Le SPVM visé par une action collective pour profilage racial

Le SPVM a présenté son Plan stratégique pour lutter contre le profilage racial. Dans la salle du conseil, au premier plan, les représentants du SPVM; en arrière-plan, les représentants de la Ligue des Noirs du Québec.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le SPVM a présenté son Plan stratégique pour lutter contre le profilage racial. Dans la salle du conseil, au premier plan, les représentants du SPVM; en arrière-plan, les représentants de la Ligue des Noirs du Québec.

Alors que le SPVM présente son nouveau plan d’action pour lutter contre le profilage racial, la Ligue des Noirs du Québec annonce qu’elle s’apprête à déposer une demande en action collective contre le service de police au nom de 500 personnes racisées qui soutiennent avoir été victimes de profilage racial.

La requête, qui sera déposée « dans les prochains jours », dénonce le profilage racial exercé par le Service de police de la Ville de Montréal dans le cas d’Alexandre Lamontagne, un homme d’origine haïtienne qui prétend avoir été arrêté sans raison, de même que « toute personne physique de type non caucasien » ayant subi du profilage racial dans les trois dernières années.

L’avocat au dossier, Me Jacky-Éric Salvant, évalue qu’environ 500 personnes pourraient se prévaloir de cette action collective. « Mais il est fort possible qu’il y en ait plus », affirme-t-il. Il réclame 8000 $ par personne, pour un montant total de 4 millions de dollars.

« L’idée, c’est de dire : c’est assez, le profilage racial, c’est tolérance zéro », a soutenu Gabriel Bazin, vice-président de la Ligue des Noirs du Québec, à l’origine de la démarche.

« Ça fait des années qu’on le dénonce, des années qu’on sensibilise les élus de la Ville, et il n’y a rien de concret qui se fait, a ajouté l’avocat Jacky-Éric Salvant. Il y a de beaux discours, plein de beaux programmes, mais dans le concret, les policiers qui le font sont pratiquement impunis. Alors, à un moment donné, c’est assez. »

Les deux hommes étaient à la présentation du nouveau plan de lutte contre le profilage racial du SPVM, présenté devant la Commission de la sécurité publique à l’hôtel de ville de Montréal mardi. Comme plusieurs autres organismes, ils se sont montrés particulièrement déçus de ce qu’ils ont entendu. « Il y a eu des actions contre le profilage depuis 2003 au SPVM et ça n’a rien donné. Pour moi, c’est le temps de faire un constat d’échec », a lancé M. Bazin au terme de l’exercice.

« Comme beaucoup de mes collègues ici, on trouve que c’est très théorique, comme plan. Je suis rentré ici avec un optimisme très élevé, mais ce n’est pas sérieux, ce qui a été présenté ici aujourd’hui », a dénoncé à son tour Balarama Holness, du groupe Montréal en action.

Soutenir et encadrer les policiers

Le SPVM s’engage à mettre en oeuvre dix actions d’ici 2021 dans le cadre de son nouveau « plan stratégique pour soutenir le personnel du SPVM en matière de prévention du profilage racial et social ».

On parle notamment de formation pour les policiers et d’outils opérationnels pour « mieux guider les policiers dans leurs interventions ». Le SPVM veut « consolider les liens de confiance » avec les organismes et les citoyens sur le terrain et multiplier les activités de communication pour faire connaître le travail des policiers.

« Le plan du SPVM propose des moyens concrets pour prévenir et gérer les cas de profilage, a expliqué l’inspecteure-chef Josée Blais. Il vise notamment à prévenir les comportements de profilage racial et social et à offrir des mécanismes pour recadrer les policiers qui ont des comportements inacceptables. »

Pour la première fois, le SPVM va fournir des données brutes à une équipe de trois chercheurs indépendants qui seront en mesure de leur donner un portrait clair de la situation et de leur fournir des recommandations. Plusieurs groupes ont demandé la diffusion des données brutes à l’ensemble de la population, ce qui n’est pas prévu dans le plan actuel.

Questionné sur l’ampleur de la situation du profilage à Montréal, le directeur désigné du SPVM, Sylvain Caron, a reconnu qu’il n’avait pas la réponse. « Par contre, ce que je peux vous dire, c’est que, entre une perception ou un événement relié à un profilage racial et assurer la sécurité des citoyens de Montréal, la ligne est très mince. On va donc attendre de voir le travail des chercheurs qui nous sera communiqué en 2019 et on pourra à ce moment-là mesurer l’ampleur de la situation. »

De son côté, le président de la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal, Alex Norris, s’est montré « satisfait » de ce plan qu’il qualifie de « novateur », même s’il a commencé l’exercice public en demandant aux policiers une meilleure collaboration dans le futur, estimant que les documents fournis aux élus ne leur avaient pas permis de bien préparer leurs questions. « C’est le plan le plus ambitieux pour prévenir et combattre le profilage racial et social que la Ville de Montréal et le SPVM aient jamais connu », a-t-il répondu aux journalistes à la fin des travaux.

Le SPVM n’a pas souhaité commenter l’action collective, puisque ça va se retrouver devant les tribunaux.