n’ont pas le droit de travailler et se sont fait couper toute aide par l’État.

« Deux personnes sont en sécurité au Canada, cinq ne le sont pas », a pour sa part souligné Me Séguin.

La rencontre

Un jour de 2013, un inconnu frappe à la porte de Vanessa Rodel pour lui demander de l’héberger : c’est Edward Snowden. L’ancien sous-traitant de la NSA est en fuite après avoir dénoncé l’existence d’un système de surveillance mondiale des communications et d’Internet. Il est accusé de haute trahison par les États-Unis.

Son avocat canadien installé à Hong Kong, Robert Tibbo, avait pensé que personne n’aurait l’idée d’aller chercher le fugitif dans l’appartement d’une réfugiée philippine — qu’il défendait également —, selon la presse.

« Je ne le connaissais pas », a raconté mardi Mme Rodel. « Le lendemain, il m’a demandé d’acheter un journal. J’ai vu une photo de lui en première page, j’ai compris qu’il était l’homme le plus recherché du monde. »

Après la sortie en 2016 du film d’Oliver Stone sur Snowden, qui a révélé au grand jour le rôle de ces réfugiés, Vanessa Rodel a été arrêtée et interrogée par les autorités de Hong Kong. Ses aides sociales ont été supprimées. L’association d’assistance aux réfugiés l’a aidée financièrement et a soutenu sa demande d’asile au Canada, finalement acceptée au titre de parrainage privé.

Les demandes déposées auprès des autorités canadiennes pour les cinq autres réfugiés n’ont pas encore abouti. Les avocats de l’ONG plaident pour une intervention du gouvernement de Justin Trudeau afin d’accélérer le processus.

Mais le premier ministre canadien a expliqué qu’il ne pouvait pas intervenir, invoquant l’indépendance de la justice.

« On demande à M. Trudeau […] de se rappeler qu’en fait, la loi au Canada permet des mesures discrétionnaires dans des circonstances exceptionnelles et qu’il a un pouvoir d’intervention pour offrir une protection aux gens les plus vulnérables », a relevé M. Séguin.

Dans un entretien diffusé lundi par Radio-Canada, Edward Snowden a exprimé sa gratitude envers le Canada, plaidant lui aussi pour que ce pays puisse accueillir les cinq autres personnes l’ayant aidé dans sa cavale, en plus de Mme Rodel et de sa fille.

« Je ne peux pas décrire les émotions que je ressens, de voir qu’elles auront un avenir, qu’elles pourront vivre en sécurité au Canada. Je suis si reconnaissant », a commenté celui qui vit en exil en Russie.


Avec l'Agence France-Presse