Hausse des crimes haineux partout au pays

Une croix gammée avait été peinte par des vandales sur une synagogue d’Ottawa en novembre 2016. Le nombre d’incidents ciblant les juifs, tout comme les musulmans et les Noirs, est à la hausse au Canada.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Une croix gammée avait été peinte par des vandales sur une synagogue d’Ottawa en novembre 2016. Le nombre d’incidents ciblant les juifs, tout comme les musulmans et les Noirs, est à la hausse au Canada.

Il y a de la haine dans l’air et les instruments de Statistique Canada viennent une nouvelle fois d’en prendre la mesure : le nombre de crimes haineux a atteint un sommet en 2017 au pays, indiquent les plus récentes données fédérales dévoilées jeudi.

Ces crimes ont fait un bon surtout au Québec et en Ontario avec des croissances respectives de 50 % et 67 %, constatent par ailleurs les gardiens fédéraux du chiffre. Les « affaires ciblant les musulmans, les juifs et les Noirs » alimentent la tendance partout au pays.

« Ces chiffres ne sont pas étonnants, laisse tomber au téléphone Samira Laouni, présidente de l’organisme Communication pour l’ouverture et le rapprochement interculturel (COR).

«Depuis plusieurs années, nous sentons la tension sur le terrain, tension qui s’est renforcée depuis la reprise du débat sur les signes religieux lors de la campagne électorale. Cette croissance témoigne également de nos campagnes de sensibilisation sur l’importance de rapporter ces crimes à la police. Oui, ils sont toujours sous-évalués. Mais ils commencent à l’être moins. »

Avec 2073 crimes haineux déclarés à la police, l’année 2017 est la plus chargée en la matière, et ce, depuis 2009, constate Statistique Canada. Il s’agit d’une croissance de 47 % par rapport à l’année précédente.

Le Québec contribue fortement à la tendance avec un nombre de crimes qui y est passé de 183 en 2013 à 489 l’an dernier, soit une croissance de 165 % en quatre ans. En 2016, 327 cas ont été rapportés à la police. Dans la province, le nombre de crimes contre les musulmans a triplé en un an.

L’Ontario donne corps également à cette tendance avec 1023 crimes haineux déclarés l’an dernier, contre 600 en 2013. La haine à l’égard des musulmans y a connu une croissance spectaculaire (+207 %), tout comme celle contre les Noirs (+84 %) et les juifs (+41 %).

À l’échelle du pays, les crimes haineux sans violence, comme les graffitis, les incitations publiques à la haine sont les plus importants, avec une croissance de 64 %. Les menaces et les invectives contre les minorités, dans l’espace public ou privé, sont également en hausse de 63 %.

« C’est une ambiance. C’est une tendance mondiale qui est effrayante : la haine augmente partout, résume Haroun Bouazzi, cofondateur de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec (AMAL-Québec), joint par Le Devoir. Ces chiffres sont la conséquence d’une légitimation de la peur de l’autre qui passe entre autres par le discours de certains politiciens. Plusieurs ne cessent de nous dire que l’autre, que le migrant, que le musulman, le minoritaire, le Noir, le réfugié est un danger. Cela finit par agir sur les éléments les plus excités de la société. »

M. Bouazzi montre également du doigt des « médias qui pensent que c’est très payant de jouer avec la peur des gens pour maximiser le nombre de clics », dit-il pour expliquer cette augmentation des signes extérieurs de l’intolérance.

Même les crimes haineux visant la religion sont en hausse de 80 % en un an — contre 43 % pour les crimes ciblant la race ou l’origine ethnique —, Statistique Canada précise que ce genre de délits ne représente finalement qu’une part très faible des crimes commis au pays, soit 0,1 % des 1,9 million déclarés par les services de police, autres que les délits routiers, en 2017.