Les parents du petit Blessing poursuivent la CSDM et la Ville

Un an après la mort de son fils Blessing, Evelyne Mavoungou-Tsonga reste inconsolable.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un an après la mort de son fils Blessing, Evelyne Mavoungou-Tsonga reste inconsolable.

Le manque de surveillance qui a coûté la vie à leur fils n’est peut-être pas criminel, mais il dénote une grave négligence, estiment les parents de l’adolescent décédé après avoir passé près de 40 minutes sous l’eau dans la piscine de son école. La famille a confirmé mercredi qu’elle poursuivra la Ville de Montréal et la Commission scolaire de Montréal (CSDM) pour un peu plus d’un million de dollars en responsabilité civile.

« Je veux que les responsables soient poursuivis. Ça ne va pas ramener mon fils, mais j’aimerais que justice soit vraiment faite », a murmuré Evelyne Mavoungou-Tsonga, la maman de Blessing Claudevy Moukoko, en essuyant les larmes qui coulaient sur ses joues.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a confirmé mardi qu’aucune accusation criminelle ne sera portée dans ce dossier.

« Il n’y a pas eu d’intention criminelle, on n’a peut-être pas fait exprès, mais il y a quand même eu une grossière négligence pour laquelle on peut obtenir réparation », a expliqué Me Jean-Pierre Ménard, qui accompagnera la famille Moukoko dans sa poursuite civile. Celle-ci devrait être déposée d’ici deux semaines.

La mère de famille, qui portait un tee-shirt à l’effigie de son fils, peine à croire qu’il a perdu la vie à la suite d’une accumulation de lacunes de la part des personnes qu’elle croyait responsables de sa surveillance et de sa sécurité. « C’est un cauchemar. Je ne peux cesser de penser à lui, chaque jour, chaque heure, chaque nuit », a-t-elle confié.

Ça ne va pas ramener mon fils, mais j’aimerais que justice soit vraiment faite

 

Mardi, le coroner Louis Normandin a révélé que la surveillance du groupe de 19 élèves dont faisait partie Blessing Claudevy Moukoko n’avait pas été assurée de façon adéquate et infaillible.

Ce qui tracasse le plus la mère de Blessing Claudevy Moukoko, c’est d’avoir appris que, pendant que son garçon se noyait, son professeur lui attribuait une note de 4 sur 5 pour ses performances au cours. « Ce n’est pas croyable. La note qu’il lui a donnée, c’était pour quoi ? Qu’est-ce qu’il a vu ? » se questionne-t-elle.

Pour l’avocat de la famille, cette évaluation constitue une des preuves des manquements qui ont coûté la vie à Blessing Claudevy Moukoko le matin du 15 février dernier.

« Le fait qu’on lui a attribué une note alors qu’il se trouvait au fond de l’eau montre un niveau d’insouciance et de nonchalance », a fait valoir Me Jean-Pierre Ménard.

Le père du garçon, Jean-Claude Moukoko, veut que Montréal et la CSDM prennent leurs responsabilités et s’assurent qu’un tel drame ne se reproduira pas.

« Avec la disparition de mon fils, c’est vraiment difficile, et notre vie n’est plus comme avant […] On aimerait faire en sorte que plus jamais d’autres enfants se retrouvent dans une telle situation », a-t-il dit.

Triste et honteux

La CSDM et la Ville de Montréal n’ont pas souhaité commenter les procédures de la famille. La veille, la CSDM a dit « prendre acte » des suggestions du coroner. L’arrondissement de Rosemont, qui est l’employeur de la sauveteuse, avait de son côté tenu à rappeler que les normes de ratio et d’encadrement avaient été respectées. La sauveteuse avait également toutes les qualifications requises.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’est dit ébranlé par le rapport du coroner qu’il a lu. « C’est vraiment triste et honteux », a déclaré le ministre Roberge lors d’une mêlée de presse mercredi. « En tant que père de famille, ça vient me chercher. J’ai lu ce que le coroner a écrit et on va suivre ses instructions et recommandations », a-t-il assuré.

Dans son rapport, le coroner a souligné que, puisque le professeur n’avait pas achevé le profil de natation de 90 heures nécessaires pour donner le cours, il était assisté d’une sauveteuse. Toutefois, celle-ci exerçait plutôt le rôle d’instructrice, et son attention n’était pas entièrement consacrée à la surveillance des jeunes nageurs. À la fin du cours, ils se sont tous deux limités à un balayage visuel des lieux, sans faire le tour de la piscine.

Puis, plutôt que de faire l’appel systématique des élèves, le professeur a choisi de les attendre à l’escalier pour récupérer leur auto-évaluation. Bien qu’il ait noté l’absence de Blessing Moukoko, il a supposé que celui-ci s’était rendu à son casier plutôt que de le considérer comme manquant et d’entreprendre des recherches. Ce n’est que lorsque des élèves du cours suivant sont arrivés que l’adolescent a été retrouvé au fond de l’eau. La dernière fois qu’on aperçoit l’adolescent dans l’eau dans une vidéo de surveillance, il est 9 h 02, a indiqué le coroner. Il a été secouru à 9 h 40.