Morts au retour du combat: souvenirs de la tragédie de la montagne Noire

Le père de Steve Sanderson (deuxième à gauche) a ainsi nommé son fils en souvenir de son frère, Stephen Andrew Sanderson, mort dans l’écrasement de l’avion qu’il pilotait.
Photo: Collection Steve Sanderson  Le père de Steve Sanderson (deuxième à gauche) a ainsi nommé son fils en souvenir de son frère, Stephen Andrew Sanderson, mort dans l’écrasement de l’avion qu’il pilotait.

La communauté de Saint-Donat, dans Lanaudière, soulignera cette fin de semaine le 75e anniversaire de l’écrasement d’un bombardier canadien au sommet de la montagne Noire, l’une des pires tragédies de l’histoire de l’Aviation royale canadienne. L’événement réunira des militaires et quelques curieux, mais aussi des proches des victimes, dont la vie a été marquée à jamais par ce drame méconnu. Parmi eux, un certain Steve Sanderson.

Nombreux sont ceux qui ont oublié les victimes de l’écrasement du Liberator Harry B-24 survenu en octobre 1943. Plusieurs ne savent même pas qu’un avion de l’armée canadienne transportant des soldats revenant du front a percuté le sommet de la montagne Noire cette journée-là, un impact qui n’a laissé aucune chance à ses 24 passagers. Steve Sanderson, lui, n’a jamais oublié cette histoire. Son nom en est un rappel quotidien.

Lors de l’écrasement, le père de M. Sanderson a perdu son frère, le pilote Stephen Andrew Sanderson. Et lorsqu’il a eu un fils quelques années plus tard, il a décidé de lui rendre hommage.

« Ça a toujours été une histoire importante pour ma famille et moi. C’est pour cette raison que j’ai été nommé en son honneur », raconte Steve Sanderson, aujourd’hui âgé de 68 ans.

« Ce genre d’histoire tombe facilement dans l’oubli. Nous poursuivons nos vies et nous oublions notre passé, mais il y a des histoires importantes qui méritent d’être racontées, souligne-t-il. C’est une portion de l’histoire du Canada, de notre démocratie et de notre bataille contre des forces qui voulaient nous détruire. »

Circonstances nébuleuses

L’histoire du Liberator Harry fascine en raison de la séquence des événements et du voile de mystère qui entoure cette tragédie. On sait que l’avion s’est écrasé dans la nuit du 20 octobre 1943, après avoir décollé de Gander, à Terre-Neuve, en dépit des conditions météorologiques difficiles.

Après avoir changé de plan de vol en raison de la pluie et de la brume, l’appareil n’a plus donné signe de vie. À ce jour, on ne sait toujours pas avec certitude ce qui a causé l’écrasement. Et surtout, il s’est écoulé près de deux ans et demi avant qu’un avion aperçoive par hasard les débris du Liberator au sommet de la montagne Noire, en juin 1946, et permette de retrouver les soldats disparus.

À l’époque, les familles des victimes ont traversé une forêt dense pour aller se recueillir sur les lieux de l’écrasement, mais aujourd’hui, le lieu est accessible par un sentier le long duquel on peut toujours apercevoir des pièces de l’appareil.

Steve Sanderson garde en souvenir ce que lui ont raconté ses parents, mais également un objet qu’il conserve précieusement dans une petite boîte à bijoux. « Mon père et ma mère ont toujours gardé les insignes militaires de mon oncle et, quand je suis devenu un peu plus vieux, ils me les ont donnés, dit-il. Je les ai gardés avec moi toute ma vie et, chaque fois que j’assiste à une cérémonie militaire, je les apporte pour que mon oncle soit avec moi. »

Cadeau spécial

La fin de semaine commémorative débutera samedi avec une cérémonie sur les lieux de l’écrasement et se poursuivra le lendemain avec un rassemblement au cimetière de Saint-Donat, où sont enterrées les 24 victimes. Plusieurs militaires et élus ont répondu à l’invitation des Gardiens du Liberator, le groupe de bénévoles qui organise l’événement : le brigadier-général Michel Lalumière, le maire de Saint-Donat, Joé Deslauriers, ainsi que quelques députés locaux.

Steve Sanderson et sa femme Nancy feront le voyage depuis le Nouveau-Brunswick, où ils habitent désormais, pour ne rien manquer. « Cette histoire m’a suivi toute ma vie. J’ai entendu parler de mon oncle, mais maintenant, je pourrai enfin être avec lui », dit-il avec émotion.

Sur place, il rencontrera son cousin Peter Sanderson, le fils du pilote décédé, qui assistera lui aussi aux cérémonies. Les deux hommes se sont déjà parlé au téléphone, mais il s’agira d’un premier contact en personne. Un hélicoptère les transportera sur le site de l’écrasement, là où sont érigées des croix blanches en l’honneur des victimes.

Avant d’accéder au sommet de la montagne Noire, Steve remettra à son cousin des photos d’archives, des lettres et des découpures de journaux, mais aussi un cadeau bien spécial : un petit cadre, au centre duquel il a apposé les insignes militaires de son père.

La tragédie de la montagne Noire en cinq dates

19 octobre 1943 À 22h16, le bombardier Liberator Harry B-24 décolle de Gander, à Terre-Neuve, avec à son bord 24 militaires canadiens.

20 octobre 1943 Arrivé à la hauteur de Mont-Joli, près de Rimouski, l’avion demande la permission d’atterrir, mais voit sa requête refusée en raison des conditions météo. L’équipage ne donne plus signe de vie par la suite. À 9h16, les recherches se mettent en branle.

Octobre et novembre 1943 Des avions effectuent plus de 700 sorties à partir de neuf aéroports différents dans l’espoir de retrouver le bombardier disparu, en vain.

20 juin 1946 Le pilote d’un avion qui tente de retrouver un autre appareil disparu aperçoit des débris au sommet de la montagne Noire. On l’avise que l’avion qu’il cherchait a pourtant atterri sans encombre.

26 juin 1946 Un groupe mené par l’officier de l’Aviation royale canadienne Henry Cobb atteint le site de l’écrasement à pied et constate le décès de tous les membres de l’équipage.