La Russie condamne la légalisation du cannabis au Canada

La légalisation remporte un franc succès au pays. Au cours de ses cinq premiers jours, on a compté plus de 60 000 achats dans l’une des 12 succursales de la SQDC uniquement, a indiqué la nouvelle société d’État en fin de journée lundi.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La légalisation remporte un franc succès au pays. Au cours de ses cinq premiers jours, on a compté plus de 60 000 achats dans l’une des 12 succursales de la SQDC uniquement, a indiqué la nouvelle société d’État en fin de journée lundi.

Alors que la popularité des succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC) s’est confirmée toute la fin de semaine, la légalisation du produit au Canada a soulevé l’ire de la Russie qui, lundi matin, a vilipendé la « libération narcotique » lancée par Ottawa, une décision « hypocrite » qui, en créant « le plus grand marché de drogue au monde », viole plusieurs traités internationaux, a dénoncé Moscou par la voix de son ambassade canadienne. « Nous sommes convaincus que cet acte législatif va à l’encontre de la juridiction internationale en matière de contrôle des stupéfiants », peut-on lire dans un communiqué diffusé lundi matin sur le compte Twitter de l’ambassade de la Russie à Ottawa. Moscou y fait référence à la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 et à la Convention contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988 ratifiées par le Canada. La Russie juge sévèrement la nouvelle perspective du Canada au sujet du cannabis, qu’elle qualifie d’« inacceptable » et allant à l’encontre « de l’objectif promu par les autorités canadiennes de protéger un ordre mondial fondé sur les règles — conception activement promue par certaines forces politiques occidentales actuellement », rappelle Moscou.

Nous sommes convaincus que cet acte législatif va à l’encontre de la juridiction internationale en matière de contrôle des stupéfiants

La légalisation remporte un franc succès au pays où, dans ses cinq premiers jours, elle a induit plus de 60 000 achats dans l’une de ses 12 succursales de la SQDC uniquement, a indiqué la nouvelle société d’État en fin de journée lundi. Les commandes en ligne ont toutefois considérablement chuté, passant de 30 000 au premier jour de la légalisation à 2900 à peine, dimanche dernier, soit une décroissance de 90 %. La pénurie de produits explique en partie cette chute. Victime de son succès, la SQDC est en rupture de stock pour plusieurs produits à forte teneur en THC, le composé psychotrope du cannabis, ainsi que pour les huiles et gélules. Au total, 48 700 commandes ont été passées en ligne en cinq jours.

La condamnation du Canada, où le cannabis utilisé à des fins récréatives est devenu légal d’un océan à l’autre le 17 octobre dernier, par la Russie fait écho à celle formulée la semaine dernière par l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS). Dans un communiqué, l’entité chargée de suivre l’implantation des conventions de l’ONU en la matière s’est dite « préoccupée par l’impact de la légalisation du cannabis au Canada sur les consensus internationaux » et a accusé Ottawa d’avoir, « au mépris de ses obligations juridiques et de ses engagements diplomatiques, […] contribué à affaiblir le cadre juridique international du contrôle des drogues ».

Dans son communiqué, Moscou dit craindre une augmentation du trafic de cette substance psychotrope du Canada vers « d’autres États, y compris ceux qui respectent strictement l’esprit et la lettre des conventions » internationales. « La Russie et d’autres pays devront probablement adopter des mesures supplémentaires pour empêcher les tentatives éventuelles de contrebande de cannabis et de ses dérivés depuis le Canada », menace le pays de Vladimir Poutine.