Que vont chercher les Français au Québec?

Chaque année, ils sont plus de 4000 Français à préparer leurs bagages, à faire leurs adieux et à traverser l’océan Atlantique pour immigrer au Québec.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Chaque année, ils sont plus de 4000 Français à préparer leurs bagages, à faire leurs adieux et à traverser l’océan Atlantique pour immigrer au Québec.

Désireux de découvrir le monde, de vivre une expérience à l’étranger ou de recommencer leur vie à zéro, de nombreux Français arrêtent leur choix sur le Québec depuis des années. Si la langue commune semble faire pencher la balance, ce sont surtout les possibilités d’épanouissement professionnel qui attirent la majorité d’entre eux.

Chaque année, ils sont plus de 4000 Français à préparer leurs bagages, à faire leurs adieux et à traverser l’océan Atlantique pour immigrer au Québec. S’ajoutent à ce nombre les détenteurs d’un permis temporaire ou d’un permis vacances-travail, et quelque 10 000 étudiants inscrits dans les universités de la province.

« Les Français viennent chercher une avancée professionnelle qui leur est parfois impossible à atteindre dans leur pays », avance le professeur de sociologie à l’Université Concordia Jean-Philippe Warren, qui se penchera sur la question lors d’une conférence dans le cadre du Monde Festival.

D’après ce spécialiste des mouvements migratoires au Québec, la province a connu une croissance économique « presque exceptionnelle » dans les 50 dernières années, au point de devenir une destination prisée par les immigrants, à commencer par les Français.

Avec un taux de chômage au plus bas, des productions culturelles en pleine effervescence et des entreprises de pointe et de technologies qui s’y multiplient, le Québec attise la curiosité des habitants de l’Hexagone et nourrit leurs rêves de grande carrière, croit M. Warren. Des rêves qu’ils peinent à réaliser dans une France où le chômage avoisine les 9 % depuis plusieurs années.

Un Québec ouvert d’esprit

Mais le chômage n’explique pas tout, selon Marie-Jean Meurs, une Française installée à Montréal depuis presque dix ans. « C’est une question d’ouverture. La société québécoise reconnaît en priorité la compétence d’un individu et donne sa chance à tout le monde, quel que soit son profil, son âge, son sexe ou son origine. Ce qui n’est pas toujours le cas en France », note-t-elle.

Après avoir fait une première carrière en mathématiques dans son pays d’origine, Marie-Jean Meurs a voulu poursuivre dans le domaine de l’intelligence artificielle. En 2010, elle est arrivée à l’Université Concordia pour se plonger dans la recherche post-doctorale. Cinq ans plus tard, elle a décroché un poste de professeure au Département d’informatique à l’Université du Québec à Montréal.

« Je ne reproche rien en particulier à la France ; je comprends que des gens y vivent heureux, mais pour ma part, en matière de possibilités professionnelles, je n’aurais pu m’épanouir là-bas, confie-t-elle. Je suis une femme, je suis en deuxième carrière, ce n’est pas un profil type pour réussir facilement. »

Place à la recherche

Il faut dire que le système universitaire ne loge pas à la même enseigne de chaque côté de l’Atlantique, souligne le professeur Warren. « Le système québécois est davantage branché sur la recherche, c’est très nord-américain. On permet aux universités de se financer grâce à des programmes de recherche, tout en développant des connaissances, du savoir-faire et des pratiques nouvelles. »

En France, les universités souffrent de sous-financement et peinent à susciter intérêt et reconnaissance. « La France a toujours mis de côté ses universités pour miser sur ses grandes écoles avec cette volonté de former l’élite de la nation », soutient Marie-Jean Meurs. C’est une des raisons qui l’ont poussée à quitter son pays pour faire de la recherche reconnue à sa juste valeur. Le Québec n’était toutefois qu’une destination parmi d’autres, parler français n’étant pas crucial dans son choix. L’occasion s’est juste présentée, à l’Université Concordia.

« Au Québec, j’ai trouvé une société à laquelle j’ai le sentiment d’appartenir, des valeurs qui me ressemblent », se réjouit Mme Meurs, n’imaginant pas faire demi-tour et revenir en France un jour.

Nostalgie

Mais nombre de Français vivent l’expérience québécoise quelques années seulement. Arrivés avec l’espoir de développer leur carrière, certains se butent à des portes closes au moment de faire reconnaître leurs diplômes et leurs compétences acquises dans l’Hexagone.

Ou encore, d’autres n’arrivent pas à se créer de nouveaux cercles d’amis. « Les Français restent beaucoup entre eux. C’est un réflexe d’immigrants de vouloir se trouver dans une enclave, un lieu transitoire entre la société d’origine et la société d’accueil », expose Jean-Philippe Warren. Mais il devient ensuite difficile de sortir de ce confort et de s’intégrer dans la communauté québécoise, qui fonctionne différemment.

Déçus, ils font demi-tour pour retrouver leur terre natale. « Quand la nostalgie embarque, on oublie vite ce qu’on reprochait à la France et on se dit qu’on n’était pas si mal avant », note le professeur.

Le Monde Festival: que vont chercher les Français au Québec?

Participants :

Nicolas Girard Deltruc, directeur du Festival du nouveau cinéma

Jean-Philippe Warren, professeur de sociologie à l’Université Concordia

Géraldine Martin, directrice de l’entrepreneuriat au Service du développement économique de la Ville de Montréal

Marie-Jean Meurs, spécialiste de l’intelligence artificielle

Animatrice :

Lise-Marie Gervais, journaliste au Devoir
 

26 octobre, de 17 h 30 à 19 h

Auditorium Maxwell-Cummings du MBAM

Consultez la programmation complète du Monde Festival.