Santé publique: le cannabis n'est pas l’ennemi numéro 1

La responsable de la santé publique au Canada a fait une mise au point sur les différentes substances psychoactives, soulignant qu’il faut davantage s’inquiéter de la consommation de tabac, d’alcool et d’opioïdes que de cannabis.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne La responsable de la santé publique au Canada a fait une mise au point sur les différentes substances psychoactives, soulignant qu’il faut davantage s’inquiéter de la consommation de tabac, d’alcool et d’opioïdes que de cannabis.

Après le vent de panique, la mise en perspective : bien avant le cannabis, dont la légalisation est en marche depuis une semaine au pays, c’est la consommation d’alcool, de tabac et d’opioïdes qui menace le plus la santé des Canadiens et le système de santé, indique l’administratrice en chef de la santé publique du Canada dans un rapport dévoilé mardi.

La gardienne de la santé publique voit toutefois d’un très bon oeil l’arrivée de cette substance dans la sphère légale, et ce, parce qu’elle va permettre de prévenir plus facilement les problèmes de consommation, particulièrement chez les jeunes, selon elle.

« Dans les derniers mois, nous avons porté beaucoup d’attention au cannabis en raison du changement important de politique au Canada, a indiqué Theresa Tam dans une entrevue accordée au Devoir. Or, il faudrait plus se méfier de l’alcool et d’autres substances psychoactives, dont le tabac et les opioïdes, pour lesquels il est temps de revoir notre approche. »

Dans son Rapport sur l’état de la santé publique au Canada, cuvée 2018, l’Agence de santé publique du Canada souligne en effet qu’à eux trois, alcool, tabac et opioïdes ont été responsables en 2014 de 78,4 % des coûts en soins de santé, perte de productivité et justice pénale au pays, pour une facture globale de 30,1 milliards de dollars. En comparaison, le cannabis, qui arrive en quatrième place des substances coûteuses en matière de santé publique, n’a été responsable que de 7 % de ces coûts, dont la moitié est liée à la justice pénale. Cette part devrait toutefois baisser en raison de la légalisation, souligne le document.

Pis, l’an dernier, les surdoses d’opioïdes ont entraîné dans la mort 4000 Canadiens, soit 11 par jour en moyenne, résume l’Agence, qui rappelle que la crise sanitaire induite par ce type de substance a fait baisser l’espérance de vie en Colombie-Britannique, la province la plus touchée, de 0,12 année, entre 2014 et 2016.

Par ailleurs, l’alcool reste encore la substance psychoactive la plus facile d’accès chez les jeunes élèves canadiens du secondaire. Quelque 70 % disent pouvoir s’en procurer facilement ou très facilement, contre 39 % pour le cannabis, indique le rapport.

Tout en cherchant à ramener de la rationalité dans le débat en cours autour de la légalisation du cannabis, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada se dit toutefois préoccupée par l’âge moyen des jeunes Canadiens qui commencent à en consommer : 14 ans. « C’est très jeune et très préoccupant en raison des effets du composé psychotrope du cannabis [le THC] sur le développement du cerveau », dit-elle. Mme Tam estime toutefois que le nouveau cadre légal entourant le cannabis au pays devrait permettre de plus facilement prévenir cette consommation par des programmes d’éducation, par une communication facilitée sur ce sujet au sein des familles, ainsi que par l’imposition de règles strictes désormais pour la production, la distribution et la promotion du cannabis.

« Il va falloir mettre en place des systèmes de surveillance et d’évaluation de toutes les politiques et de ses effets sur la consommation et la santé, dit Theresa Tam. Nous avons aussi l’occasion de faire des recherches sur les effets négatifs autant que sur les bénéfices liés au cannabis. Et c’est ce que nous allons encourager », dit-elle.


3%
de la population canadienne âgée de 15 ans et plus déclare une consommation quotidienne — et donc problématique — de cannabis, contre 13 % pour le tabac et 20 % pour l’alcool.
5 commentaires
  • Jean-Luc Malo - Abonné 24 octobre 2018 06 h 22

    Une interprétation fausse des risques du cannabis

    Avec la légalisation du cannabis, il est probable que la consommation augmentant, on pourra mieux en établir les risques, comme ceci a été le cas pour le tabagisme. Le tabagisme est une habitude de vie qui a commencé à se répandre au début du 20ième siècle et ce n'est que dans les années 1960 qu'il a été associé avec confirmaiton scientifique à la survenue du cancer bronchique.
    Comment une personne comme "l'administatrice en chef" de de la Santé publique au Canada peut-elle, dans ce contexte, affirmer que le cannabis représente une moins grande menace de santé publique que l'alcool, le tabagisme et la consommation d'opoïdes?
    Pourra-t-on jamais faire marche arrière si des risques surviennent? Malheureusement, comme pour le tabac, ceci ne sera pas possible.
    Bien triste de constater les interventions des autorités en santé publique qui semblent majoritairement favorables non seulement à la légalisation du cannabis mais de toutes les drogues. La diminution de quelques décès par cette légalisation de toutes les drogues peut-elle être prioritaire sur les risques qui seront encourus par une plus grande proportion de la population consommatrice?

    Jean-Luc Malo
    abonné

    • Jean-Henry Noël - Abonné 25 octobre 2018 06 h 44

      Je suis un scientifique. Je me méfie des résultats exprimés en pourcentages, en commençant avec la consommation de tabac ou d'alcool. J'aimerais qu'un statisticien noua résume les conclusions pour le THC. «L'alcool au volant, c'est criminel !», à partir d'un certain seuil. Qui est le même pour tous. Cependant, notre physiologie ne réagit pas uniformément. Nos gènes nous sont particuliers. Il en est de même pour le tabac et probablement aussi pour le THC. Les résultats exprimés avec pourcentages, à mon avis, doivent être pris avec des pincettes.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 24 octobre 2018 08 h 37

    La drogue ne doit pas être légalisée

    Plutôt que de légaliser, Trudeau devrait sévir envers les fraudeurs et faire observer la loi. On tolère les vendeurs illégaux de drogue et on légalise le cannabis. Donc, les fraudeurs deviennent des vendeurs légaux et M. Trudeau va à TLMP faire le petit fin et louanger sa loi.
    Nous vivons dans une société de fous et on consacre du temps d'antenne à parler de cannabis qui rendra la société encore plus folle.

  • Jacques Morissette - Abonné 24 octobre 2018 09 h 14

    Je ne suis pas sûr que les gens qui fument du pot se battent entre eux, comme ça pourrait arriver, en théorie, si celles-ci prendraient de l'alcool. Je suis bien d'accord avec Fabien Déglise que le premier est beaucoup moins nocif que «...la consommation d’alcool, de tabac et d’opioïdes». Comme en toute chose, c'est ce que disait une publicité, la modération a bien meilleur goùt. Les humains sont naturellement assez sage pour faire la différence entre modération et abus, en tout genre.

  • Mario Jodoin - Abonné 24 octobre 2018 14 h 56

    Il faudrait faire lire ce rapport par la CAQ

    ... et par son ministre Lionel Carmant qui veut hausser l'âge légal pour consommer du cannabis de 18 à 21 ans. On est bien parti pour avoir un autre gouvernement de droite (ou de centre-droit) qui nie la science et se base sur sa propre version du gros bon sens pour gouverner.