#MeToo: parole de femmes

Depuis l'affaire Weinstein, il y a un an, une vague de dénonciations des agressions sexuelles a secoué la planète.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Depuis l'affaire Weinstein, il y a un an, une vague de dénonciations des agressions sexuelles a secoué la planète.

Symbolisée par les mots-clics #MeToo, #MoiAussi, #BalanceTonPorc, #YoTambien, #YeWoShi, la vague de dénonciations des agressions sexuelles, partie de l’affaire Weinstein, a secoué la planète dans la dernière année. Mais d’un pays à l’autre, l’impact n’a pas été le même. Si certaines dénonciations ont mené à des poursuites judiciaires, d’autres sont restées sans suite, ignorées et critiquées.

Le 5 octobre 2017, le New York Times lançait les prémisses d’un mouvement de solidarité sans précédent en publiant les témoignages d’actrices qui accusaient le producteur Harvey Weinstein de harcèlement sexuel. Rapidement, d’autres accusations se sont ajoutées. Le mot-clic #MeToo s’est emparé de la toile, invitant les femmes à travers le monde à dénoncer leur agresseur.

Un an plus tard, M. Weinstein multiplie les visites au tribunal, visé par plusieurs poursuites pour harcèlement et agressions sexuels.

Mais il n’est plus seul sur la sellette. De l’acteur Kevin Spacey au patron de la chaîne CBS, Leslie Moonves, en passant par le procureur de l’État de New York, Eric Schneiderman, des accusations tombent et des carrières s’écroulent. Encore récemment, la candidature à la Cour suprême des États-Unis de Brett Kavanaugh a été remise en question alors qu’il fait l’objet d’allégations d’agressions sexuelles.

Le Québec a aussi connu son lot de scandales avec les affaires Éric Salvail et Gilbert Rozon, ce dernier étant d’ailleurs visé par une action collective regroupant une vingtaine de femmes.

C’est toutefois en Suède que le mouvement a eu le plus d’impact, soutient l’auteure québécoise Brigitte Paquette dans son livre La déferlante #MoiAussi, en librairie le 10 octobre. Elle rappelle que 456 comédiennes ont lancé les hostilités le 9 novembre 2017, dénonçant des inconduites sexuelles dans leur milieu de travail. Des dizaines de milliers de femmes, de divers milieux, ont rejoint le mouvement.

Photo: Jonas Ekstromer Agence France-Presse

Il y a aussi Jean-Claude Arnault, visé par dix-huit femmes, dont plusieurs sont membres de l’Académie suédoise. Grandement secouée, l’Académie n’a pas remis de prix Nobel de littérature cette année. Et M. Arnault a été condamné à deux ans de prison pour viol lundi.

« Que ce soit au Québec, en Allemagne ou encore en Suède, le sol était fertile » pour ouvrir le débat et amorcer un changement, estime Mélanie Lemay, cofondatrice du mouvement Québec contre les violences sexuelles. « La Suède est l’un des pays les plus égalitaires. Et au Québec, on avait déjà un fort mouvement féministe, on avait connu le mouvement #AgressionNonDenoncee. »

Débat polarisé

Elle croit que cette ouverture au discours féministe et à une égalité des sexes explique la réception différente du mouvement d’un pays à l’autre. Elle donne l’exemple de la France, où le débat s’est vite polarisé, car il y « règne encore une culture de la femme dominée par l’homme ». D’ailleurs, le #BalanceTonPorc a fait tomber peu de têtes, le cas le plus médiatisé étant celui de l’islamologue Tariq Ramadan, en détention provisoire en attendant son procès pour des accusations de viols.

La sortie publique en janvier d’une centaine de Françaises — dont l’actrice Catherine Deneuve — défendant la « liberté d’importuner » des hommes, au nom de la liberté sexuelle, a davantage fait parler, d’un continent à l’autre.

« Je me suis dit qu’elles n’avaient absolument rien compris ! […] Il est possible de montrer à une femme qu’elle nous plaît d’une manière respectueuse sans user de mots grossiers ou déplacés et sans la rendre mal à l’aise », écrit Brigitte Paquette.

En Italie, c’est l’une des dénonciatrices d’Harvey Weinstein qui a fait scandale : l’actrice Asia Argento. En lançant le mouvement dans son pays, elle a dû passer au travers de nombreuses critiques, notamment de la part de journalistes masculins l’accusant « d’avoir volontairement utilisé le sexe comme tremplin professionnel ». Elle s’est ensuite retrouvée au banc des accusés, en août. Le New York Times a révélé qu’elle avait versé de l’argent à l’acteur américain Jimmy Bennett, qui affirme avoir été agressé sexuellement par l’actrice italienne en 2013.

De son côté, Mélanie Lemay ne s’étonne pas de voir le mouvement de dénonciation stagner ou dériver dans ces pays. « C’est trop facile de croire que créer un [mot-clic] et dénoncer va tout changer. C’est un raccourci, il faut que les actions politiques et sociales suivent pour enfin sortir de la culture du viol. »

Des limites au mot-clic

Ailleurs dans le monde, plusieurs femmes n’ont pas été prises au sérieux lorsqu’elles ont dénoncé leur agresseur. En Russie et au Japon, par exemple, des journalistes ont mené un combat contre des politiciens, mais sans grand succès.

En Corée du Sud, le mouvement s’est même retourné contre les femmes, indique Brigitte Paquette. Dans ce pays réputé pour être « singulièrement machiste », les femmes ont quand même pu dénoncer et ouvrir le débat sur les agressions sexuelles. Mais très vite, elles ont été isolées et discriminées. De peur d’être accusés de violences sexuelles au travail, certains hommes ont réduit leurs interactions avec le sexe opposé, au point de ne communiquer que par messagerie.

Mme Paquette se dit toutefois surprise de l’impact de #MeToo en Chine. Plus lent à se manifester, « notamment parce que le gouvernement usait de censure pour freiner les dénonciations sur les réseaux sociaux », déjà peu nombreux, le mouvement a pris de l’ampleur depuis quelques mois. « C’est spectaculaire pour une société si conservatrice », confie-t-elle.