Les ressortissants étrangers ne sont pas tous égaux devant la légalisation du cannabis

La Corée du Sud et le Japon ont adopté une ligne dure et menacent de poursuivre devant les tribunaux, dans leurs pays, les membres de leur communauté qui succomberaient à l’appel du cannabis légal canadien.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne La Corée du Sud et le Japon ont adopté une ligne dure et menacent de poursuivre devant les tribunaux, dans leurs pays, les membres de leur communauté qui succomberaient à l’appel du cannabis légal canadien.

La légalisation du cannabis place désormais des milliers de ressortissants étrangers vivant au Canada ou de passage sur le territoire face à un double standard. Alors que les pays européens estiment que la nouvelle loi canadienne s’applique désormais à leurs citoyens se trouvant au Canada, la Corée du Sud et le Japon ont adopté, pour leur part, une ligne dure et menacent de poursuivre devant les tribunaux, dans leur pays, les membres de leur communauté qui succomberaient à l’appel du cannabis légal ici.

Le geste est radical. Il n’étonne pas, toutefois, l’ethnologue Bernard Bernier, spécialiste du Japon à l’Université de Montréal. « Au Japon, on essaye de protéger la normalité, et les drogues sont perçues dans leur ensemble comme une menace à l’ordre social, dit-il. Dans ce pays, on consomme très peu de drogue et on condamne sévèrement ceux qui en font usage. »

Le 4 octobre, le gouvernement japonais a mis en garde ses ressortissants, par l’entremise du site Web de son consulat général de Vancouver. Tokyo rappelle que le cannabis reste une substance illégale au Japon et que les lois en la matière vont s’appliquer pour des gestes faits par des Japonais à l’extérieur du pays, a rapporté le Japan Times. Le gouvernement conservateur de Shinzo Abe a par ailleurs rappelé que la possession, la distribution de cannabis ou le fait d’en recevoir était passible d’une peine variant de 5 à 7 ans de prison et d’une amende pouvant atteindre l’équivalent de 25 000 $.

« C’est une menace qui va être très difficile à mettre en oeuvre », dit Joseph-H. Chung, codirecteur de l’Observatoire de l’Asie du Sud-Est de l’UQAM. Il souligne que des contrôles accrus à la frontière et la gestion d’éventuelles dénonciations vont devoir être mis en place pour attraper les citoyens ayant profité de la légalisation du cannabis lors d’un séjour au Canada. « Elle risque toutefois d’affecter le tourisme en provenance de ces deux pays et, ça, ce n’est pas une bonne affaire. »

Le 16 octobre, la Corée du Sud a emboîté le pas au Japon en diffusant une « mise en garde sur la légalisation du cannabis » sur le compte Twitter de son ambassade à Ottawa. « Même s’ils se trouvent dans une région où le cannabis est légalisé, les citoyens coréens qui en fument, en achètent, en possèdent ou en transportent seront pénalisés pour ces infractions », peut-on lire. Près de 100 000 Coréens vivent actuellement au Canada, dont 20 000 comme étudiants permanents. Les Canadiens d’origine japonaise sont au nombre de 85 000. La communauté compte également 8000 étudiants.

Du côté européen, plusieurs missions diplomatiques ont indiqué avoir mis à jour les informations sur les voyages au Canada à l’attention de leurs ressortissants, pour tenir compte de la nouvelle réalité canadienne. Mais l’interdiction de consommer en France, en Belgique ou en Suisse ne sera pas appliquée à l’extérieur de leurs frontières, disent-elles.

« En Belgique, la consommation de cannabis reste illégale, mais les Belges qui voyagent doivent avant tout observer les lois locales », a indiqué au Devoir Patrick Deboeck, chef de mission adjoint de l’ambassade de Belgique au Canada. Il précise que « certaines lois belges [peuvent avoir] une portée extraterritoriale », mais que cela vise surtout les crimes graves, « ce qui a priori n’est pas le cas de la consommation de cannabis », dit-il. « Il va de soi que les voyageurs sont soumis à la législation du pays où ils séjournent », ajoute son homologue Anja Zobrist, de l’ambassade suisse.

Le cannabis est devenu légal le 17 octobre dernier partout au Canada. Le gouvernement fédéral a rappelé toutefois à ses ressortissants, tout comme à ses visiteurs, que le cannabis reste une substance illégale à ses frontières, autant pour entrer au pays que pour en sortir.