Demande d’asile: bientôt la fin d’une saga

«On va se battre. On ne peut pas rester sans rien faire», a dit le père de famille. «Le Canada, c’est notre pays, maintenant.»
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne «On va se battre. On ne peut pas rester sans rien faire», a dit le père de famille. «Le Canada, c’est notre pays, maintenant.»

L’incroyable saga de la famille qui attend depuis neuf ans une réponse à sa demande d’asile est sur le point de connaître son dénouement. Le sort de cette famille originaire du Moyen-Orient, dont on ne peut révéler l’identité, est donc entre les mains d’un commissaire de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) qui a pris leur requête en délibéré mercredi au terme d’une deuxième journée d’audience. La décision devrait être rendue d’ici quelques semaines. Rappelons que cette famille de trois enfants installée au Québec depuis neuf ans n’avait jamais eu la chance de plaider sa cause devant la CISR en raison de nombreux cafouillages du système. À maintes reprises et sur plusieurs années, ladite audience a été reportée parce qu’aucun interprète n’avait été assigné ou que celui-ci n’avait pas d’accréditation.

Pendant ces neuf ans, la famille a exploité un commerce, appris le français et les enfants ont fréquenté l’école québécoise — entré en maternelle, le plus jeune est maintenant en 3e secondaire — et possède un bon réseau d’amis. Ce n’est que le 28 août dernier qu’elle a enfin pu avoir une audience devant un commissaire de la CISR. Celle-ci s’est ensuite poursuivie et terminée mercredi. « On garde espoir. On a encore un petit délai à attendre pour savoir ce qui se passe avec nous, mais ça ne devrait pas prendre neuf ans », s’est permis de plaisanter le père de famille.

Stéphane Handfield, l’avocat de la famille, a toutefois rappelé que le délai de traitement d’une demande d’asile ne fait pas partie des critères pour accepter ou rejeter une demande d’un réfugié. Selon lui, le commissaire devrait toutefois en tenir compte lorsqu’il s’agira d’évaluer la crédibilité du demandeur. « Après neuf ans, la mémoire se trompe et on peut oublier certains éléments et certaines dates », a-t-il déclaré. Qualifiant la situation d’« odieuse », il déplore que personne à la CISR ne semble tenu responsable de si longs délais qui pourraient porter préjudice à la famille si sa demande d’asile était finalement refusée et qu’elle devait retourner dans son pays d’origine après tout ce temps. « On se déchire la chemise sur la place publique parce qu’on juge [inacceptable] que les nouveaux demandeurs d’asile soient entendus dans un délai d’environ 21 mois, mais on parle ici d’une famille qui attend depuis neuf ans. On va leur dire quoi ? Tu plies bagage, tu fermes ton commerce et tu retournes [dans ton pays] ? » s’est indigné Me Handfield. « Est-ce que [la CISR] l’a échappée ? Absolument. »

Si sa demande est refusée, la famille pourrait toujours déposer une demande de résidence permanente pour des considérations humanitaires, étant donné qu’elle a un enfant qui est toujours mineur. Pour l’heure, elle affirme qu’elle ne se contentera pas d’un « non ». « On va se battre. On ne peut pas rester sans rien faire », a dit le père de famille. « Le Canada, c’est notre pays, maintenant. »