La cigarette électronique, le nouveau visage du tabagisme

Le médecin en chef des États-Unis cible particulièrement le modèle de la compagnie JUUL, dont la forme reproduit celle d’une clef USB et dont l’offre variée de saveurs résonne favorablement dans les univers enfantins et adolescents.
Photo: Steven Senne Associated Press Le médecin en chef des États-Unis cible particulièrement le modèle de la compagnie JUUL, dont la forme reproduit celle d’une clef USB et dont l’offre variée de saveurs résonne favorablement dans les univers enfantins et adolescents.

Dans une rare sortie publique, le médecin en chef des États-Unis, Jerome M. Adams, a appelé mardi à une mobilisation massive du monde de la santé, de l’éducation, de la politique, mais aussi des parents afin d’enrayer la « progression épidémique » de la cigarette électronique au sein de la jeunesse américaine. C’est une question de santé collective, plaide-t-il, face à des produits toujours plus attrayants qui masquent habilement derrière une variété de formes et de saveurs leur dangerosité.

La déclaration a été écoutée avec envie par l’Association pulmonaire du Québec, qui estime qu’ici aussi le temps est venu de prendre des mesures similaires pour s’attaquer à un problème qui n’a pas de frontières.

« C’est une question que nous allons aborder avec le nouveau gouvernement, a dit Dominique Massie, directrice générale de l’organisation, en entrevue au Devoir. Peu importent les lois actuelles, ces produits sont trop faciles d’accès chez les jeunes. Il faut protéger les générations montantes, parce que pour le moment, nous allons tout droit vers un mur », dit-elle en appelant à un cadre légal plus sévère.

Progression « spectaculaire »

Autre pays, même préoccupation, même tonalité : « Nous avons besoin de protéger nos enfants des produits du tabac, y compris les cigarettes électroniques, de toutes tailles et de toutes formes, a dit M. Adams par voie de communiqué. Tout le monde peut jouer un rôle important afin d’éloigner la jeunesse de notre pays de ce risque », pour lequel il invite à appliquer aujourd’hui les mêmes stratégies que celles déployées pour la réduction du tabagisme.

Le médecin en chef s’inquiète de la progression « spectaculaire » de ce type de produits, poussés dans les mains des jeunes par un marché qui ne lésine pas sur la publicité pour s’approcher de ces consommateurs.

L’an dernier, l’usage de la cigarette électronique a progressé de 78 % chez les élèves de niveau collégial. En 2018, 3,6 millions de jeunes Américains, dont 1 élève sur 5 qui fréquente le collège et 1 sur 20 du niveau secondaire, étaient adeptes de cigarettes électroniques.

Dans son appel à la prévention, M. Adam cible particulièrement le modèle de la compagnie JUUL, dont la forme reproduit celle d’une clef USB et dont l’offre variée de saveurs résonne favorablement dans les univers enfantins et adolescents (mangue, concombre, crème brûlée, fruits, menthe…) et a assuré une adoption importante de cette marque, la plus populaire sur ce marché.

Le produit est vendu au Canada, mais dans un cadre réglementaire plus serré qui empêche la compagnie d’appliquer le même genre de campagnes publicitaires vigoureuses en ligne pour s’imposer chez les jeunes.

Or, même s’ils ne contiennent pas de tabac, ces substituts à la cigarette ne sont pas sans danger puisqu’ils exposent le cerveau des jeunes consommateurs à de la nicotine, fait remarquer le médecin en chef des États-Unis, une substance qui nuit à son développement avant 25 ans et qui a des impacts sur les capacités d’apprentissage, de mémoire et d’attention, fait-il remarquer dans son avis médical dévoilé mardi.

Priorité sanitaire

L’inhalation des liquides vendus pour ces cigarettes électroniques expose également à d’autres substances délétères, précise-t-il, dont des métaux lourds, des composés organiques volatils et des particules ultrafines qui atteignent les couches profondes des poumons.

« La cigarette reste la principale cause de décès que l’on peut éviter aux États-Unis, et offrir aux adultes qui veulent arrêter de fumer un substitut efficace doit rester une priorité sanitaire », a rappelé Alex Azar, secrétaire du département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis, en précisant : « Nous ne pouvons pas laisser ce substitut, la cigarette électronique, devenir une porte d’entrée de la nicotine chez les jeunes. »

Sous la pression, la compagnie JUUL a annoncé en novembre dernier qu’elle retirait « plusieurs saveurs jugées problématiques » des rayons des épiceries et dépanneurs aux États-Unis. Ces saveurs sont toujours vendues au Canada.

Cette décision a incité les dépanneurs Couche-Tard au Canada à faire preuve de prudence quant à ce marché, a avoué son président et chef de la direction, Brian Hannasch, en novembre dernier. L’entreprise dit chercher des solutions actuellement pour vendre ces substituts au tabac sans faire partie du problème, et ce, en réduisant leur attrait chez les jeunes.