L’efficience du Centre de prévention de la radicalisation remise en cause

Les organismes communautaires et les travailleurs sociaux, qui connaissent bien le milieu des gangs et de la délinquance, pourraient ajouter un volet radicalisation à leurs activités.
Photo: iStock Les organismes communautaires et les travailleurs sociaux, qui connaissent bien le milieu des gangs et de la délinquance, pourraient ajouter un volet radicalisation à leurs activités.

Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) a fait l’objet d’un audit externe commandé par la Ville de Montréal, qui proposera des pistes pour redéfinir le mandat de l’organisme et améliorer sa gestion financière. Selon certains observateurs, plus qu’une question de pertinence, c’est l’efficience du centre, dont le financement est en péril, qui est remise en cause.

« Personne ne nie l’utilité du centre. Je pense que la question est de savoir si l’argent qu’on y met est bien utilisé par rapport à son mandat », a indiqué l’observateur avisé David Morin, professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent.

Sachant que plus de la moitié du budget de 1,8 million — que la Ville de Montréal et le ministère de la Sécurité publique financent en majorité — est consacrée à la masse salariale des 18 employés, certains se demandent comment le centre parvient à répondre à un mandat aussi large, qui comprend la prévention, l’intervention, la formation et la recherche. D’autant plus qu’un organisme homologue en santé, l’équipe du RAPS (Recherche et action sur les polarisations sociales) associé au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, joue potentiellement dans les mêmes plates-bandes que le CPRMV.

Pour le président du conseil d’administration, Richard Filion, la démarche entamée par la Ville, déjà prévue dans un protocole d’entente et portant sur les opérations du centre, est vue « d’un bon oeil », et ce, « jusqu’à preuve du contraire », a-t-il dit dans une brève entrevue au Devoir.

« On ne veut pas que ça serve de prétexte pour mettre fin aux activités du centre, dans le contexte où son financement est précaire. » Il reconnaît qu’il existe « certaines querelles territoriales », mais il aimerait que le centre soit vu « pour ce qu’il a fait et non pour ce qu’on dit qu’il n’a pas fait ». Quant à la part importante du budget consacrée à la masse salariale, M. Filion rappelle que le centre est « parti de rien » et que « les employés qui sont là n’ont pas chômé ».

Revoir le mandat

David Morin croit pour sa part que le centre ne devrait plus nécessairement couvrir l’ensemble du territoire québécois, mais plutôt oeuvrer à renforcer les capacités locales, comme les organismes communautaires et les travailleurs sociaux déjà sur le terrain, en région.

Ces derniers connaissent bien le milieu des gangs et de la délinquance, et pourraient ajouter un volet radicalisation à leurs activités. « Ce serait non seulement moins cher, mais plus efficace à long terme », croit M. Morin. « L’enjeu est surtout là. Est-ce qu’on n’a pas donné des habits trop grands au centre ? »

Selon le professeur, l’encadrement des pratiques, par un système d’évaluation indépendant des interventions psychosociales, devrait être encouragé, notamment en ce qui concerne l’évaluation du risque que représentent certaines personnes identifiées par le CPRMV, qui inquiète et irrite le Service de police de la Ville de Montréal.

« Le clou dans le cercueil a été les deux jeunes [Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali] qui ont été embauchés à la suite du procès pour terrorisme [accusations dont ils ont été acquittés] », a dit M. Morin, laissant entendre que la manoeuvre pouvait paraître risquée aux yeux des policiers.