La Société québécoise du cannabis veut prendre 30% du marché noir pendant l’an 1

«Au départ, la SQDC, ce n’est pas une question financière, pas une question de marges ni de revenus. C’est une mission sociale et non pas commerciale. Nous avons une responsabilité. Celle de convertir le marché noir, de ne pas le laisser grandir», résume le p.-d.g. de la Société des alcools du Québec (SAQ) et responsable de l'implantation de la Société québécoise du cannabis (SQDC), Alain Brunet.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Au départ, la SQDC, ce n’est pas une question financière, pas une question de marges ni de revenus. C’est une mission sociale et non pas commerciale. Nous avons une responsabilité. Celle de convertir le marché noir, de ne pas le laisser grandir», résume le p.-d.g. de la Société des alcools du Québec (SAQ) et responsable de l'implantation de la Société québécoise du cannabis (SQDC), Alain Brunet.

Au diable les profits, sauf s’ils sont sociaux. À deux semaines de la légalisation du pot au pays, l’architecte de la Société québécoise du cannabis (SQDC), Alain Brunet, croit que l’ouverture de ses premières succursales, le 17 octobre prochain, va lui permettre de faire passer 30 % du marché noir de cette plante psychotrope dans la légalité, et ce, en un an seulement.

La nouvelle entité gouvernementale compte d’ailleurs sur une stratégie vigoureuse de prix, visant à couper l’herbe sous le pied des petits trafiquants, même si cela doit la faire passer à côté de ses profits, reconnaît-elle sans ambages.

« Au départ, la SQDC, ce n’est pas une question financière, pas une question de marges ni de revenus, a résumé mardi M. Brunet dans une entrevue au Devoir. C’est une mission sociale et non pas commerciale. Nous avons une responsabilité. Celle de convertir le marché noir, de ne pas le laisser grandir. »

À Montréal, c’est d’ailleurs dans cette optique que la SQDC se prépare à ouvrir une de ces succursales sur la rue Sainte-Catherine Est, à quelques pas de marche de la station de métro Berri-UQAM et de la place Émilie-Gamelin, un secteur où la détresse, la déchéance et l’intoxication battent le pavé jour comme nuit. L’ouverture doit se faire dans les deux dernières semaines d’octobre, en retard sur l’échéancier du 17 octobre. « Il a fallu changer de site pour nous rapprocher de la clientèle visée, explique M. Brunet, qui a travaillé de concert avec la Ville et les services sociaux pour bien situer ce commerce. Nous savons qu’il se vend déjà de la drogue à cet endroit. Si nous voulons prendre la place du marché noir, il ne faut pas que l’on se cache. »

À l’aube de la révolution sociale sur le point de se concrétiser, M. Brunet assure que le réseau est prêt « à 90 % » pour accueillir ses premiers clients, dans 12 succursales pour commencer. Trois autres vont ouvrir d’ici la fin du mois d’octobre, puis cinq autres avant la fin de novembre, pour porter le nombre total à 20. La SQDC va également ouvrir un site transactionnel pour des commandes en ligne livrées dans l’ensemble du territoire québécois.

Outre Montréal, les villes de Mascouche, Rimouski, Trois-Rivières, Lévis, Québec ou Saint-Jean-sur-Richelieu, entre autres, vont permettre un accès légalisé au cannabis, et ce, dans des succursales qui empruntent dans l’esprit à celles de la Commission des liqueurs, l’ancêtre de la SAQ, qui a eu pignon sur rue au Québec dans la première moitié du XXe siècle. « En moins austère, précise M. Brunet. Le principe du service de personne à personne va être là, comme au temps de la Commission, mais avec la qualité du conseil et le décor d’aujourd’hui. » Le SQDC dit d’ailleurs avoir mis le paquet dans la sécurité de ses succursales, tout comme dans celle des produits qu’elles vont contenir.

Les stocks, protégés dans une cage, seront limités. Les clients n’y auront accès qu’en passant par un conseiller. Les mineurs seront bannis des lieux. La société compte aussi protéger ses visiteurs et assure qu’elle n’a pas l’intention de créer un registre de clients et va assurer l’anonymat des transactions bancaires faites à ses caisses.

Alors que l’inquiétude s’est emparée de plusieurs municipalités qui ont adopté des règlements sévères relativement à la consommation de cannabis sur leur territoire, M. Brunet, lui, se veut rassurant, en rappelant que la légalisation ne va pas faire apparaître du cannabis dans la vie quotidienne, mais va surtout permettre d’en encadrer sa présence. « À la base, c’est là, ça existe. Et c’est sans doute plus accessible aujourd’hui que cela va l’être dans le cadre de la SQDC, dit-il à quelques jours de l’entrée en vigueur de la loi sur la légalisation du cannabis. Et c’est ce qui devrait être sécurisant. Nous allons avoir besoin de temps pour apprivoiser la matière et pour comprendre que c’est la responsabilité sociale, la santé publique qui va accompagner les gens dans ce nouveau commerce », conclut-il.

18 ou 21 ans: la SQDC s’adaptera

La promesse de la CAQ de faire passer l’âge minimal à 21 ans pour la consommation du cannabis n’inquiète pas la SQDC qui dit être prête à faire face à tout changement que pourrait imposer le nouveau gouvernement caquiste. « Depuis le début, nous avançons dans une logique de flexibilité pour mettre en place ce réseau de distribution, parce que nous sommes dans quelque chose de nouveau, qu’il est encore difficile à prévoir, a dit Alain Brunet, architecte de la Société québécoise du cannabis. La Société est un exécutant. Nous allons nous adapter, le cas échéant. »