Double condamnation pour la vache canadienne

«La canadienne donne un lait de qualité supérieure, avec un ratio gras-protéine incomparable et idéal pour faire des fromages singuliers », dit Mario Duchesne, promoteur du Centre de recherche et de développement de la race bovine canadienne.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «La canadienne donne un lait de qualité supérieure, avec un ratio gras-protéine incomparable et idéal pour faire des fromages singuliers », dit Mario Duchesne, promoteur du Centre de recherche et de développement de la race bovine canadienne.

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) vient de tuer dans l’oeuf le projet de création d’un Centre de recherche et de développement de la race bovine canadienne (CRAC), une race patrimoniale de vache laitière unique au Québec qui est menacée d’extinction. Cette décision met en péril la survie de cet animal dont il ne reste plus que 300 têtes de race pure sur le territoire québécois, dénoncent ses défenseurs.

« C’est un geste totalement absurde et incohérent, a commenté la semaine dernière, en entrevue au Devoir, la chanteuse Fabienne Thibeault qui depuis près de 20 ans porte la cause des races patrimoniales au Québec, mais également en France où elle vit. Nous étions face à un projet d’envergure qui vise à assurer la pérennité d’un patrimoine agricole menacé qui porte l’identité du Québec en lui. C’est un projet qui contribue à la biodiversité, qui a un fort potentiel de développement économique en région, et le MAPAQ vient de le repousser du revers de la main. C’est une très grande déception. »

C’est un projet qui contribue à la biodiversité, qui a un fort potentiel de développement économique en région, et le MAPAQ vient de le repousser du revers de la main

 

Fin août, le MAPAQ a rejeté la demande de financement du CRAC et de son laboratoire d’innovation cherchant à s’implanter à Saint-Hilarion dans Charlevoix, une des deux régions principales, avec les îles de la Madeleine, où persistent encore des troupeaux de vaches canadiennes. Dans une lettre, dont Le Devoir a pris connaissance, le ministère indique, de manière laconique, ne pas avoir retenu ce projet dans son programme Territoires : laboratoires d’innovations bioalimentaires et parle d’un grand volume de projets déposés pour se justifier.

Malgré nos appels, le ministère n’a pas souhaité commenter sa décision.

Le centre s’était donné pour objectif de structurer le développement génétique de la race bovine canadienne et de garantir l’accès à ces ressources génétiques pour les producteurs laitiers actuels et ceux voulant se lancer dans ce genre de production. La mission est jugée importante par ses promoteurs, et ce, pour entrer dans une phase de multiplication des troupeaux sur le territoire québécois, mais également pour maintenir la pureté génétique de cette race patrimoniale. Le Centre réclamait 1,3 million de dollars sur trois ans pour sa mise en place.

« Depuis plus de 10 ans, nous avons réussi à ralentir le déclin de la race bovine canadienne, résume le biologiste Mario Duchesne, promoteur du CRAC. Mais ce n’est plus assez. Aucune entreprise ne va prendre en charge le développement de cette race. Il est crucial qu’un organisme indépendant comme le Centre le fasse, sans quoi, la disparition de la race bovine canadienne va être imminente. »

Photo: Collection personnelle Fabienne Thibeault La chanteuse Fabienne Thibeault porte depuis près de 20 ans la cause des races patrimoniales au Québec et en France. Elle qualifie la décision du MAPAQ de «déception».

M. Duchesne déplore que la protection des races patrimoniales fasse surtout partie des discours des élus quand vient le temps de parler des terroirs, ou encore des grands principes lancés par le MAPAQ pour parler de la diversité de l’agriculture au Québec, sans que les actions concrètes suivent.

La race bovine canadienne est méprisée, dit-il, par les courants agricoles dominants en raison de sa production laitière qui, en volume, est inférieure à celle de la race holstein, largement répandue dans les campagnes, la favorite des programmes de soutien et de financement du MAPAQ. Elle produit annuellement deux fois plus de lait que la canadienne, en moyenne.

« On parle toujours de volume, mais jamais de qualité ou de spécificité. La canadienne donne un lait de qualité supérieure, avec un ratio gras-protéine incomparable et idéal pour faire des fromages singuliers », dit M. Duchesne en rappelant que cette race est au coeur d’une appellation de spécificité : « Fromage de vache de race canadienne ». La race bovine canadienne est souvent comparée à des races bovines européennes qui ont permis le développement de fromages emblématiques dans certaines régions, comme le Beaufort, issu des troupeaux de Ttarentaises. « Ce qui fait la particularité de ces fromages, ce n’est pas seulement l’environnement, c’est aussi la race de la vache qui fournit le lait. Or, pour valoriser ce type de fromage qui peut entrer dans le développement de plusieurs régions du Québec, il faut des vaches et pour avoir des vaches, il faut se donner les moyens de la maintenir en vie sur notre territoire. »

Au MAPAQ, il n’existe aucun programme spécifique visant à assurer la survie de la canadienne. Le ministère assure toutefois que depuis 2015, il a versé un peu plus de 365 000 $ aux organismes cherchant à éviter le déclin de cette race bovine.

9 commentaires
  • Paul Toutant - Abonné 14 septembre 2018 06 h 25

    Ah la vache!

    Qu'en pensent nos brillants chefs de partis? Leur a-t-on seulement posé la question?

    • Gilles Théberge - Abonné 14 septembre 2018 17 h 02

      Qu'est-ce qe vous attendez pour le faire...?

  • Gylles Sauriol - Abonné 14 septembre 2018 08 h 48

    Ironie....!

    C’est quand même un peu ironique .....
    Au Québec, un gouvernement libéral qui s’affiche “canadian” et qui refuse d’appuyer financièrement un projet de protection et développement de la race bovine “canadienne” .
    Vachement décevant!!!

    • Sylvain Lavoie - Abonné 14 septembre 2018 12 h 52

      «Canadienne» doit être entendu dans le sens de «canadienne-française» et non pas canadian», c'est pourquoi notre bon gouvernement du PLQ n'en à rien à cirer. Tout ce qui pourrait évoquer la singularité du Québec, se devant d'être éradiqué...

  • Jeff Perron - Inscrit 14 septembre 2018 10 h 19

    Et l'UPA dans ce dossier?

    Très bien, là vache canadienne offre un potentiel de différentiation commerciale. Ceci a une valeur, d'autant plus dans le contexte des négociations pour mettre a jour l'ALENA. Rappelons que le nerf de la guerre est justement... Le lait.

    Que fait donc l'UPA devant cette opportunité pour protéger ses producteurs, voire même promouvoir les caractéristiques uniques de certaines productions de lait d'ici? Et dans le cas où une partie de la gestion de l'offre soit monnayée en échange de la signature de l'entente avec le Canada, n'est-ce pas là une opportunité de développer une niche qui pourrait au moins sauver quelques emplois parmi l'industrie laitière, voire même développer une spécialisation qui assurerait une certaine pérennité aux producteurs laitiers, mais également aux transformateurs industriels avec un produit unique découlant de la situation géographique. Voir le principe de l'appellation d'origine contrôlé.

    Comme trop souvent chez ces fédérations quasi-monopolistiques, il semble que nous soyons en réaction plutôt qu'en charge de nos destinées avec de l'innovation et de l'audace.

    • Gilles Racette - Abonné 14 septembre 2018 21 h 42

      Je ne pense pas qu'il faille beaucoup compter sur l'UPA, beaucoup trop concentrée sur 'l'agribusiness' que l'agriculture depuis malheureusement trop d'années.

  • Gylles Sauriol - Abonné 14 septembre 2018 14 h 29

    Ironie....!

    C’est quand même un peu ironique .....
    Au Québec, un gouvernement libéral qui s’affiche “canadian” et qui refuse d’appuyer financièrement un projet de protection et développement de la race bovine “canadienne” .
    Vachement ironique!!

  • Pierre Robineault - Abonné 14 septembre 2018 17 h 51

    Ceux-là!

    Les vraies vaches ne sont pas ceux ou celles que l'on croit.