Pénurie de cannabis: des succursales de la SQDC pourraient être fermées

Depuis le jour un de la légalisation du cannabis au Canada, la SQDC a enregistré près de 140 000 transactions dans l’ensemble de ses succursales et sur son site Web.
Photo: Martin Ouellet-Diotte Agence France-Presse Depuis le jour un de la légalisation du cannabis au Canada, la SQDC a enregistré près de 140 000 transactions dans l’ensemble de ses succursales et sur son site Web.

Victime de son succès, la Société québécoise du cannabis (SQDC) n’écarte pas l’idée de fermer plusieurs de ses douze succursales, faute de produits à y offrir.

Huit jours à peine après la légalisation du cannabis au pays, le scénario est sur la table, a confirmé jeudi la SQDC au Devoir, mais « nous travaillons actuellement à l’éviter », a résumé son porte-parole Mathieu Gaudreault. « Comme dans l’ensemble du pays, nous faisons face à des enjeux importants d’approvisionnement, a-t-il reconnu. Mais pour le moment, nous ne sommes pas à faire ce geste. »

Depuis le jour 1 de la légalisation du cannabis, le 17 octobre dernier, au Canada, la SQDC a enregistré près de 140 000 transactions dans l’ensemble de ses succursales et sur son site Web, a indiqué la nouvelle société d’État dans un bilan dévoilé mercredi en début de soirée. Ce volume a été qualifié de « conforme » aux prévisions faites.

L’offre limitée des fournisseurs de cannabis légal au pays, couplée à une forte demande des consommateurs, a entraîné toutefois depuis une semaine de nombreuses ruptures de stock, en ligne et en succursale, reconnaît la SQDC. Cette rareté de produits était prévue, assure-t-elle, en raison, entre autres, d’un modèle de distribution naissant qui met à contribution une industrie qui est elle-même en train de se structurer. « Nous prévoyons que cette situation va perdurer à différents niveaux pour les premiers trimestres d’opération, a indiqué la société par voie de communiqué. Dans l’état actuel des choses, le maintien en opération du réseau de succursales sera un défi. »

Jointe par Le Devoir, la compagnie Hexo, premier fournisseur de la SQDC en volume, estime que la production de cannabis légal au pays est toujours en mesure de répondre à la forte demande, même si cette demande est depuis une semaine plus importante que celle anticipée. « Il n’y a pas de rupture de stock de notre côté, a dit Isabelle Robillard, porte-parole de l’entreprise de Gatineau. Nous sommes plutôt aux prises avec des retards dans les livraisons. Nous avons pour le moment rempli toutes nos commandes et des produits sont actuellement en transit entre nos unités de production et les succursales de la SQDC. »

Rappelons que, pour assurer la sécurité de ses succursales et de ses employés, la société d’État a opté pour un modèle de distribution sans entrepôt central ni approvisionnement démesuré dans ses points de vente. L’approvisionnement de ses commerces est ainsi assuré, en flux tendu, par l’ensemble de ses six fournisseurs.

Jeudi en fin d’après-midi, sur les 68 produits offerts en ligne par la SQDC, 54 étaient en rupture de stock, soit près de 80 %. Au jour 1 de la légalisation, la SQDC n’a réussi à obtenir de ses fournisseurs que 110 des 180 produits qu’elle compte mettre en vente dans son réseau.

Le 17 octobre, douze succursales de la SQDC ont ouvert leurs portes sur l’ensemble du territoire du Québec afin de répondre à la demande en cannabis légal. Une quinzaine de personnes sont affectées à chacun de ces nouveaux commerces pour assurer la direction, la vente, le conseil et la sécurité des lieux. La pénurie pourrait réduire plusieurs des 200 employés de la SQDC au chômage technique, dans les prochaines semaines.

Or, même si des procédures en accréditation syndicale sont en cours, l’ensemble des employés de la SQDC ne sont pas syndiqués. « Cela pose problème et ce n’est pas très sérieux pour une société d’État, a dit au Devoir Katia Lelièvre, présidente du syndicat des employés de la SAQ, la société qui a présidé à la naissance de la SQDC. Nous allons essayer d’aider ces employés en cas de fermeture, c’est sûr, mais la SQDC n’est pas obligée de nous répondre. »