L’UQAM permet à ses étudiants de «choisir» leur prénom

L’UQAM est la première université francophone du Québec à permettre à ses étudiants de «choisir» leur prénom, qui peut différer de leur prénom officiel figurant sur leur certificat de naissance.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’UQAM est la première université francophone du Québec à permettre à ses étudiants de «choisir» leur prénom, qui peut différer de leur prénom officiel figurant sur leur certificat de naissance.

La possibilité donnée aux étudiants de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de « changer » leur prénom de façon informelle a été accueillie avec enthousiasme : pas moins de 75 personnes en ont fait la demande lors de l’entrée en vigueur de ce projet inusité mardi.

L’UQAM est la première université francophone du Québec à permettre à ses étudiants de « choisir » leur prénom, qui peut différer de leur prénom officiel figurant sur leur certificat de naissance.

Cette mesure inclusive vise à permettre à des gens dont le nom est complexe, par exemple des étudiants étrangers, de choisir un prénom plus facile à prononcer ou à écrire. La communauté LGBTQ (lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre ou queer) réclamait aussi cette mesure, qui est déjà en place dans les universités McGill et Concordia et ailleurs en Amérique du Nord, notamment.

« Si la réponse a été si importante moins de 24 heures après l’implantation de la mesure, ça démontre que le besoin est réel », a déclaré Magda Fusaro, rectrice de l’UQAM, lors d’un entretien avec Le Devoir.

Environ la moitié des 75 demandes formulées mardi visent des simplifications de prénoms à consonance canadienne, québécoise ou étrangère, indique la rectrice. L’autre moitié provient de personnes transgenres qui veulent adopter leur propre prénom à l’université même si leur identité n’a pas changé du point de vue du Directeur de l’état civil.

Des situations embarrassantes

Les personnes trans ont souvent besoin de choisir un prénom informel parce que leurs procédures officielles de changement de nom ne sont pas terminées. À l’heure actuelle, ça peut donner lieu à des situations embarrassantes sur les campus : par exemple, lorsqu’un professeur prend les présences en début de cours, il peut appeler une personne dont le nom légal est « Geneviève » mais qui est connue par ses collègues de classe comme étant « Félix ».

« Certains étudiants trans sont constamment en train de s’expliquer à d’autres personnes. Ils deviennent vulnérables », dit Line Chamberland, professeure au Département de sexologie de l’UQAM et titulaire de la chaire de recherche sur l’homophobie.

L’initiative permettant le choix du prénom « crée un contexte accueillant, bienveillant et sécurisant pour les étudiants », explique-t-elle.

« Les personnes trans n’ont pas toujours envie de s’expliquer, de donner un cours “trans 101” et de répondre à des questions intrusives comme : es-tu opérée ou pas opérée ? »

Changements de société

Le choix du prénom à l’UQAM s’inscrit dans la foulée d’une série de décisions législatives et juridiques récentes qui visent à faciliter la vie des personnes trans. Depuis l’année 2015, avec l’adoption de la loi 35, elles peuvent ainsi changer de prénom ou de genre déclaré même sans avoir eu de chirurgie.

La discrimination fondée sur l’identité et l’expression de genre est aussi interdite depuis juin 2016 en vertu de la Charte québécoise des droits et libertés. « Les établissements d’enseignement doivent, conséquemment, mettre en place des mesures concrètes pour assurer le droit à la dignité, à l’égalité, à l’intégrité, au bien-être et à la sécurité de leurs étudiants », indique l’UQAM.

Des « discussions » ont lieu à l’Université de Montréal en vue de permettre aux étudiants de choisir leur prénom, a confirmé au Devoir Geneviève O’Meara, responsable des relations avec les médias de l’UdeM. Le but est de permettre aux étudiants de « choisir le prénom avec lequel ils souhaitent que nous communiquions avec eux », a-t-elle précisé.

Carte étudiante

Pour les étudiants de l’UQAM qui en feront la demande, « le prénom choisi sera utilisé lorsque cela s’avérera possible dans tous les documents, ressources et communications institutionnels non officiels ».

Ce prénom choisi apparaîtra notamment sur la carte étudiante, le courriel et les listes d’étudiants remises aux enseignants.

Par contre, le prénom légal restera sur les relevés de notes officiels, les diplômes, les documents de nature financière (relevés d’impôt, chèques, etc.), les formulaires d’embauche de personnel et les attestations officielles délivrées par le Registrariat.

Roxane Nadeau, qui milite au sein de La Réclame, un groupe favorisant la diversité sexuelle à l’UQAM, accueille avec soulagement les changements annoncés.

« Il y a des gens qui ne veulent pas révéler leur statut trans. Ces personnes peuvent hésiter à écrire à leur professeur parce que leur adresse courriel ne correspond pas à leur nom. Si l’information est révélée malgré elles, elles perdent le contrôle sur leur vie et ça ajoute un stress à leur session scolaire », dit-elle.

1 commentaire
  • Serge Pelletier - Abonné 14 novembre 2018 02 h 53

    Quand la folie administrative et bureaucratique en est rendue là...

    L'ON S'ÉPOUMONE EN COEUR "L'UQÀM EN FOLIE"...