L’UdeM adopte la ligne dure face au cannabis

Le règlement de l’Université de Montréal va jusqu’à interdire la consommation de cannabis dans les résidences pour étudiants.
Photo: Université de Montréal Le règlement de l’Université de Montréal va jusqu’à interdire la consommation de cannabis dans les résidences pour étudiants.

Illégal jusqu’au 17 octobre prochain, le cannabis va devenir une substance bannie sous toutes ses formes et en tout temps du campus de l’Université de Montréal après sa légalisation, dans un peu plus de deux semaines. L’établissement vient d’adopter un règlement qui impose la ligne dure face à la consommation du cannabis et qui tiendra la plante et ses dérivés hors de son territoire, y compris des résidences universitaires, et de toutes activités sociales étudiantes.

Dans son règlement, entériné par le conseil de l’Université la semaine dernière et dont Le Devoir a pris connaissance, l’Université de Montréal ne va tolérer la présence du cannabis que pour usage médical, et « sur ordonnance du médecin » seulement, ainsi que dans le cadre de recherches scientifiques « avec des participants humains », et ce, dans le respect des normes éthiques en vigueur.

« Ce règlement est très près de la loi provinciale [qui se prépare à encadrer la légalisation du cannabis], ce qui nous convient », a résumé lundi Matis Allali, secrétaire général de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM). Il a cependant émis un bémol : « À plusieurs égards, c’est aussi un règlement qui nous apparaît inapplicable. »

C’est que l’établissement pousse son interdiction très loin, en l’amenant dans les espaces privés des étudiants vivant en résidence et qui, en vertu du règlement, ne pourront pas consommer des produits dérivés du cannabis, dont les huiles et les aliments ou les boissons à base de cannabis. « Nous voyons là la possibilité d’entraves aux droits individuels », ajoute-t-il. La consommation de cannabis sous forme combustible à inhaler reste interdite, comme l’est actuellement celle de la cigarette.

Le règlement s’applique à tous les employés et étudiants de l’université, mais aussi aux visiteurs et fournisseurs de l’établissement. Il s’applique également à l’ensemble des activités universitaires, ce qui comprend les activités sociales, dont celles organisées par l’université et ses associations reconnues et accréditées, autant sur le campus qu’à « l’extérieur de celui-ci », peut-on lire. L’Université de Montréal va interdire également la culture du cannabis sur son territoire, sa vente, sa publicité et sa promotion. Quant à la possession, le document n’en fait pas mention, laissant ainsi, sur ce point, la loi provinciale s’appliquer. Cette loi permettra de posséder moins de 30 grammes de cannabis dans les lieux publics. Entre autres.

Un règlement similaire a été adopté par l’Université Laval en août dernier. Toutefois, l’établissement a décidé la semaine dernière, après consultation de sa communauté universitaire, d’en alléger un peu la sévérité en autorisant « la consommation de cannabis, excluant la fumée, par une personne étudiante lors d’activités sociales étudiantes tenues après les heures de cours ». Des consultations ont bien été tenues par l’Université de Montréal pour l’élaboration de son règlement dans les semaines qui ont précédé son adoption. La FAECUM y a participé et a fait part de ses doutes quant à la possibilité d’en appliquer plusieurs points. En vain. « Nous avons été consultés, mais pas écoutés », déplore M. Allali.

Le cadre posé par l’Université de Montréal autour du cannabis est similaire à celui que s’est donné l’Université McGill, qui imposera dans quelques jours la même ligne dure. Ses lignes directrices préliminaires interdisent en effet le cannabis sous toutes ses formes dans tous les bâtiments et sur tous les terrains du campus. L’UQAM n’a pas encore adopté de politique particulière à ce sujet. L’Université du Québec à Montréal rappelle toutefois que l’interdiction de fumer du cannabis est déjà contenue dans sa politique de lutte contre le tabagisme. Quant à l’Université de Sherbrooke, elle dit ne pas avoir encore statué sur la question.

L’interdiction complète du cannabis sur les campus s’impose alors que le taux de consommation est très élevé chez les jeunes adultes au Canada, fait remarquer Patricia Conrod, professeure à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal qui s’intéresse au cannabis dans ses recherches. Ce taux est de 47 % chez les hommes âgés de 15 à 24 ans et de 42 % chez les femmes. Au Québec, la tendance est encore plus marquée, avec 56 % des hommes et 48 % des femmes de cette tranche d’âge qui disent en consommer. « Dans les États américains qui ont légalisé le cannabis, il n’y a pas eu d’augmentation de la consommation, puisqu’elle était déjà naturellement installée », fait remarquer Mme Conrod.

Sans commenter l’interdiction imposée, elle estime toutefois que les « ressources sont limitées actuellement sur les campus » pour mettre en place des programmes efficaces de prévention et de traitement des impacts liés à cette consommation.