Plus de diversité à l’Assemblée nationale

La CAQ attire des candidats de toutes origines, mais de la nouvelle génération, soit les Latinos, les Africains, les Arabes, etc.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La CAQ attire des candidats de toutes origines, mais de la nouvelle génération, soit les Latinos, les Africains, les Arabes, etc.

Le nouveau gouvernement compte plus d’élus issus de la diversité, même s’il est encore loin de refléter la société québécoise. Et cette fois, le Parti libéral du Québec (PLQ) n’a plus l’apanage de la diversité ethnoculturelle, conviennent les observateurs.

« La Coalition avenir Québec [CAQ] a un peu plus de minorités visibles [que par le passé] alors que c’est inattendu pour plusieurs », a dit Frédéric Castel, géographe et religiologue, enseignant à l’UQAM. « Mais en 2012, c’était lui qui avait le plus grand nombre de candidats [issus des] minorités visibles, devant Québec solidaire. »

Il fait remarquer que cette progression de la diversité est le reflet d’un plus grand nombre de candidats de toutes origines dans le bassin des 500 candidats présentés par les quatre principaux partis. « Ils se sont mis à jour. Et quand on fait le décompte des gens d’origine X, Y, Z, on voit que ça se distribue. »

Selon lui, le PLQ avait toujours davantage rallié les candidats et les électeurs des communautés immigrantes dites « traditionnelles », comme les Italiens, les Grecs, etc. Mais la CAQ attire aussi dans ses rangs des candidats de toutes origines, mais de la nouvelle génération, soit les Latinos, les Africains, les Arabes, etc., qu’il estime plus « francophiles ».

Ces accointances se mesurent aussi chez les candidats du Parti québécois — qui ne compte cette fois pas d’élus issus de la diversité — et chez Québec solidaire, qui « ratisse plus large », selon M. Castel.

Tant chez les électeurs que chez ceux qui font le saut en politique, la nouvelle génération d’immigrants — et ceux de deuxième génération — serait plus scolarisée et politisée.

« Tout est ouvert pour eux, alors ils magasinent les partis », note M. Castel. Autre signe d’ouverture : la présence de candidats issus de la diversité dans des circonscriptions en région, une nouveauté. Pensons aux deux candidats caquistes Olive Kamanyana, dans Pontiac, et Mathieu Quenum, dans Matane-Matapédia.

« On est sorti de l’impasse où on présentait des candidats [issus de la diversité] dans les quartiers où il y en avait beaucoup, soit forcément à Montréal », poursuit-il.

Il y a du travail encore, mais c’est déjà un pas en avant

 

Plus de minorités visibles

Le Conseil du trésor, qui tient des données sur la diversité dans la fonction publique, n’en a aucune concernant les élus. Même chose à l’Assemblée nationale. Le Directeur général des élections ne collige pas non plus de données sur l’origine ethnique, qui est pourtant recensée dans le formulaire d’autodéclaration du recensement.

Mais en consultant divers experts et groupes, dont le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), il est possible de dégager certains constats. On compterait donc environ 8 % de députés (environ 10) qui sont des minorités visibles, comparativement à 13 % dans toute la province.

« Il y a du travail encore, mais c’est déjà un pas en avant », dit Cyrille Ekwalla, un journaliste et conférencier, animateur de l’émission de radio Néo Québec, qui suit de près le dossier. « Passer de quatre [aux élections de 2014] à onze pour les personnes racisées, c’est déjà positif. Il y a une petite conscience qui émerge. »

C’est le PLQ qui en a fait élire le plus, soit cinq députés : Frantz Benjamin, Marwah Rizqy, Dominique Anglade, Monsef Derraji et Saul Polo. La CAQ en a trois : Nadine Gireault, Christopher Skeete, Lionel Carmant et un quatrième si l’on compte Samuel Poulin, un élu dans Beauce-Sud qui a été adopté. Québec solidaire a Ruba Ghazal et Andrés Fontecilla.

Mais globalement, en tenant compte d’autres critères, notamment les immigrants (qui ne seraient pas pour autant des minorités visibles, comme c’est le cas pour l’immigrant portugais Carlos Leitão), on retrouverait 18 personnes issues de la diversité sur 125 élus, selon les calculs de Frédéric Castel.

Quant aux 500 candidats, il y en aurait une quarantaine issus de minorités visibles et environ 90 de la diversité.

Les Autochtones sont absents du gouvernement : les deux seules candidates inuites, pour Québec solidaire et pour le Nouveau Parti démocratique du Québec, n’ont pas été élues.