L’Association médicale canadienne met en garde contre une hausse de l’usage du cannabis

Après des années d’illégalité, mais aussi de tolérance, le cannabis fera son entrée dans la légalité mercredi partout au Canada.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Après des années d’illégalité, mais aussi de tolérance, le cannabis fera son entrée dans la légalité mercredi partout au Canada.

Une « expérience incontrôlée » lancée « à la face de la santé des Canadiens ». Dans un éditorial virulent, la rédactrice en chef du Journal de l’Association médicale canadienne (JAMC), Diane Kelsall dénonce la légalisation du cannabis qui s’officialisera partout au pays ce mercredi et invite Ottawa à suivre de très près les répercussions négatives de son nouveau cadre légal sur la population.

« Toute augmentation de l’usage du cannabis à des fins récréatives après l’entrée en vigueur de la légalisation, autant chez les adultes que chez les jeunes, doit être vue comme un échec de la législation », écrit-elle dans la dernière livraison du JAMC, parue aujourd’hui. « Si cet usage devait augmenter, le gouvernement du Canada devrait s’engager à modifier sa loi. »

Alors que la légalisation du cannabis se prépare à sortir du cadre théorique pour se matérialiser dans l’ouverture de commerces légaux, Diane Kelsall, qui pratique la médecine familiale dans la région d’Ottawa, s’inquiète une nouvelle fois de l’acceptabilité sociale que la nouvelle perspective canadienne sur cette substance va faire naître.

Pis, selon elle, cette légalisation, en s’appuyant sur un secteur privé qui a fait se multiplier les producteurs de cannabis dans les derniers mois partout au pays et qui excite les investisseurs sur les marchés boursiers, n’est pas du tout de bon augure pour la suite des choses en matière de consommation. « Leur but, c’est le profit, et le profit passe par des ventes, écrit-elle, la vente d’une drogue qui, selon Santé Canada, va entraîner des problèmes au moins chez un consommateur adulte sur trois et une dépendance chez un utilisateur sur dix, avec un risque plus élevé chez les jeunes », ajoute-t-elle en citant un document du gouvernement fédéral.

« Nous ne pouvons pas espérer que l’industrie du cannabis contraigne ses ambitions de croissance ou se donne comme but la réduction de la consommation », ajoute la rédactrice en chef du journal, qui se dit prête à tenir responsable le gouvernement fédéral des « conséquences » négatives de cette législation controversée.

Après des années d’illégalité, mais aussi de tolérance, le cannabis fera son entrée dans la légalité ce mercredi partout au pays. Au Colorado, où son usage récréatif est légal depuis 2014, les points de vue sont partagés sur les effets de cette légalisation sur la société. Fin septembre, dans les pages du Denver Post, Bob Troyer, procureur fédéral du District du Colorado, a appelé à « une pause », à « retrouver son souffle » après la course effrénée des dernières années qui s’est jouée sous la pression de l’industrie du cannabis. Un appel toutefois loin de faire l’unanimité.

« Il est encore trop tôt pour tirer les conclusions de cette légalisation, dit Paul Seaborn, professeur au Daniels College of Business de l’Université du Colorado et spécialiste de l’économie du cannabis. Peu importe la situation aujourd’hui, j’ai l’impression que la majorité des habitants du Colorado ne sont pas désireux de revenir en arrière. » L’universitaire insiste toutefois sur les outils de mesure et d’observation qu’un État légalisant le cannabis doit mettre en place afin de suivre l’évolution sociale, économique et sanitaire d’une telle mesure. Et la critiquer en se basant sur des faits, plutôt que des impressions.

Un projet promu par Diane Kelsall, qui invite d’ailleurs Ottawa à se montrer responsable dès à présent, en finançant adéquatement un système robuste de mesure de la consommation du cannabis au pays, dans tous les segments de la société, « et spécialement chez les jeunes et autres populations à risque », conclut-elle.

Statistique Canada vigilante

La légalisation du cannabis mercredi ne sera pas sans impact sur le système de statistiques sociales du pays. Depuis l’automne dernier, Statistique Canada s’y prépare afin de pouvoir récolter des données essentielles sur les retombées mais aussi les risques liés à l’application d’une telle loi. Dans un rapport publié vendredi dernier, l’organisme y présente « des mesures jugées essentielles à la surveillance, et celles nécessaires à l’analyse des risques et à l’évaluation des répercussions sociales du projet de loi C-45 ». Des renseignements seront ainsi recueillis sur l’impact du cannabis dans différentes sphères de la société : les soins de santé, le système judiciaire, la sécurité publique, le bien-être communautaire, la conduite… etc. Statistique Canada souhaite aussi collaborer étroitement avec les provinces et territoires pour évaluer les effets sociaux du projet de loi, notamment sur les secteurs de l’éducation et du travail.

Annabelle Caillou
 

10 commentaires
  • Dominique Boucher - Abonné 15 octobre 2018 05 h 51

    On parle bien de cannabis?

    On parle bien du cannabis, ici? Misère, on croirait, à lire/entendre certains propos, que c'est le polonium ou le cyanure qui sera légalisé au Canada mercredi prochain...

    Jean-Marc Gélineau

  • Raynald Blais - Abonné 15 octobre 2018 08 h 01

    Augmenter pour réduire

    Le dossier canadien du cannabis est un bon exemple de ce qui attend les mouvements citoyens qui laissent pleine liberté aux hommes d'État pour répondre à leurs revendications.

    Si la simple décriminalisation du cannabis répondait aux demandes des mouvements citoyens d’une réduction des effectifs policiers ou d’un allègement de leurs tâches pour mieux s’opposer aux organisations criminelles, sa légalisation exige une augmentation de leurs budgets pour simplement surveiller sa consommation en regard des nombreux règlements prévus et imprévus.

    Malgré que les dépenses supplémentaires à sa légalisation soient entièrement défrayées par les revenus de la vente du cannabis, avec l’augmentation des budgets policiers suit ipso facto une réduction des libertés civiles.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 15 octobre 2018 08 h 34

    Mauvaise autorisation

    On aurait pu se passer de cette loi et contrer les vendeurs illégaux par un autre moyen. Un gouvernement qui autorise la vente du cannabis est un irresponsable et M. Trudeau va payer cher sa loi. Attention et soyons prudents car on pourrait regretter ce geste.

  • Sylvie Complet - Inscrite 15 octobre 2018 09 h 03

    MOINS DE CONSOMMATION EN ÉTANT LÉGAL

    Je suis certaine qu'il y aura moins de consommation en étant légal. Croyez-moi, si il y a une personne qui est contre toute drogue et leurs légalisation, c'est moi, mais les faits sont là.

    L'illégalité est un "thrill" (désolée pour l'anglicisme), quand une chose devient légale, l'attrait à celle-çi n'est plus la même.

    Il va y avoir tellement de restrictions que NON, ça ne sentira pas partout à partir du 17 octobre.

    LOIN DE LÀ.

    Dans mon cas, je me prépare a aller en Cour si ça devait sentir dans le bloc où j'habite, dans les logements ça sera permis par la loi, mais danbs les escaliers intérieurs, alors là, c'est différents. Les endroits où il y a des escaliers intérieurs ne sont pas privés, n'appartiennent à personne en particulier, donc, sont d'ordre public, et c'est là qu'on peut aller en Cour contre nos propriétaires. Dans mon cas, mon propriétiare a volontairement oublié d'inscrire toute interdiction sur les renouvellements des baus de nos 4 logements, pourtant, il est venu me voir en panique à 2 reprises me demandant conseil à savoir quoi faire si ça venait qu'à sentir (je n'ai pas le propriétaire le plus brillant).

    Il est à prévoir que si les Conservateurs gagnaient la prochaine élection fédérale, qu'ils feront tout ce qui est possible pour rendre le cannabis complètement illégal.

    Donc, selon qui sera au pouvoir au niveau fédéral, le cannabis pourrait voir sa légalité s'arrêter, et recommencer, etc...au fil des ans.

  • Mario Jodoin - Abonné 15 octobre 2018 14 h 23

    Rôle du privé

    «Pis, selon elle, cette légalisation, en s’appuyant sur un secteur privé qui a fait se multiplier les producteurs de cannabis dans les derniers mois partout au pays et qui excite les investisseurs sur les marchés boursiers, n’est pas du tout de bon augure pour la suite des choses en matière de consommation.»

    J'aimerais bien que l'AMC soit aussi méfiante du secteur privé dans l'exercice de la médecine...